Selon Euronews FR, l’Europe centrale fait face à un assèchement historique du Danube, contraignant les gouvernements de la région à adopter des mesures d’urgence pour éviter une crise énergétique majeure. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte de vagues de chaleur répétées, aggravant la situation hydrologique déjà critique de l’un des fleuves les plus stratégiques du continent.

Ce qu'il faut retenir

  • Le débit du Danube en Roumanie est tombé à 1 500 m³ par seconde, un niveau historiquement bas
  • La centrale nucléaire de Cernavodă a vu un réacteur arrêté et risque l’arrêt d’un second en raison du faible débit
  • En Serbie, les centrales hydroélectriques Djerdap I et II fonctionnent à 20 % et 30 % de leur capacité
  • En Hongrie, la centrale nucléaire de Paks sera arrêtée temporairement pour la première fois depuis 44 ans
  • Les autorités appellent à des réductions volontaires de consommation d’électricité en soirée

En Roumanie, une intervention militaire pour sauver la centrale de Cernavodă

En Roumanie, le débit du Danube a chuté à 1 500 mètres cubes par seconde, un niveau critique pour le fonctionnement des infrastructures énergétiques. Pour éviter un blocage total du canal de Bala, la marine roumaine a mené une opération d’explosion contrôlée afin de dégager des rochers obstruant le passage. Cette mesure visait à maintenir un débit suffisant pour faire fonctionner la centrale nucléaire de Cernavodă, déjà affectée par la sécheresse.

La situation est d’autant plus tendue que les autorités avaient déjà procédé à l’arrêt d’un réacteur dans cette centrale. Le Premier ministre par intérim, Ilie Bolojan, a placé le secteur énergétique en état d’alerte dès vendredi 7 août. Il a appelé la population à réduire sa consommation d’électricité en soirée, période de pointe, tout en mettant en garde contre le risque d’un arrêt définitif du second réacteur si la situation ne s’améliore pas dans les prochains jours.

En Serbie, la production hydroélectrique en berne

De l’autre côté du fleuve, en Serbie, le gouvernement a dû réduire drastiquement la production des deux plus grandes centrales hydroélectriques du pays : Djerdap I et Djerdap II. Selon la ministre de l’Énergie, Dubravka Đedović, ces installations, qui représentent environ 18 % de la production électrique serbe, ne fonctionnent plus qu’à 20 % et 30 % de leur capacité respectivement. Cette baisse de régime reflète l’impact direct de la baisse du niveau du Danube sur les infrastructures énergétiques dépendantes de l’hydroélectricité.

La sécheresse prolongée en Europe centrale, couplée aux températures élevées, a donc forcé Belgrade à revoir à la baisse ses ambitions de production, aggravant les tensions sur le réseau électrique national.

En Hongrie, la centrale de Paks mise hors service temporairement

La Hongrie, également riveraine du Danube, n’est pas épargnée. Dimanche 6 août, le Premier ministre Péter Magyar a annoncé l’arrêt de l’une des deux unités de production de la centrale nucléaire de Paks, la seule du pays. « En raison de la nouvelle baisse du niveau du Danube, l’une des deux dernières unités de production de la centrale nucléaire de Paks sera arrêtée à 1 h 30 », a-t-il écrit sur X. « Par conséquent, la puissance de la centrale tombera à seulement 240 mégawatts, et demain, elle sera totalement arrêtée pour la première fois en 44 ans. »

Cette décision, bien que temporaire, marque un tournant historique pour une infrastructure qui a toujours fonctionné en continu depuis sa mise en service. Cependant, Péter Magyar a tenté de rassurer lundi en indiquant que les prévisions pour les prochains jours étaient « devenues légèrement plus optimistes ». « Le niveau du Danube est resté stable depuis ce matin, à la fois à Paks et à Budapest », a-t-il précisé, ajoutant que « la dernière turbine de Paks continue de produire de l’électricité ».

Et maintenant ?

Les gouvernements riverains du Danube surveillent de près les prévisions météorologiques et hydrologiques pour les prochains jours. Une amélioration des conditions, même légère, pourrait permettre un retour progressif à la normale. Toutefois, les experts s’accordent à dire que ces épisodes de sécheresse prolongée pourraient devenir plus fréquents à l’avenir, en raison du changement climatique. Les centrales nucléaires et hydroélectriques, dépendantes des cours d’eau, restent particulièrement vulnérables.

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact à long terme de cette crise sur les réseaux électriques et les stratégies énergétiques des pays concernés.

Face à cette situation, les appels à la sobriété énergétique et aux mesures d’urgence se multiplient. Autant dire que la région doit désormais composer avec une réalité où le fleuve, souvent considéré comme une colonne vertébrale économique, révèle toute sa fragilité en période de stress climatique.

Le Danube est un axe stratégique pour le transport fluvial et une source majeure d’eau pour le refroidissement des centrales électriques, notamment nucléaires et hydroélectriques. Son débit influence directement la production d’électricité dans plusieurs pays, dont la Roumanie, la Serbie et la Hongrie, où il représente une part significative du mix énergétique.