Salman Rushdie, figure emblématique de la liberté d’expression, publie aujourd’hui un nouveau roman, La Onzième Heure, aux éditions Gallimard. Quatre ans après l’attaque au couteau dont il a été victime en 2022, l’auteur revient à la fiction, un genre qu’il n’a jamais quitté malgré les menaces et les épreuves qui ont jalonné son parcours. Cette nouvelle œuvre s’inscrit dans la continuité de son attachement profond à l’imaginaire et au récit, comme l’a confirmé l’écrivain dans plusieurs entretiens récents, selon Franceinfo – Culture.

Ce qu'il faut retenir

  • Salman Rushdie publie La Onzième Heure en 2026, quatre ans après son agression aux États-Unis en août 2022.
  • L’auteur, ciblé par une fatwa en 1989 après la publication des Versets sataniques, n’a jamais abandonné l’écriture, même sous la menace.
  • Son nouveau roman s’inspire d’une fable écrite en 1990, Haroun et la mer des histoires, premier livre publié après la fatwa.
  • Salman Rushdie évoque son enfance à Bombay dans les années 1950, marquée par les contes, le cinéma et une passion précoce pour la littérature.
  • Il souligne que le besoin de raconter des histoires est "essentiel à la nature humaine", comme il l’a expliqué dans l’émission Boomerang sur France Inter en 2016.
  • L’écrivain, âgé de 79 ans, a partagé une photo récente lors du festival Littérature dans la brume à Heidenreichstein, en Autriche, le 22 mars 2026.

Un retour à la fiction après des années de menaces

Salman Rushdie, connu pour son engagement en faveur de la liberté d’expression, a toujours refusé de se laisser intimider par les menaces qui pèsent sur lui depuis la publication des Versets sataniques en 1988. La fatwa lancée contre lui par l’ayatollah Khomeini en 1989 a marqué le début d’une période de clandestinité, mais aussi de résistance à travers l’écriture. Quarante ans plus tard, il publie La Onzième Heure, un roman qui confirme sa fidélité à la fiction, comme il l’a souligné dans une déclaration rapportée par Franceinfo – Culture :

« Je suis de retour, je suis de nouveau le conteur que j’étais »

Salman Rushdie, Franceinfo – Culture

Cette nouvelle œuvre s’ajoute à une bibliographie déjà riche, marquée par des romans comme Les Enfants de minuit (1981), Le Dernier Soupir du Maure (1995) ou encore Quichotte (2019), qui lui a valu le prix Booker en 2019. Malgré l’attaque dont il a été victime en 2022 lors d’une conférence à Chautauqua, dans l’État de New York, l’auteur n’a jamais cessé d’écrire. Son dernier roman est une preuve supplémentaire de sa résilience et de son attachement à l’art du récit.

L’enfance de Rushdie : une immersion dans les contes et le cinéma de Bombay

Pour comprendre l’œuvre de Salman Rushdie, il faut remonter à son enfance passée à Bombay, dans les années 1950. C’est dans cette ville, aujourd’hui Mumbai, que l’écrivain a découvert sa passion pour les histoires. Son père, Anis Ahmed Rushdie, lui racontait régulièrement des contes traditionnels indiens, comme ceux des Mille et Une Nuits ou du Kathâsaritsâgara, un recueil de récits sanskrits du XIe siècle. Ces récits ont nourri son imagination et influencé son style littéraire, mêlant réalisme magique et humour.

À cela s’ajoute une autre influence majeure : le cinéma de Bombay, futur Bollywood. Salman Rushdie a souvent évoqué l’emprise du cinéma sur la vie quotidienne de la ville. Dans une masterclass diffusée sur France Culture, il a décrit Bombay comme une cité « obsédée par le cinéma », où « tout le monde, dans la ville, ne pense qu’à ça ». Cette passion pour le septième art a marqué son enfance et, selon ses propres mots, « coule dans ses veines ».

Un événement précis a joué un rôle décisif dans sa vocation d’écrivain : la découverte du Magicien d’Oz à l’âge de 11 ans. Ce film musical américain, avec ses sorcières, son éventail parlant et son lion peureux, a inspiré son premier récit. Dès son retour chez lui, il rédige Par-dessus l’arc-en-ciel, une histoire qu’il décrit comme un hommage aux contes de son enfance. Son père, séduit par l’idée, lui demande de le dicter à sa secrétaire pour le taper – un texte de cinq ou six pages qui, ironiquement, sera perdu par la suite. Une anecdote qui illustre à la fois sa créativité précoce et l’importance de l’écriture dans sa vie.

La librairie « Le Paradis du lecteur » et l’appel des livres

À Bombay, Salman Rushdie avait trouvé bien plus qu’un simple lieu de loisirs : une librairie appelée Le Paradis du lecteur. C’est là qu’il a passé des heures à dévorer des classiques comme Alice au pays des merveilles, David Copperfield ou encore des comics de Batman. Une photo en noir et blanc, conservée précieusement dans son salon à New York, témoigne de cette passion. On y voit l’écrivain enfant, assis avec ses deux sœurs, plongé dans un exemplaire de Peter Pan, un souvenir qu’il a partagé dans l’émission À voix nue sur France Culture :

« Pour nous tous, c’est l’image préférée de notre enfance, et nous l’avons tous chez nous. C’est une sorte de photo magique, prise par mon père. Il avait un magnifique Rolleiflex. Il prenait des photos de famille, mais plusieurs d’entre elles sont très évocatrices. »
« Je suis assis, non pas avec le livre original de Peter Pan, mais avec la version de Walt Disney, et mes sœurs sont absorbées. Il me semble que c’est l’image qui évoque le mieux mon enfance. »

Salman Rushdie, France Culture

Cette photo, comme tant d’autres souvenirs d’enfance, révèle l’importance des livres et de l’imaginaire dans la construction de l’écrivain. Salman Rushdie a souvent rappelé que le besoin de raconter des histoires était universel :

« Je crois que c’est un besoin qui vient très tôt chez les êtres humains. Quand un enfant naît, à partir du moment où il se sent nourri, se sent en sécurité, la première chose que dit l’enfant est : “Raconte-moi une histoire.” Nous sommes les seules créatures au monde à le faire. Et donc, il y a quelque chose, au sujet de l’histoire, qui est essentiel à la nature humaine. »

Salman Rushdie, France Inter, émission Boomerang, 2016

Un humour et une résilience qui traversent son œuvre

Malgré les épreuves, Salman Rushdie n’a jamais perdu son sens de l’humour, une caractéristique qui transparaît dans ses romans. Son écriture, souvent teintée d’ironie et de fantaisie, est aussi un moyen de résister à l’adversité. Dans La Onzième Heure, comme dans ses précédents livres, il mêle récit fantastique et réflexion sur la condition humaine.

L’écrivain, qui a fêté ses 79 ans en juin 2026, continue d’incarner la liberté de la création littéraire. Son nouveau roman, publié alors qu’il se remet encore des séquelles de son agression, est un symbole de persévérance. Il a d’ailleurs partagé une image de lui-même lors d’un événement littéraire en Autriche au mois de mars 2026, confirmant qu’il reste actif sur la scène culturelle internationale.

Et maintenant ?

La sortie de La Onzième Heure pourrait marquer le début d’une nouvelle phase pour Salman Rushdie, alors qu’il approche des quatre ans de son agression. Les prochains mois diront si l’écrivain envisage de nouvelles publications ou de projets littéraires. Par ailleurs, la question de sa sécurité reste un sujet de préoccupation pour ses proches et ses éditeurs. Reste à voir si cette œuvre marquera un tournant dans sa carrière ou s’il continuera à publier des romans à un rythme régulier.

Avec ce nouveau livre, Salman Rushdie réaffirme sa place parmi les grands conteurs contemporains. Son parcours, jalonné de défis et de triomphes, rappelle l’importance de l’art comme outil de résistance et de liberté. Qu’il s’agisse de fiction ou de récits inspirés par sa vie, l’écrivain prouve une fois de plus que les histoires, qu’elles soient réelles ou imaginaires, ont le pouvoir de nous transporter bien au-delà des frontières du réel.

Franceinfo – Culture n’a pas détaillé l’intrigue du nouveau roman, mais selon les informations disponibles, La Onzième Heure s’inscrit dans la continuité des œuvres de Rushdie en mêlant éléments fantastiques et réflexion sur la création littéraire. L’auteur évoque lui-même ce livre comme un retour à sa vocation première : raconter des histoires.