Hervé Grandjean, le PDG de Sabena Technics, entreprise chargée de la maintenance des Canadair, affirme avoir respecté la feuille de route fixée avec la Sécurité civile pour la saison des feux 2026. Dans une lettre adressée à ses salariés et consultée par Challenges, il rejette les critiques tout en reconnaissant les défis posés par une flotte vieillissante et des retards ponctuels.

Ce qu'il faut retenir

  • Sabena Technics assure avoir livré 10 Canadair disponibles sur 12 et 7 Dash sur 8 en début de saison, conformément à la feuille de route signée avec la Sécurité civile.
  • L’entreprise a investi 1,7 million d’euros dans les pièces détachées et 1,2 million d’euros dans la modernisation des avions cette année.
  • La disponibilité des Canadair a augmenté de 10% par rapport à 2025, mais seuls 7 avions étaient opérationnels le week-end dernier en Gironde, en raison des réparations.
  • Deux nouveaux Canadair commandés via le programme européen RescUE doivent être livrés en 2028, tandis que deux autres devraient être acquis d’ici 2033.
  • Les pilotes critiquent des retards dans la maintenance hivernale et un manque de pièces détachées, bien que Sabena Technics affirme avoir significativement augmenté ses stocks.

Une maintenance sous pression alors que les feux s’intensifient

Alors que la France fait face à une multiplication des incendies, notamment en Gironde, la question des moyens de lutte contre les flammes est plus que jamais au cœur des débats. Sur les 12 Canadair que compte la flotte de la Sécurité civile, l’âge moyen dépasse les 30 ans, rendant leur maintenance d’autant plus cruciale. Pourtant, leur disponibilité reste limitée : le week-end dernier, seuls 7 avions étaient opérationnels pour combattre les incendies, en raison des réparations en cours.

« Il y a une maintenance nécessaire sur ces avions, comme sur tous les autres de la sécurité civile (...) Les vols sont très éprouvants pour les machines, les systèmes sont mis à rude épreuve et on revient avec des pannes », a reconnu Eric Durand, secrétaire général adjoint du Syndicat national du personnel navigants de l’aviation civile, dans un entretien accordé à RMC. Selon BFM Business, il a également pointé du doigt des retards dans la remise en service de certains appareils après la période hivernale, attribués à Sabena Technics.

Sabena Technics contre-attaque et met en avant ses investissements

Face aux accusations, Hervé Grandjean a tenu à rappeler les efforts consentis par son entreprise. Dans sa lettre aux salariés, il insiste sur le respect des engagements pris avec la Sécurité civile : « Nous avons livré pour le début de la saison des feux, lors de la deuxième quinzaine de juin, les objectifs figurant dans la feuille de route signée avec la Sécurité civile, c’est-à-dire : 10 Canadair disponibles (sur 12), 7 Dash disponibles (sur 8), 3 Beech (sur 3) », a-t-il écrit. Il ajoute que « tous les taux de disponibilité des aéronefs pour la saison des feux 2026 sont en amélioration par rapport à l’année dernière ».

Selon BFM Business, il détaille ainsi une hausse de 10% pour la disponibilité des CL415 (Canadair), de 3,8% pour les Dash 8-400 et de 1,6% pour les Beech 200. L’entreprise justifie aussi ses investissements : 1,7 million d’euros ont été consacrés aux pièces de rechange en 2026, soit une augmentation de 70% par rapport à 2025, tandis que 1,2 million d’euros ont été alloués à la modernisation des équipements des Canadair.

Des critiques persistantes malgré les avancées

Pourtant, les pilotes maintiennent leurs reproches. Eric Durand a souligné dans une interview au Monde, le 25 juillet 2026, que la feuille de route elle-même était déjà « une défaite » car elle actait dès le départ l’absence de disponibilité totale des Canadair en début de saison. Il a également évoqué des « problèmes de pièces détachées », un point que Hervé Grandjean ne nie pas, tout en se défendant : « La faible disponibilité des pièces de rechange auprès de l’avionneur (De Havilland Canada) est un fait, mais nous avons très significativement augmenté notre stock ».

Autant dire que le débat reste vif entre les acteurs de la lutte contre les incendies. Si Sabena Technics met en avant ses progrès, les pilotes rappellent que ces retards et pénuries de moyens ont un impact direct sur la capacité de la France à faire face aux feux de forêt, dont l’intensité ne cesse de croître.

L’avenir de la flotte : entre commandes européennes et nationales

Pour renforcer ses capacités, la France a tenté de se doter de nouveaux Canadair. Deux exemplaires avaient été commandés en 2024, mais le projet avait été abandonné après une annulation de crédit sous le gouvernement Attal. Le pays s’est alors tourné vers le programme européen RescUE, une réserve commune de moyens de protection civile, permettant la commande de deux Canadair en août 2024 pour une livraison prévue en 2028.

Le budget 2026 prévoit désormais l’acquisition de deux Canadair supplémentaires, entièrement financés par la France. Leur livraison est annoncée entre fin 2032 et courant 2033. À terme, la flotte de la Sécurité civile devrait donc compter 16 avions bombardiers d’eau amphibies, ce qui portera le nombre d’appareils disponibles simultanément à un niveau bien supérieur à l’actuel.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place par Sabena Technics et la Sécurité civile. La livraison des deux premiers Canadair issus du programme RescUE en 2028 pourrait significativement améliorer la situation, mais d’ici là, la pression sur la flotte existante devrait persister. Par ailleurs, les retards éventuels dans la livraison des nouveaux appareils ou les problèmes récurrents de maintenance pourraient prolonger les tensions actuelles.

En attendant, la France devra composer avec une flotte vieillissante et des moyens limités, dans un contexte où les incendies deviennent de plus en plus fréquents et intenses.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’abord, l’âge moyen des Canadair dépasse les 30 ans, ce qui rend leur maintenance plus complexe et plus fréquente. Ensuite, les retards dans la remise en service de certains appareils après la période hivernale ont été pointés du doigt par les pilotes. Enfin, la faible disponibilité des pièces détachées, bien que partiellement résolue par Sabena Technics, reste un obstacle. Selon BFM Business, seuls 7 Canadair étaient opérationnels le week-end dernier en Gironde, alors que 10 étaient prévus en début de saison.

Deux Canadair commandés via le programme européen RescUE doivent être livrés en 2028, tandis que deux autres, financés par la France, sont attendus entre fin 2032 et courant 2033. À terme, la flotte devrait compter 16 appareils, contre 12 actuellement. Ces livraisons permettront d’augmenter significativement le nombre d’avions disponibles simultanément pour la lutte contre les incendies.