La proposition de loi « visant à protéger les enfants et à lutter contre les violences en milieu scolaire », adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale dans la nuit du 1er au 2 juin 2026, a finalement été expurgée de son volet le plus controversé : l'obligation pour les prêtres de lever le secret de la confession en cas de faits à caractère sexuel sur des mineurs. Selon BFM - Politique, cette mesure, initialement portée par 150 députés de plusieurs groupes politiques, a été retirée sous la pression de la droite et des débats internes à la majorité présidentielle.
Ce qu'il faut retenir
- La proposition de loi post-Bétharram a été adoptée à l'unanimité, mais sans l'obligation de lever le secret de la confession pour les prêtres.
- Le retrait de cette mesure a été porté par la rapporteure Violette Spillebout (Renaissance) et l'insoumis Paul Vannier.
- Le secret de la confession reste protégé par le droit français, malgré les débats sur son application face au délit de non-dénonciation.
- Un homme prétendant être prêtre a affirmé avoir obtenu l'accord de l'évêque de Carcassonne pour révéler une confession de Xavier Dupont de Ligonnès sur M6.
- L'évêque de Carcassonne a démenti toute implication dans cette révélation.
Une mesure controversée abandonnée pour assurer l'adoption du texte
Après des mois de travaux de la commission d'enquête sur l'affaire Bétharram, la proposition de loi avait été présentée comme un texte d'urgence pour renforcer la protection des mineurs en milieu scolaire. Pourtant, l'obligation de lever le secret de la confession pour les prêtres, jugée nécessaire par les rapporteurs pour lutter contre les violences sexuelles, a été retirée en dernière minute. La rapporteure Violette Spillebout (Renaissance) a justifié ce choix par un « vote de raison » afin d'assurer une adoption à l'unanimité. « Non pas parce que je suis d'accord, mais parce que c'est un vote de raison, et je vous invite tous à être raisonnables, à faire en sorte que nous puissions avancer pour ainsi voter la proposition de loi à l'unanimité », a-t-elle expliqué lors des débats.
Cette décision a été soutenue par le député LR Xavier Breton, figure de proue de la Manif pour tous et vice-président du groupe d'amitié France-Vatican. « Méfions-nous d'un État qui voudrait tout contrôler, y compris le fonctionnement de chaque religion », a-t-il déclaré, ajoutant : « Bien sûr que les lois sont là pour encadrer nos actions, mais notre conscience est supérieure. » Pour lui, la levée du secret de la confession représentait une « ligne rouge » à ne pas franchir.
Un équilibre complexe entre secret professionnel et obligation de dénonciation
Le secret de la confession, protégé par le droit français, se heurte au délit de non-dénonciation prévu par l'article 434-3 du Code pénal. Selon ce texte, « quiconque » ayant connaissance de violences sur un mineur ou une personne vulnérable est tenu d'en informer les autorités judiciaires ou administratives, sous peine de trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Pourtant, le secret professionnel, qui s'applique également aux avocats et médecins, n'est pas absolu : il peut être levé en cas d'atteintes sexuelles sur mineurs.
Le cas des prêtres, lui, n'est pas explicitement mentionné dans le Code pénal. « La révélation d'une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession [...] est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende », précise l'article 226-13 du Code pénal. Jusqu'à présent, aucun prêtre n'a été condamné pour avoir révélé des faits pénalement répréhensibles dans le cadre d'une confession. En 2020, une loi avait déjà imposé aux médecins de lever le secret médical en cas de violences intrafamiliales, sans l'accord du mineur.
L'ombre de Xavier Dupont de Ligonnès et le débat relancé par M6
Le sujet est revenu sur le devant de la scène mardi 2 juin 2026, lors de la diffusion sur M6 d'une émission consacrée à Xavier Dupont de Ligonnès. Un homme se présentant comme un prêtre y a affirmé avoir rencontré l'homme soupçonné d'avoir tué sa femme et ses quatre enfants dans l'Aude en 2022. Il a déclaré avoir obtenu la confession de Dupont de Ligonnès et avoir reçu l'accord de l'évêque de Carcassonne pour révéler ces propos à la télévision. « Ce dernier, lui, dénonce une séquence 'trompeuse' et n'avoir 'jamais' été 'contacté' par l'homme se présentant comme un prêtre », précise BFM - Politique.
Cette affaire illustre les tensions persistantes autour du secret de la confession. La commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église, présidée par Jean-Marc Sauvé, avait déjà proposé en 2021 de mettre fin à ce secret dans le cas de violences sexuelles sur mineurs ou personnes vulnérables. Selon ses estimations, entre 2,5 % et 8 % des prêtres et religieux auraient commis des agressions sexuelles ou des viols sur environ 216 000 victimes majeures et vivantes entre 1950 et 2021. Les prêtres étant tenus de se confesser régulièrement, leurs collègues pourraient donc être informés de faits relevant de la loi.
Le Sénat appelé à trancher dans les prochains mois
Après son adoption à l'Assemblée nationale, la proposition de loi doit désormais être examinée par le Sénat, où la droite est majoritaire. Les observateurs s'attendent à ce que la chambre haute supprime également l'obligation de lever le secret de la confession, comme l'a déjà fait l'Assemblée. « Dirigée par la droite, la chambre haute devrait en toute probabilité expurger aussi l'obligation de lever le secret de la confession de la proposition de loi », note BFM - Politique.
Ce texte, initialement conçu comme une réponse à l'affaire Bétharram, s'inscrit dans une série de réformes visant à renforcer la protection des mineurs en milieu scolaire. Il inclut des mesures de prévention des violences, de soutien aux victimes et de formation des professionnels. Cependant, le débat sur le secret de la confession reste ouvert et pourrait resurgir lors de futurs textes législatifs.
Ce débat, qui oppose protection des mineurs et respect du secret professionnel, pourrait ressurgir lors de l'examen de prochains textes législatifs. Reste à voir si une solution équilibrée, respectant à la fois les obligations légales et les principes religieux, pourra être trouvée.
La mesure a été supprimée pour assurer une adoption à l'unanimité du texte à l'Assemblée nationale. La rapporteure Violette Spillebout (Renaissance) et le député LR Xavier Breton ont justifié ce choix par la nécessité de ne pas franchir une « ligne rouge » pour les croyants et de garantir un vote consensuel.
Oui, selon l'article 226-13 du Code pénal, la révélation d'une information secrète par un professionnel peut être punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Cependant, aucun prêtre n'a jamais été condamné pour avoir révélé de tels faits dans le cadre d'une confession.