Selon BFM Business, la santé mentale des salariés en France n’a jamais été aussi dégradée. Le dernier baromètre Empreinte humaine / Ipsos BVA révèle qu’un tiers des travailleurs est en risque de burn-out, tandis qu’un salarié sur deux présente des signes de détresse psychologique. Ces chiffres, en nette hausse depuis 2025, illustrent une situation préoccupante dans le monde professionnel.

Ce qu'il faut retenir

  • 32 % des salariés sont en risque de burn-out, dont 11 % en risque sévère – un niveau deux fois plus élevé qu’avant la crise sanitaire.
  • 50 % des salariés affichent au moins un signe de détresse psychologique, un record dans ce baromètre.
  • 64 % des salariés souhaiteraient recevoir des remerciements spontanés, mais seuls 39 % en bénéficient.
  • 70 % des salariés aimeraient être consultés avant une décision les concernant, mais seulement 34 % le sont.
  • La détresse psychologique diminue de 17 points lorsque le salarié se sent reconnu pour son travail.

Une dégradation alarmante de la santé mentale au travail

Le baromètre Empreinte humaine / Ipsos BVA, publié en juin 2026, dresse un constat inquiétant : 32 % des salariés français sont désormais en risque de burn-out, dont 11 % en situation sévère. Ce chiffre marque une doublement du risque de burn-out sévère par rapport à la période pré-pandémie. Parallèlement, 50 % des salariés présentent au moins un signe de détresse psychologique, un niveau inédit depuis le lancement de ce baromètre. 16 % d’entre eux sont même en détresse psychologique élevée, contre 14 % en 2025.

Parmi les symptômes les plus fréquents, 23 % des salariés déclarent ressentir une anxiété « nerveuse » la plupart du temps ou en permanence – une hausse de 3 points par rapport à l’année dernière. D’autres signes, comme la sensation que « tout est un effort » (17 %), un sentiment d’être « bon à rien » (10 %) ou une déprime profonde (9 %), se répandent dans les entreprises. Christophe Nguyen, psychologue du travail et directeur du cabinet Empreinte humaine, met en garde : « La détresse psychologique chevauche à la fois des symptômes de dépression et d’épuisement. Lorsqu’elle n’est pas traitée, elle risque d’entraîner des problèmes de santé plus graves, comme des maladies psychosomatiques, de l’hypertension, des troubles anxieux, une dépression sévère ou des addictions. »

Les femmes et les employés plus exposés à la détresse psychologique

Certaines catégories de salariés sont particulièrement touchées par cette dégradation de la santé mentale. 55 % des femmes déclarent une détresse psychologique, contre 46 % des hommes. Les écarts sont également marqués selon les postes : 59 % des employés sont concernés, contre 46 % des cadres. Ces disparités soulignent l’impact des conditions de travail inégales sur la santé mentale des travailleurs.

Les raisons de cette crise sont multiples. D’abord, 60 % des salariés ont le sentiment de n’être que de simples exécutants dans leur travail. Ensuite, 51 % estiment manquer de temps pour accomplir un travail de qualité, tandis que 48 % déclarent que le manque de sens ou de finalité dans leur mission affecte leur fierté professionnelle. Ces constats révèlent un décalage croissant entre les attentes des salariés et la réalité de leur expérience au travail.

Reconnaissance et participation : les leviers d’amélioration méconnus

Face à ce malaise, les salariés expriment des attentes claires. 64 % souhaiteraient recevoir des remerciements spontanés de la part de leur hiérarchie, mais seuls 39 % en bénéficient. De même, 62 % aimeraient recevoir des feedbacks réguliers, alors que 36 % en reçoivent effectivement. Ces gestes simples, pourtant, pourraient transformer leur quotidien professionnel. Christophe Nguyen souligne : « Les actes de reconnaissance améliorent significativement la santé mentale des salariés. Le taux de détresse psychologique baisse de 17 points lorsque le salarié se sent reconnu pour son travail, de 19 points lorsqu’il est reconnu par son manager, et de 5 points lorsqu’il est consulté avant une décision le concernant. »

La demande de participation aux décisions est également forte. 70 % des salariés souhaiteraient être consultés avant une prise de décision impactant leur travail, mais seulement 34 % en font l’expérience. Par ailleurs, 44 % aimeraient être impliqués dans des groupes de discussion au sein de leur entreprise, un souhait partagé par 32 % seulement. Ces chiffres montrent une volonté des salariés de s’investir davantage dans la vie de leur entreprise, au-delà de leurs missions quotidiennes.

Un enjeu économique et social majeur

Les conséquences de cette crise de santé mentale ne se limitent pas au bien-être individuel. Près de la moitié des salariés craignent de ne pas pouvoir tenir psychologiquement jusqu’à leur retraite, un indicateur fort du malaise persistant dans le monde professionnel. « Investir dans la santé mentale au travail, c’est améliorer le travail pour le rendre durable », rappelle Christophe Nguyen. Les entreprises ont donc tout intérêt à agir rapidement, d’autant que des solutions existent et ne nécessitent pas des investissements colossaux.

Pourtant, malgré ces alertes répétées, les entreprises peinent à adapter leurs pratiques. Le baromètre met en lumière un décalage persistant entre les attentes des salariés et les actions menées par les employeurs. Alors que 60 % des salariés souhaitent une reconnaissance quotidienne, moins de 40 % en bénéficient. Une situation qui pourrait s’aggraver si rien n’est fait pour inverser la tendance.

Et maintenant ?

Face à l’urgence de la situation, les entreprises pourraient être incitées à revoir leurs politiques de management et de reconnaissance. Plusieurs pistes sont évoquées : formation des managers à l’écoute et à la reconnaissance, mise en place de groupes de discussion pour associer les salariés aux décisions, ou encore intégration systématique de feedbacks constructifs. La prochaine édition de ce baromètre, prévue en 2027, permettra d’évaluer l’impact des éventuelles mesures mises en place. D’ici là, les salariés pourraient exercer une pression accrue pour que leurs attentes soient enfin prises en compte.

La santé mentale au travail n’est plus un sujet marginal. Avec un salarié sur deux en détresse psychologique et un tiers en risque de burn-out, elle devient un enjeu central pour la pérennité des entreprises et le bien-être des travailleurs. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si les employeurs sauront y répondre.

D’après Christophe Nguyen, psychologue du travail, une détresse psychologique non traitée peut entraîner des maladies psychosomatiques, de l’hypertension, des troubles anxieux, une dépression sévère ou des addictions. Elle peut aussi aggraver l’absentéisme et réduire la productivité, tout en augmentant le risque de burn-out.

Le baromètre suggère plusieurs pistes : offrir des remerciements spontanés (64 % des salariés en souhaitent), fournir des feedbacks réguliers (62 % en veulent), consulter les salariés avant des décisions les concernant (70 % le demandent) et les associer à des groupes de discussion (44 % le souhaitent). Ces mesures, peu coûteuses, pourraient avoir un impact significatif.