Depuis six ans, la ville corsaire de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) rend hommage à son passé flamboyant à travers une fête dédiée aux pirates et corsaires, ces figures historiques qui ont marqué son histoire. Selon Franceinfo - Culture, l’événement a attiré des centaines de participants et de visiteurs pour une immersion totale dans l’univers des mers du XVIIIe siècle.

Ce qu'il faut retenir

  • La sixième édition de cette fête a rassemblé familles, bénévoles et passionnés d’histoire à Saint-Malo.
  • Le programme a inclus des défilés costumés, des reconstitutions historiques et des combats d’escrime, plongeant les visiteurs dans l’âge d’or de la piraterie.
  • La légende de Robert Surcouf, corsaire malouin du XVIIIe siècle, a été mise à l’honneur avec des animations et des hommages.
  • Les commerçants locaux ont profité de l’afflux de visiteurs, tandis que des bénévoles ont recréé une ambiance d’époque avec des scènes de vie quotidienne sous l’Ancien Régime.

Une plongée historique dans le Saint-Malo du XVIIIe siècle

Les remparts de Saint-Malo, témoins de batailles navales et de légendes maritimes, ont retrouvé leur atmosphère du temps des corsaires le temps d’un week-end. Selon les organisateurs, l’événement vise à célébrer l’histoire locale tout en proposant un divertissement accessible aux petits comme aux grands. Les défilés costumés, les reconstitutions de combats navals et les ateliers ludiques ont rythmé les journées, transformant la ville en un véritable décor de film.

Parmi les figures emblématiques du passé malouin, Robert Surcouf, corsaire breton devenu une légende en attaquant des navires britanniques à la fin du XVIIIe siècle, a été particulièrement mis à l’honneur. « Je ne suis plus Monsieur Guillouet de Porcaro, je suis Robert Surcouf, la star de la fête », a déclaré Jean-Pierre Guillouet de Porcaro, bénévole incarnant le célèbre corsaire lors des animations. « Il ne faut pas tomber dans l’oubli, et grâce à ces personnages, on rend hommage à leur mémoire », a-t-il ajouté.

Des animations pour tous, entre éducation et émerveillement

Les familles ont été les grandes gagnantes de cette édition. Robinson, 4 ans, a reçu son titre de « co-capitaine » lors d’une scène improvisée avec un bénévole déguisé en pirate. « Il est totalement émerveillé, il n’en peut plus. Il attendait ce jour avec impatience. Ça fait trois semaines qu’on en entend parler en boucle », a confié sa mère. Les parents, quant à eux, ont apprécié le mélange entre divertissement et apprentissage historique. « On en apprend toujours, et puis, c’est encore mieux en mise en situation réelle. Ça permet aux enfants comme aux adultes de mieux comprendre cette époque », a souligné une mère de famille.

Les enfants ont pu participer à des ateliers de navigation rudimentaire ou à des jeux de rôle, tandis que les adultes ont redécouvert l’histoire locale sous un angle différent. Les combats d’escrime, reproduisant les duels entre corsaires, ont également séduit le public. Nao, 10 ans, s’est entraîné toute la journée pour affronter un adversaire lors d’un duel. « Ça fait voyager dans l’histoire, dans l’imaginaire. Et puis, on est dans les murs qui ont connu ce genre de choses. Ça transporte », a expliqué son père.

Une économie locale dynamisée par l’événement

Les commerçants malouins ont profité de l’afflux de visiteurs pour réaliser des ventes exceptionnelles. Dans les rues animées, des bénévoles déguisés en gardes royaux ont joué leur rôle à la perfection, rappelant les règles commerciales de l’époque. « Vous allez noter au dos tout ce que vous vendez et vous allez venir le faire signer au donjon. Ça s’appelle une quittance de douane, et après, on ne vous embêtera plus », ont-ils expliqué à un commerçant. « On sait que personne ne paye ses taxes correctement, mais de temps en temps, le roi nous demande de le rappeler », a plaisanté Maxime Le Grand, bénévole au sein du groupe de reconstitution historique Lys sous l’Érable.

L’immersion était telle que certains participants ont admis avoir oublié, l’espace de quelques heures, qu’il s’agissait d’une reconstitution. « On a appris pas mal de choses, c’est vrai que c’est assez bien fait », a reconnu une visiteuse. Les bénévoles, souvent des passionnés d’histoire, ont veillé à ce que chaque détail soit fidèle à l’époque, des costumes aux décors en passant par les dialogues.

Le rôle clé des corsaires dans l’histoire de Saint-Malo

Si Saint-Malo est aujourd’hui une ville prisée des touristes, c’est en grande partie grâce à son passé de cité corsaire. Au XVIIIe siècle, les corsaires, autorisés par le roi à attaquer les navires ennemis, ont fait la richesse et la réputation de la ville. Leurs expéditions contre les Britanniques, notamment, ont marqué l’histoire locale et nationale. Robert Surcouf, avec ses attaques audacieuses, est devenu l’un des symboles de cette époque.

« Ces hommes étaient à la fois des hors-la-loi et des héros locaux, selon les circonstances », explique un historien local. « Leur histoire mérite d’être célébrée, car elle a façonné l’identité de Saint-Malo. » Les organisateurs de la fête ont d’ailleurs veillé à distinguer corsaires et pirates : les premiers agissaient sous couverture royale, tandis que les seconds étaient de véritables hors-la-loi. Cette nuance historique a été rappelée lors des animations, notamment à travers des panneaux explicatifs et des discussions avec les bénévoles.

Et maintenant ?

L’engouement croissant pour cette fête des corsaires laisse penser que l’événement pourrait s’étendre à d’autres villes maritimes de la région. Les organisateurs envisagent déjà d’ajouter de nouvelles animations pour les prochaines éditions, notamment des reconstitutions de batailles navales à plus grande échelle. Une réflexion est également en cours pour intégrer davantage d’aspects pédagogiques, notamment à destination des écoles. Reste à voir si cette initiative inspirera d’autres territoires à célébrer leur patrimoine maritime.

Pour l’heure, les bénévoles et les visiteurs ont déjà hâte de se retrouver l’année prochaine. Les enfants, comme Robinson, repartent avec des étoiles dans les yeux, tandis que les adultes, eux, repartent avec une meilleure connaissance de l’histoire locale. « On a adoré, et on reviendra », a lancé une participante en quittant les lieux. Une chose est sûre : à Saint-Malo, le mythe des corsaires est bien vivant.

Les corsaires, comme Robert Surcouf, étaient des marins autorisés par le roi de France à attaquer les navires ennemis en temps de guerre, partageant ensuite leurs butins avec la couronne. Les pirates, en revanche, agissaient en dehors de toute légitimité royale et étaient considérés comme des hors-la-loi. Cette distinction était régulièrement rappelée lors des animations de la fête des Corsaires.