Plus de 860 millions de personnes tombent malades chaque année dans le monde à cause d’aliments dangereux, entraînant 1,5 million de décès, selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié à l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité sanitaire des aliments, le 7 juin 2026. D’après Euronews FR, cette étude révèle l’ampleur des conséquences sanitaires et économiques liées aux aliments contaminés ou mal manipulés, un problème de santé publique dont le coût humain et financier reste sous-estimé.
Ce qu'il faut retenir
- 860 millions de cas de maladies et 1,5 million de morts par an dans le monde dus à des aliments dangereux, selon l’OMS.
- Les enfants de moins de cinq ans sont trois fois plus exposés, représentant 29 % des cas de maladies et 143 000 décès en 2021.
- Les pertes économiques liées aux maladies d’origine alimentaire s’élèvent à 310 milliards de dollars (267 milliards d’euros) en productivité perdue en 2021.
- L’Afrique et l’Asie du Sud-Est concentrent 75 % des maladies et 60 % des décès mondiaux.
- Le changement climatique aggrave les risques, avec une augmentation des événements météorologiques extrêmes et des contaminations.
Un enjeu sanitaire et économique majeur
Le rapport de l’OMS, publié en amont de la Journée mondiale de la sécurité sanitaire des aliments, souligne que les aliments dangereux ne sont pas une menace abstraite, mais touchent directement des millions de familles chaque jour. « La sécurité sanitaire des aliments n’est pas une question abstraite : elle concerne chaque repas, chaque famille, chaque jour », a déclaré le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus. Pour la première fois, l’organisation dispose de données consolidées permettant d’évaluer l’impact réel de ces pathologies, souvent évitables.
Selon les chiffres de 2021, les maladies d’origine alimentaire ont généré des pertes de productivité estimées à 310 milliards de dollars, soit l’équivalent de 267 milliards d’euros. Ces coûts incluent notamment les hospitalisations, les arrêts de travail et les décès prématurés. L’OMS insiste sur le fait que des mesures simples, comme l’amélioration de l’accès à l’eau potable, à l’assainissement ou encore aux soins de santé, pourraient réduire significativement cette charge.
Les enfants, première cible des maladies d’origine alimentaire
Les enfants de moins de cinq ans paient un lourd tribut face à ce problème. Ils représentent 29 % de la charge de morbidité liée aux aliments dangereux et 143 000 décès en 2021, soit près d’un tiers des cas mondiaux. Leur vulnérabilité s’explique par un système immunitaire encore immature, mais aussi par une exposition accrue à des contaminants chimiques, comme les métaux lourds ou les pesticides. Ces substances peuvent altérer le développement cérébral et entraîner des troubles neurologiques irréversibles.
« Bien qu’ils ne représentent que 9 % de la population mondiale, les jeunes enfants sont victimes de près d’un tiers de tous les cas de maladies d’origine alimentaire, en particulier les maladies diarrhéiques, qui peuvent être mortelles pour ce groupe d’âge vulnérable », précise l’OMS. La contamination des aliments par des bactéries comme Escherichia coli ou des virus comme le rotavirus est souvent à l’origine de ces pathologies, fréquemment transmises par des aliments ou de l’eau souillés.
Des inégalités criantes entre les régions du monde
Le rapport met en lumière des disparités marquées dans l’impact des maladies d’origine alimentaire. Les populations des pays à revenu faible ou intermédiaire, notamment en Afrique et en Asie du Sud-Est, subissent la majorité des conséquences. Ces deux régions concentrent à elles seules 75 % des cas de maladies et 60 % des décès enregistrés dans le monde. Le manque d’infrastructures sanitaires, d’accès à une alimentation sûre et de réglementations strictes aggrave la situation dans ces zones.
À l’inverse, les pays développés, bien que moins touchés en termes de mortalité, doivent faire face à des risques spécifiques. En Europe, les bactéries comme Campylobacter ou Salmonella restent des causes majeures d’intoxications alimentaires. Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), la campylobactériose, souvent liée à la consommation de volailles crues, connaît un pic saisonnier en été. La listériose, bien que plus rare, est responsable de taux élevés d’hospitalisation et de mortalité, notamment chez les personnes immunodéprimées.
Le changement climatique, un facteur aggravant
L’OMS alerte sur l’impact croissant du changement climatique sur la sécurité sanitaire des aliments. Les événements météorologiques extrêmes – inondations, sécheresses – favorisent la prolifération de bactéries et de parasites dans les chaînes alimentaires. La hausse des températures de l’air et de l’eau, ainsi que la modification des régimes de précipitations, créent un environnement propice à l’émergence de nouvelles maladies ou à la réémergence de pathogènes connus.
Ces bouleversements climatiques risquent d’amplifier les inégalités existantes. Les pays les plus pauvres, déjà en première ligne face aux crises sanitaires, pourraient voir leur situation se dégrader encore davantage. « Les aliments dangereux ont toujours constitué un problème majeur de santé publique, mais jusqu’à présent il nous manquait une vue d’ensemble de leur coût humain et économique, qui est vertigineux », a souligné le Dr Tedros.
Si la lutte contre les aliments dangereux reste un défi complexe, les solutions existent. Elles passent par une meilleure éducation des consommateurs, une réglementation plus stricte et une coopération internationale renforcée. Autant dire que la route sera longue avant de réduire significativement ce fléau mondial.
En Europe, les bactéries les plus fréquentes sont Campylobacter (liée à la volaille crue), Salmonella (œufs et viandes crues), Escherichia coli producteur de shigatoxines (STEC) et Listeria monocytogenes. Ces pathogènes provoquent des symptômes variés, allant de troubles digestifs à des complications graves, voire mortelles.