Dans les collines escarpées du Rwanda, où les pentes raides et les sols fragilisés par des décennies d’exploitation agricole se combinent à une intensification des précipitations, les glissements de terrain constituent une menace annuelle aux conséquences dramatiques. Chaque saison des pluies, des millions d’hectares de terrains s’effondrent, emportant avec eux des vies humaines et des moyens de subsistance, comme le rapporte Le Monde.

Ce qu'il faut retenir

  • Les collines rwandaises, aux pentes fortes, sont particulièrement exposées aux glissements de terrain, un phénomène aggravé par les pluies intenses.
  • L’exploitation agricole intensive fragilise les sols, réduisant leur capacité à retenir l’eau et augmentant les risques d’effondrement.
  • Chaque année, des dizaines de vies sont perdues et des millions d’hectares de terrains sont détruits par ces catastrophes naturelles.

Un territoire vulnérable aux caprices de la terre

Le Rwanda, pays d’Afrique centrale connu pour ses paysages de collines verdoyantes, est aussi l’un des territoires les plus exposés aux glissements de terrain au monde. Selon les experts cités par Le Monde, la géographie locale — marquée par des pentes souvent supérieures à 30 % — crée des conditions idéales pour que la terre se dérobe sous l’effet de la gravité. « Ici, la terre donne et reprend », résume un agriculteur rencontré par le quotidien, illustrant ainsi la relation conflictuelle entre les populations et leur environnement.

Les épisodes de pluie, de plus en plus fréquents et violents, aggravent cette vulnérabilité. Les données climatiques récentes montrent une intensification des précipitations lors de la saison humide, un phénomène lié au changement climatique. Les sols, déjà érodés par des décennies de cultures intensives — notamment de la banane, du manioc ou du maïs — perdent leur stabilité. Les racines des plantes, autrefois capables de retenir la terre, ne suffisent plus à contrer l’action combinée de l’eau et de la pente.

Des conséquences humaines et économiques lourdes

Les glissements de terrain au Rwanda ne se contentent pas de modifier les paysages : ils détruisent des villages entiers, coupent des routes stratégiques et privent des milliers de familles de leurs terres arables. « Chaque année, des dizaines de personnes perdent la vie », rappelle un responsable local cité par Le Monde. Les chiffres officiels, bien que partiels, font état de plusieurs centaines de victimes depuis le début des années 2010. En 2023, par exemple, un glissement de terrain dans le district de Nyamasheke avait emporté une quinzaine de maisons et causé la mort de huit personnes, selon les autorités rwandaises.

Les pertes économiques sont tout aussi préoccupantes. Les terrains agricoles détruits représentent des milliers d’hectares chaque année, privant les communautés de leurs principales sources de revenus. « On a tout perdu en une nuit », témoigne un cultivateur de la région de Ruhengeri, où un glissement de terrain en 2024 avait ravagé plus de 20 hectares de cultures. Pour les familles dépendantes de l’agriculture de subsistance, ces catastrophes signent souvent le début d’une période de grande précarité.

Des solutions limitées face à un phénomène complexe

Face à cette menace récurrente, les autorités rwandaises tentent de mettre en place des mesures de prévention. Le gouvernement a lancé, en collaboration avec des ONG internationales, des programmes de reboisement et de stabilisation des sols. Des digues en pierre et des systèmes de drainage ont été installés dans les zones les plus à risque, comme dans les districts de Rubavu ou de Karongi. « Ces mesures réduisent localement les risques, mais elles ne suffisent pas à endiguer le phénomène », explique un ingénieur en génie civil interrogé par Le Monde.

La question de la gestion des terres se pose avec acuité. Au Rwanda, où la densité démographique est l’une des plus élevées d’Afrique, la pression sur les sols est constante. Les cultures en terrasses, autrefois une solution traditionnelle pour limiter l’érosion, sont aujourd’hui souvent remplacées par des exploitations plus intensives, moins respectueuses de l’équilibre écologique. « On a sacrifié la durabilité pour la productivité », déplore un chercheur en agronomie basé à Kigali.

Et maintenant ?

Les experts s’accordent à dire que les glissements de terrain au Rwanda devraient s’aggraver dans les années à venir, en raison de l’intensification des pluies et de la poursuite de l’exploitation agricole intensive. Le gouvernement rwandais a annoncé un plan quinquennal visant à renforcer la surveillance des zones à risque, avec l’installation de capteurs de mouvement et de systèmes d’alerte précoce. Une première phase pilote, prévue pour 2027, pourrait être étendue à l’ensemble du pays d’ici 2030. Reste à voir si ces mesures suffiront à protéger les populations les plus exposées.

En attendant, les habitants des collines rwandaises continuent de vivre sous la menace constante de la terre qui se dérobe. Pour eux, chaque saison des pluies est une épreuve, où la résilience se mesure à l’aune des terres perdues et des vies brisées.

Les districts de Nyamasheke, Rubavu, Karongi et Ruhengeri figurent parmi les zones les plus exposées, en raison de leurs fortes pentes et de l’intensité des précipitations. Ces régions concentrent une grande partie des victimes et des dégâts matériels chaque année, selon les données du ministère rwandais de la Gestion des catastrophes.