Les vergers bretons subissent de plein fouet les conséquences des épisodes de sécheresse et de canicule qui se multiplient depuis le début de l’été. Selon Ouest France, certains producteurs de cidre estiment déjà une baisse de leur récolte pouvant atteindre 50 %, par rapport à une année normale. Une situation qui les pousse à s’interroger sur la pérennité de leur activité, alors que ces phénomènes climatiques pourraient devenir la norme dans les années à venir.
Ce qu'il faut retenir
- Les producteurs bretons de cidre anticipent une baisse de récolte pouvant atteindre 50 % en raison de la sécheresse et des températures élevées.
- Les vergers de la région subissent des dommages directs, avec des pommes brûlées par le soleil et des arbres en manque d’eau.
- Les professionnels s’interrogent sur l’avenir de leur métier face au dérèglement climatique, craignant que ces épisodes ne se répètent.
- La Bretagne, région historique de production cidricole, pourrait voir son économie locale impactée par cette baisse de rendement.
Une récolte dévastée par la météo
Les températures élevées et le manque de pluie ont transformé les vergers bretons en véritables champs de bataille pour les producteurs de cidre. Les pommiers, habituellement gorgés de fruits à cette période de l’année, montrent des signes évidents de stress hydrique. Les fruits, souvent brûlés par le soleil, tombent prématurément ou ne parviennent pas à mûrir correctement. « On observe des pommes qui noircissent sur les branches ou qui se dessèchent avant même d’avoir atteint leur taille normale », explique Jean Le Goff, producteur à Pleudihen-sur-Rance, cité par Ouest France.
Les arbres eux-mêmes souffrent. Leur feuillage jaunit, leurs feuilles se recroquevillent sous l’effet de la chaleur persistante. Dans certains vergers, les producteurs ont dû recourir à des systèmes d’irrigation d’urgence, une pratique coûteuse et peu rentable sur le long terme. « On dépense plus en eau et en énergie pour sauver les arbres qu’on ne gagne en vendant le cidre », confie un autre producteur sous couvert d’anonymat.
Des professionnels en alerte face au dérèglement climatique
Cette année 2026 marque un tournant pour les cidriers bretons, habitués à un climat tempéré mais confrontés à des étés de plus en plus secs. « On ne reconnaît plus notre région », déclare Marie Duval, présidente de la Fédération des producteurs de cidre de Bretagne. « Ces épisodes de sécheresse, qui étaient exceptionnels il y a encore dix ans, deviennent récurrents. Si ça continue, notre métier pourrait devenir tout simplement impossible. »
Les producteurs soulignent que leur activité repose sur un équilibre fragile, où chaque saison compte. Avec des rendements en chute libre, c’est toute une filière qui est menacée. Les cidreries locales, souvent des PME familiales, pourraient être contraintes de réduire leurs effectifs ou, dans le pire des cas, de cesser leur production. « On parle de 50 % de perte, mais certains estiment que la réalité pourrait être encore pire d’ici la fin de la récolte », précise Le Goff.
Un impact économique et culturel lourd
La Bretagne est réputée pour ses cidres, produits depuis des siècles dans des vergers souvent transmis de génération en génération. Une baisse drastique de la production pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà des exploitations agricoles. Les cidreries locales, qui emploient plusieurs centaines de personnes en période de récolte, risquent de subir de plein fouet cette baisse de rendement. « Notre chiffre d’affaires dépend à 80 % de la qualité et de la quantité des pommes que l’on transforme », explique un responsable d’une cidrerie du Finistère. « Sans récolte, c’est tout le tissu économique local qui se trouve fragilisé. »
Cette situation interroge également sur l’identité culturelle de la Bretagne. Le cidre, boisson emblématique de la région, pourrait devenir un produit de luxe, réservé à une élite, en raison de sa rareté. « Autrefois, chaque famille avait son petit verger et produisait son cidre. Aujourd’hui, si on ne fait plus attention, cette tradition pourrait disparaître », s’inquiète Duval.
Face à l’incertitude qui plane sur la prochaine récolte, les cidriers bretons restent mobilisés. Mais pour combien de temps encore ? La question, désormais, n’est plus seulement agricole, mais aussi existentielle.
Les variétés les plus sensibles à la sécheresse, comme le Kermerrien ou le Petit Jaune, sont particulièrement affectées. Ces pommes, traditionnellement utilisées pour la fabrication du cidre, nécessitent un apport en eau régulier pour donner des fruits de qualité. Les producteurs observent un dessèchement prématuré de ces variétés, avec des fruits qui se fendent ou tombent avant maturité.