Quand Judy Oliphant, une infirmière du comté du Devon, dans le sud-ouest de l’Angleterre, a découvert une famille de hérissons blottie sous des copeaux de bois dans son écurie, elle n’imaginait pas que cette rencontre allait changer le cours de sa vie. Dix-huit ans plus tard, elle dirige un centre de soins qui a sauvé des milliers de ces animaux menacés, selon Courrier International.

Ce qu'il faut retenir

  • La population de hérissons en Grande-Bretagne a chuté d’environ un tiers depuis l’an 2000, victime de la fragmentation de leur habitat et des collisions routières.
  • Plus de 120 000 « autoroutes pour hérissons » ont été recensées en 2021, reliant près de 240 000 jardins britanniques.
  • Les pratiques de l’agriculture intensive, comme l’usage d’insecticides, et la destruction des haies rurales accélèrent leur déclin en zone agricole.
  • En milieu urbain, les principaux dangers pour les hérissons incluent les tondeuses, les raticides, les bassins sans accès et les clôtures infranchissables.
  • Un programme de science citoyenne, lancé en 2024, utilise des pièges photographiques et l’IA pour mieux estimer leur population et adapter les mesures de protection.
  • Les Britanniques, séduits par le côté « mignon » et culturel de ces animaux, s’impliquent massivement dans leur protection.

Selon Judy Oliphant, cofondatrice d’un centre de soins pour hérissons dans le Devon avec son conjoint Alan Pook, ces animaux sont « sans défense face à la disparition ou à la fragmentation de leur habitat ». L’histoire qu’elle raconte illustre à elle seule les défis auxquels sont confrontés ces petits mammifères. En 2008, elle avait sauvé une mère hérisson et ses deux petits, avant de retrouver la première écrasée sur une route voisine le lendemain. Les deux survivants, trop jeunes pour se débrouiller seuls, ont nécessité des soins intensifs pendant une nuit entière, au détriment d’un dîner romantique prévu avec son partenaire.

Un déclin alarmant malgré des signes encourageants en ville

Les chercheurs estiment que la Grande-Bretagne a perdu environ un tiers de sa population de hérissons depuis 2000, un déclin qui s’explique principalement par la réduction de leurs habitats naturels et les collisions avec les véhicules. En milieu rural, l’agriculture intensive joue un rôle majeur : les insecticides déciment leurs proies (insectes), tandis que la destruction des haies, autrefois omniprésentes dans le paysage anglais, supprime leurs abris. Les routes, elles aussi, restent un danger constant, même en zone urbaine.

Pourtant, les villes offrent aussi des opportunités. Les hérissons s’y déplacent d’un jardin à l’autre, attirés par l’abondance d’insectes et de cachettes. Leur présence dans les jardins clos dépend donc de leur capacité à franchir les clôtures. C’est là qu’interviennent les « autoroutes pour hérissons » : des brèches aménagées pour leur permettre de circuler librement. Une étude menée en 2021 a recensé plus de 120 000 de ces passages, reliant près de 240 000 jardins à travers le pays. Ces corridors, qui représentent près de 1 % des jardins privés britanniques, pourraient bien inverser la tendance.

« Après un long déclin des populations dans les villes, nous avons constaté un début de ralentissement et une stabilisation de cette baisse, avec des premiers signes d’amélioration. On ne peut pas prétendre avoir sauvé les hérissons. Leur population n’est pas revenue à un niveau correct, mais cela va dans le bon sens. »
— Grace Johnson, chargée de la campagne nationale Hedgehog Street

Des dangers insoupçonnés dans les jardins privés

Une fois entrés dans un jardin, les hérissons doivent affronter une série de menaces souvent sous-estimées. Les outils de jardinage comme la tondeuse, le coupe-bordures ou le râteau peuvent blesser, voire tuer, ces animaux nocturnes. Leurs nids, souvent installés sous des tas de feuilles ou de bois sec, sont parfois détruits ou brûlés par négligence. Les bassins et piscines aux parois verticales, dépourvus de rampe d’accès, se transforment en pièges mortels : les hérissons savent nager, mais sont incapables d’en sortir.

Les raticides, pièges à souris, chiens et chats hostiles, ainsi que les filets de cages de football dans lesquels ils peuvent s’emmêler, complètent cette liste noire. Judy Oliphant, dont le centre soigne des centaines de hérissons chaque année, le constate avec amertume : « Les hérissons trouvent chaque année un nouveau moyen de se tuer. Chaque année, on découvre quelque chose de nouveau. »

La mobilisation citoyenne et scientifique au secours des hérissons

Face à ces défis, la campagne Hedgehog Street, lancée en 2011 par les associations People’s Trust for Endangered Species et The British Hedgehog Preservation Society, a réussi à sensibiliser une partie de la population. Plus de 40 bénévoles gèrent aujourd’hui le centre de Judy Oliphant dans le Devon, tandis que des particuliers, des écoles, des clubs de football et même des promoteurs immobiliers s’engagent à aménager des passages pour hérissons dans leurs projets.

Cette initiative a porté ses fruits. Grace Johnson, coordinatrice de la campagne, note une prise de conscience croissante : « On observe une meilleure connaissance de la situation, ce qui était loin d’être le cas il y a quelques années. » Les Britanniques, attachés à ces animaux depuis des siècles — Shakespeare les mentionnait dans ses pièces, et des recettes de puddings en forme de hérisson existaient dès le XVIIe siècle —, y trouvent une motivation supplémentaire pour agir.

Parallèlement, un programme de suivi scientifique, coordonné par Emma Cartledge, chargée de recherche à l’université de Nottingham Trent, mise sur la science citoyenne pour affiner les connaissances. Depuis 2024, des bénévoles installent des pièges photographiques sur des sites d’étude à travers le pays, tandis que des algorithmes d’intelligence artificielle trient les millions d’images capturées. L’objectif est d’obtenir une estimation plus fiable de la population de hérissons, urbaine et rurale, d’ici 2026, date de fin du projet pilote.

« Nous sommes à peu près sûrs que l’espèce est en déclin, mais ce qui nous intéresse, c’est de savoir dans quelle mesure et dans quelles régions. Ces données permettront d’adapter les stratégies de protection et, pourquoi pas, d’aider d’autres espèces comme les blaireaux ou les renards. »
— Emma Cartledge, université de Nottingham Trent

Et maintenant ?

D’ici 2026, les résultats du programme de suivi devraient fournir une cartographie précise des populations de hérissons en Grande-Bretagne. Ces données pourraient permettre aux autorités locales et aux associations de cibler leurs efforts de protection, notamment en milieu rural où le déclin se poursuit. Par ailleurs, l’engagement croissant des particuliers et des promoteurs immobiliers suggère que les « autoroutes pour hérissons » continueront de se multiplier, offrant un espoir de stabilisation, voire de croissance, des populations urbaines. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance en zone agricole, où les défis restent les plus importants.

En attendant, les hérissons bénéficient déjà d’un avantage culturel indéniable. Leur image de « petites boules de piquants mignonnes » a facilité leur adoption par le grand public, mais leur survie dépend désormais de l’action collective. Comme le souligne Judy Oliphant : « Si chacun s’occupait de sa parcelle en se souciant des créatures avec lesquelles il la partage, et si ces espaces étaient tous reliés entre eux, on ferait un grand pas vers la protection de la faune sauvage. »

Pour les Britanniques, le choix est clair : transformer leurs jardins en refuges ou risquer de voir disparaître un symbole de leur campagne, chéri depuis des siècles.

Le déclin s’explique principalement par la fragmentation de leur habitat, due à l’urbanisation et à l’agriculture intensive, ainsi que par les collisions routières. En zone rurale, l’usage d’insecticides et la destruction des haies aggravent la situation, tandis qu’en ville, les dangers incluent les outils de jardinage, les bassins et les clôtures infranchissables.

Il suffit d’aménager une petite brèche d’environ 13 cm de large dans les clôtures pour permettre aux hérissons de circuler librement. Des associations comme Hedgehog Street proposent des guides pratiques et des conseils pour adapter son jardin en un espace sûr pour ces animaux.