Le 22 mars 2026, un lanceur Soyouz-2.1a s’élançait depuis le cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, pour acheminer le vaisseau-cargo Progress MS-33 vers la Station spatiale internationale. Un décollage anodin en apparence, mais qui illustre, selon Courrier International, le déclin des ambitions spatiales russes. À l’occasion du 65e anniversaire du premier vol habité dans l’espace — celui de Youri Gagarine le 12 avril 1961 —, le tabloïd russe Moskovski Komsomolets, proche du pouvoir, dresse un constat sévère : « Les résultats de la Russie dans le domaine aérospatial suscitent, pour le moins, des questions. »

Ce qu'il faut retenir

  • Le 22 mars 2026, la Russie a lancé un vaisseau cargo Progress MS-33 vers l’ISS depuis Baïkonour, un vol considéré comme symbolique.
  • Le 65e anniversaire du vol de Youri Gagarine (12 avril 1961) coïncide avec un déclin des programmes spatiaux russes, selon le Moskovski Komsomolets.
  • Un retour russe sur la Lune n’est envisagé « dans le meilleur des cas » qu’à partir de « la fin des années 2030 », tandis que les États-Unis ont lancé la mission Artemis 2 vers la Lune le 1er avril 2026.
  • Le satellite Bion-M2, revenu sur Terre après 30 jours de vol avec des centaines d’êtres vivants, reste une exception dans un secteur en difficulté.
  • L’historien Vadim Loukachevitch souligne que les programmes spatiaux nationaux russes « restent pour l’instant sur le papier ».

Un héritage soviétique mis à mal par les priorités militaires

Si la Russie peut s’enorgueillir d’un glorieux passé spatial — ses technologies, largement héritées de l’ère soviétique, ont longtemps fait référence — les comparaisons actuelles jouent en sa défaveur. Comme le relève Courrier International, les performances de la Nasa et de l’agence spatiale chinoise s’appuient en partie sur des innovations nées dans les laboratoires russes. Pourtant, le décalage entre ces réalisations et les ambitions actuelles du Kremlin devient « presque ironique ». Le quotidien Moskovski Komsomolets pointe une industrie spatiale russe qui « réduit d’année en année le nombre d’appareils nécessaires au pays », signe d’un désengagement progressif des priorités civiles au profit des programmes militaires.

Ce recentrage s’observe aussi dans les budgets : les investissements dans l’exploration spatiale, autrefois phares de la fierté nationale, passent après les besoins liés à la guerre en Ukraine. Un choix qui, pour certains observateurs, équivaut à « troquer la Lune contre la guerre », selon la formule choc du titre du Courrier International.

La Lune : un objectif lointain, quand les États-Unis y sont déjà

Alors que la mission Artemis 2, lancée le 1er avril 2026 depuis le cap Canaveral, a pour objectif d’envoyer des astronautes autour de la Lune, la Russie, elle, semble avoir relégué son retour lunaire à un horizon lointain. « Dans le meilleur des cas, une mission habitée russe sur la Lune n’aura lieu que vers le milieu ou la fin des années 2030 », admet le Moskovski Komsomolets. Une perspective qui contraste avec l’ambition américaine, où Artemis 2 marque une étape clé vers un alunissage prévu d’ici 2027, voire avant.

Pourtant, Moscou peut encore brandir quelques succès, comme le retour du satellite Bion-M2 après 30 jours en orbite polaire, avec à son bord des centaines d’êtres vivants — des souris, des micro-organismes et des tissus biologiques. Une expérience scientifique notable, mais qui ne suffit pas à masquer l’absence de projets concrets pour les années à venir. Comme le rappelle l’historien Vadim Loukachevitch dans Nezavissimaïa Gazeta : « Les programmes nationaux d’exploration spatiale restent pour l’instant sur le papier. »

Entre déclin industriel et dépendance aux technologies soviétiques

Le paradoxe russe tient aussi à sa dépendance aux technologies du passé. Si la Chine et les États-Unis ont su moderniser leurs infrastructures et innover — notamment dans les domaines des lanceurs réutilisables ou des missions habitées —, la Russie peine à suivre le rythme. Les sanctions internationales, imposées depuis 2022, ont aggravé les difficultés d’approvisionnement en composants électroniques et en matériaux stratégiques, forçant Moscou à se tourner vers des solutions locales souvent obsolètes.

Dans ce contexte, les succès récents de la Russie dans l’espace se comptent sur les doigts d’une main. Le lancement du Progress MS-33 vers l’ISS relève davantage de la routine que de l’innovation. Quant aux annonces sur de futures missions lunaires ou martiennes, elles peinent à convaincre, faute de calendrier précis ou de budgets alloués. Le Kremlin, focalisé sur son effort de guerre, semble avoir choisi de laisser de côté les rêves d’exploration pour se concentrer sur des enjeux plus immédiats.

Et maintenant ?

Les prochaines échéances spatiales russes pourraient se limiter à des missions robotiques ou à des partenariats internationaux réduits. La Russie pourrait tenter de maintenir une présence symbolique sur l’ISS jusqu’à la fin de la décennie, mais sans projets ambitieux en préparation. Côté lunaire, l’horizon 2035-2040 reste flou, d’autant que les budgets alloués aux programmes civils restent incertains. Quant à une éventuelle coopération avec la Chine ou d’autres pays, elle dépendra des relations diplomatiques — un paramètre aujourd’hui imprévisible.

Reste la question de la crédibilité spatiale de la Russie. Si le pays conserve une expertise technique et une industrie capable de produire des lanceurs comme le Soyouz, sa capacité à innover et à rivaliser avec les grandes puissances spatiales semble aujourd’hui compromise. « L’industrie russe réduit le nombre d’appareils spatiaux nécessaires au pays », constate Moskovski Komsomolets. Un constat qui, s’il se confirme, pourrait reléguer la Russie au rang de puissance spatiale secondaire dans les décennies à venir.

Selon Courrier International, la Russie a recentré ses investissements sur des priorités militaires, notamment en raison de la guerre en Ukraine. Les budgets autrefois dédiés à l’exploration spatiale sont désormais alloués à d’autres secteurs, ce qui a ralenti — voire stoppé — plusieurs programmes civils.

D’un point de vue technique, la Russie conserve une expertise solide dans certains domaines, comme les lanceurs Soyouz ou les vaisseaux cargo. Cependant, son incapacité à innover et à moderniser ses infrastructures, couplée à des sanctions limitant l’accès aux composants high-tech, rend difficile une réelle compétition avec les États-Unis ou la Chine à moyen terme.