D’après Futura Sciences, publié le 27 août 2026, la sécheresse qui frappe actuellement la France et une grande partie du monde ne se limite pas à une question de pluie. Sous nos pieds, un véritable monde microscopique se bat pour survivre, façonnant la résilience des sols face à l’aridité. Marc-André Selosse, biologiste spécialiste des champignons et chercheur au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, décrypte ce combat invisible dans une série d’été consacrée à la sécheresse.

Ce qu'il faut retenir

  • Entre 50 % et 75 % de la masse vivante des écosystèmes se trouvent dans le sol, abritant jusqu’à 60 % de la diversité des espèces terrestres.
  • Un gramme de terre contient plusieurs dizaines de millions de bactéries et microbes, essentiels à la rétention d’eau et à la fertilité.
  • Les champignons jouent un rôle clé en échangeant nutriments contre sucre avec les plantes, mais leur survie dépend de l’état de celles-ci.
  • La résilience des sols repose sur leur capacité à se régénérer après une sécheresse, à condition qu’ils ne soient pas fragilisés par des pratiques humaines (pesticides, labour, pollution).
  • Le réchauffement climatique intensifie les épisodes de sécheresse, comme en témoigne la Bretagne, « jamais aussi sèche » selon Selosse.

Un monde invisible sous nos pieds

Lorsque l’on marche dans un champ ou une forêt, on ne perçoit que la surface du sol. Pourtant, selon Marc-André Selosse, « plus de la moitié des espèces vivantes de la planète évoluent dans les premiers mètres de terre ». Champignons, bactéries, vers et tardigrades forment une biodiversité colossale, souvent méconnue mais cruciale pour les écosystèmes. « On y trouve entre 50 % et 75 % de la masse vivante des écosystèmes terrestres », précise le biologiste, dont l’expertise porte notamment sur les mycorhizes, ces champignons qui s’associent aux racines des plantes.

Le sol, une éponge naturelle mais fragile

Contrairement aux idées reçues, le sol n’est pas qu’une simple couche de terre : il agit comme une éponge capable de retenir l’eau grâce à sa porosité et à sa matière organique. « Certains champignons transportent de l’azote et du phosphore vers les plantes, en échange d’un peu de sucre produit par celles-ci », explique Selosse. Cette symbiose permet aux végétaux de mieux résister aux périodes de stress hydrique. Pourtant, cette mécanique délicate peut être profondément perturbée par la sécheresse. « Le sol est le dernier compartiment à sécher, car il retient longtemps l’humidité », note le chercheur. Mais lorsque la sécheresse persiste, la mortalité parmi les micro-organismes devient massive — « des centaines de milliers par gramme de terre ».

La résilience, une question de nombre

Malgré ces pertes, la nature a prévu un mécanisme de récupération : « La résilience des sols repose sur leur abondance », souligne Selosse. Les micro-organismes survivants se multiplient dès le retour de l’eau, restaurant progressivement les fonctions du sol. « La matière organique morte agit comme du coton, retenant l’eau et limitant l’érosion », ajoute-t-il. Ces débris organiques stabilisent aussi la structure du sol, en collant les particules minérales et en maintenant les micro-tunnels nécessaires à l’infiltration de l’eau.

Pourtant, ce système a ses limites. « Les sols ne peuvent pas tout absorber », rappelle le biologiste. Leur capacité à se régénérer dépend largement de leur état initial. Des pratiques agricoles intensives — labour, pesticides ou pollution aux microplastiques — affaiblissent leur résilience. Sans compter que les épisodes de sécheresse se multiplient avec le réchauffement climatique. « Depuis que je suis né, je n’ai jamais vu la Bretagne aussi sèche », confie Selosse, illustrant l’ampleur du phénomène.

Plantes et micro-organismes, une dépendance mutuelle

Les plantes et les micro-organismes du sol entretiennent une relation symbiotique : les premières fournissent du sucre aux seconds en échange de nutriments essentiels. Mais en cas de sécheresse, cette alliance se rompt. « Les plantes souffrent, perdent leurs feuilles et alimentent moins les champignons », observe Selosse. Privés de ressources, ces micro-organismes s’affaiblissent, réduisant encore la capacité du sol à soutenir la végétation. « À force, même la résilience a ses limites », met en garde le chercheur.

Que faire pour protéger les sols ?

Face à l’intensification des sécheresses, la question n’est plus seulement de savoir si les sols peuvent résister, mais comment les aider. Marc-André Selosse insiste sur l’importance de pratiques agricoles durables : réduction du labour, limitation des pesticides, ou encore maintien d’un couvert végétal permanent. « Le sol est conçu pour survivre, mais pas à un matraquage répété », rappelle-t-il. Selon le biologiste, l’enjeu est double : préserver la biodiversité souterraine et limiter les facteurs qui fragilisent les sols.

Dans le prochain épisode de cette série, Selosse s’intéressera aux solutions concrètes que l’agriculture peut mettre en œuvre pour renforcer la résilience des sols face à la sécheresse. Une question d’autant plus cruciale que 40 % des terres mondiales sont déjà touchées par la dégradation des sols, selon les Nations unies.

Et maintenant ?

Alors que la France et de nombreuses régions du monde subissent des sécheresses de plus en plus sévères, les scientifiques s’interrogent sur l’avenir des sols. Les prochains mois seront déterminants : si les pluies automnales ne sont pas suffisantes, la situation pourrait s’aggraver, surtout dans les zones déjà fragilisées. Les pouvoirs publics et les agriculteurs devront-ils revoir leurs pratiques pour préserver ces écosystèmes souterrains ? Une chose est sûre : la bataille contre la sécheresse se joue aussi — et surtout — sous nos pieds.

La série d’été de Futura Sciences se poursuivra avec un nouvel épisode consacré aux solutions agricoles, à paraître prochainement. À suivre donc.

Leur résilience repose sur la quantité de micro-organismes présents. Même si des millions meurent pendant une sécheresse, ceux qui survivent se multiplient dès le retour de l’eau, restaurant progressivement les fonctions du sol. Cette capacité dépend toutefois de l’état initial du sol : les pratiques humaines (labour, pesticides) ou la pollution (microplastiques) réduisent cette résilience.