L’avocat britannique Richard Cramer, en charge depuis 2020 des recours juridiques intentés par des rugbymen victimes de séquelles liées aux commotions cérébrales, a annoncé son retrait du dossier. Selon Ouest France, cette décision laisse plusieurs centaines de joueurs dans une situation d’incertitude juridique et financière, alors que les procédures engagées contre les instances du rugby britannique – World Rugby et la RFU (Fédération anglaise) – restent en suspens.
Ce qu'il faut retenir
- L’avocat Richard Cramer s’est retiré du dossier en août 2026, après six ans de combat judiciaire pour des joueurs de rugby victimes de commotions cérébrales.
- Plusieurs centaines de rugbymen britanniques attendaient une issue à leurs recours contre World Rugby et la RFU, accusées de négligence dans la protection des joueurs.
- Les procédures, lancées dès 2020, visaient à obtenir réparation pour les pathologies liées aux chocs répétés subis en match.
- Cette décision intervient alors que le débat sur la santé des joueurs de rugby s’intensifie, notamment depuis les révélations sur les risques à long terme des commotions.
Un dossier juridique lancé il y a six ans
Dès 2020, une vague de procédures avait été engagée par d’anciens joueurs professionnels, principalement britanniques, qui dénonçaient le manque de mesures de prévention contre les commotions cérébrales au rugby. Selon les chiffres cités par Ouest France, plus de 200 anciens joueurs avaient alors porté plainte, réclamant des dommages et intérêts pour les séquelles neurologiques dont ils souffraient. Les recours visaient directement World Rugby, l’instance internationale, ainsi que la RFU, accusées de ne pas avoir suffisamment protégé les athlètes malgré les alertes répétées sur les dangers des chocs à répétition.
Richard Cramer, spécialiste des litiges sportifs, avait été choisi pour mener cette bataille juridique, devenue l’une des plus médiatisées du monde du rugby. Son retrait intervient à un moment clé, alors que les premières audiences étaient prévues pour la fin de l’année 2026. « Ce dossier a pris une ampleur que nous n’avions pas anticipée », avait-il confié à Ouest France en 2025, soulignant la complexité des procédures et les moyens limités des joueurs pour financer leur combat.
Des joueurs laissés sans solution immédiate
Le retrait de l’avocat laisse des centaines de rugbymen dans une impasse. Parmi eux, d’anciens internationaux comme Steve Thompson, membre de l’équipe d’Angleterre championne du monde en 2003, avaient rejoint les recours collectifs. Thompson, diagnostiqué avec une encéphalopathie traumatique chronique (ETC), une maladie dégénérative liée aux commotions, avait déclaré : « Nous n’avons pas le choix. Si la justice ne nous protège pas, qui le fera ? » D’après Ouest France, une partie des joueurs concernés pourraient se tourner vers d’autres cabinets juridiques, mais le délai pour relancer les procédures reste incertain.
Côté instances du rugby, ni World Rugby ni la RFU n’ont encore réagi officiellement à l’annonce de Cramer. Pourtant, le sujet est sensible : en 2023, l’instance internationale avait déjà été critiquée pour avoir retardé la mise en place de protocoles plus stricts après des commotions. « Le rugby doit assumer ses responsabilités », avait alors lancé le médecin britannique John MacLean, spécialiste des traumatismes crâniens dans le sport.
Un tournant pour la santé des joueurs ?
Ce retrait survient alors que le rugby tente de se réinventer sur le plan médical. En 2024, World Rugby avait annoncé des mesures renforcées, comme l’obligation de tests cognitifs post-commotion ou l’introduction de protocoles « tête haute » pour les arbitres. Pourtant, pour les joueurs déjà atteints, ces avancées arrivent trop tard. « On ne peut pas soigner les séquelles avec des mesures préventives », a rappelé Cramer dans une interview accordée à Ouest France, soulignant l’urgence d’une prise en charge médicale et financière pour les anciens sportifs.
Reste à savoir si d’autres avocats reprendront le dossier. En France, où des procédures similaires sont en cours depuis 2022, les recours sont encore au stade préliminaire. « Nous suivons la situation avec attention », a indiqué un porte-parole de la FFR (Fédération française de rugby), sans préciser si un avocat français pourrait s’engager dans la voie britannique.
En attendant, la santé des joueurs reste au cœur des débats. Des associations, comme Rugby Players Ireland, appellent à une mobilisation accrue pour faire reconnaître les droits des victimes. « Le rugby a une dette envers ceux qui ont tout donné pour ce sport », a lancé leur porte-parole. Une phrase qui résume l’enjeu : entre justice, santé et héritage, le dossier n’est pas près de s’éteindre.
Les commotions cérébrales répétées en rugby peuvent entraîner des séquelles à long terme, notamment l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), une maladie dégénérative du cerveau, ainsi que des troubles de la mémoire, des dépressions ou des troubles anxieux. Ces pathologies sont souvent diagnostiquées chez d’anciens joueurs ayant subi des chocs répétés en match.