Le Moyen-Orient reste dans une situation de non-guerre, mais sans paix formelle, comme l’a souligné le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, dans une interview accordée à Europe Today, l’émission matinale d’Euronews FR. Selon lui, « le conflit ne pourra avoir qu’une issue diplomatique », malgré l’intensification des frappes et la gravité de la situation.
Ce qu'il faut retenir
- Le Moyen-Orient n’est ni en guerre ni en paix, faute d’accord de cessez-le-feu formel, malgré une déclaration américaine en avril.
- L’Iran a abattu un hélicoptère Apache américain dans le détroit d’Ormuz, déclenchant une série de représailles entre Téhéran et Washington.
- Le général Trinquand estime que Téhéran a renforcé sa position grâce à ces échanges militaires, sans que la structure du pouvoir en Iran ne soit menacée.
- Le Liban est désormais un enjeu central des négociations, l’Iran conditionnant tout accord à un changement de la situation dans ce pays.
- Selon Trinquand, « la déclaration américaine d’un cessez-le-feu » ne constitue pas un accord contraignant, laissant les États-Unis juges des violations.
Un conflit en phase d’équilibre précaire
Le Moyen-Orient traverse une période où les belligérants, États-Unis et Iran, recourent à la force dès qu’ils l’estiment nécessaire, comme l’a expliqué le général Trinquand. « Ce fut le cas après la destruction de l’hélicoptère Apache américain dans le détroit d’Ormuz, suivie des frappes iraniennes et américaines en représailles », a-t-il rappelé. Ces événements ont marqué une escalade récente, confirmant l’absence de cadre de désescalade solide entre les deux pays.
Pourtant, le président américain Donald Trump avait annoncé en avril un « cessez-le-feu » avec l’Iran. Mais selon Trinquand, il ne s’agissait que d’une « déclaration » dépourvue de valeur contraignante. « La déclaration américaine d’un cessez-le-feu signifie que c’est aux États-Unis de décider s’il y a violation ou non, puisqu’il n’existe aucun accord avec les Iraniens », a-t-il précisé. Cette absence de texte formel maintient la région dans une instabilité chronique, où chaque incident peut relancer les tensions.
Les frappes américaines et leurs conséquences régionales
L’incident le plus récent a eu lieu lorsque l’Iran a abattu un hélicoptère Apache américain dans le détroit d’Ormuz. L’équipage a été secouru par un drone de la marine américaine, évitant ainsi une crise humaine supplémentaire. En réponse, les États-Unis ont mené des frappes ciblées dans la même zone, ouvrant la voie à un cycle de représailles mutuelles. Ces échanges ont rapidement débordé au-delà du détroit : la Jordanie a intercepté plusieurs missiles iraniens visant des bases américaines situées dans le pays ainsi que dans d’autres États du Golfe.
Cette dynamique illustre la volatilité d’une région où les lignes rouges sont constamment redessinées. « Le conflit reste dans un équilibre fragile », a souligné Trinquand, rappelant que chaque partie ajuste sa réponse en fonction de ses intérêts immédiats. Cette situation laisse peu de place à une médiation internationale efficace, les acteurs régionaux privilégiant souvent la démonstration de force.
Le Liban, nouvelle pièce maîtresse des négociations
Parmi les éléments clés mis en avant par le général Trinquand, le Liban occupe désormais une place centrale dans les discussions entre Washington et Téhéran. L’Iran conditionne tout accord de paix à « un changement de la situation au Liban », selon ses termes. Cette position reflète l’influence croissante du Hezbollah, allié de l’Iran, dans le pays des Cèdres, ainsi que les tensions persistantes autour de la présence militaire israélienne à la frontière.
« Les États-Unis ne se souciaient pas du Liban », a déclaré Trinquand, avant d’ajouter : « Pourtant, la sécurité d’Israël est en jeu. » Cette analyse souligne les limites de l’engagement américain dans la région, où les priorités stratégiques de Washington semblent parfois en décalage avec les réalités locales. Le général a également rappelé que Téhéran a tiré parti de ces dynamiques pour renforcer sa position, malgré les frappes américaines qui, selon lui, ont paradoxalement consolidé le régime iranien.
« Rien n’a changé en Iran, le pays restant largement sous le contrôle des autorités iraniennes. » — Général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU
Enfin, la question de la sécurité d’Israël reste un facteur déterminant. Toute escalade au Liban ou en Syrie pourrait entraîner une réponse israélienne, compliquant davantage les efforts de désescalade. Dans ce contexte, les prochaines échéances diplomatiques, si elles voient le jour, seront probablement déterminantes pour l’avenir de la région.
Selon lui, malgré les frappes répétées, le régime iranien conserve le contrôle total sur son territoire et sa population. Ces attaques, plutôt que de fragiliser les autorités, ont permis à Téhéran de se présenter comme une victime de l’agressivité américaine, renforçant ainsi sa légitimité interne et son influence régionale.
Le Liban est devenu un levier dans les négociations. L’Iran exige un « changement de la situation » dans ce pays, probablement une réduction de l’influence israélienne ou occidentale, avant d’envisager tout accord. Cette condition place Washington dans une position délicate, car elle limite sa marge de manœuvre tout en mettant en lumière son désengagement relatif de la région.