À Dakar, un homme se distingue par sa tenue singulière, aussi originale que militante. Depuis plusieurs mois, Modou Fall, surnommé « l’homme plastique », sillonne les rues de la capitale sénégalaise et d’autres régions du pays vêtu d’une combinaison intégralement fabriquée à partir de déchets plastiques. Son objectif ? Sensibiliser la population et les autorités à l’urgence de lutter contre ce fléau environnemental qui étouffe le pays. France 24 relate son combat quotidien, mêlant engagement citoyen et pression institutionnelle.

Ce qu'il faut retenir

  • Modou Fall, activiste écologiste sénégalais, porte une tenue fabriquée à partir de déchets plastiques pour alerter sur la pollution.
  • Il intervient principalement à Dakar et dans plusieurs régions du pays.
  • Son action vise à rappeler l’importance d’appliquer les lois existantes sur la protection de l’environnement.
  • Le Sénégal fait face à une crise majeure de pollution plastique, avec des conséquences sanitaires et écologiques graves.

Un militant en tenue symbolique

Chaque matin, Modou Fall enfile une combinaison recouverte de sacs, bouteilles et autres emballages plastiques collectés dans les rues ou sur les plages. Cette tenue, qu’il porte lors de ses déplacements à pied, en vélo ou en transports en commun, attire immédiatement l’attention. « Je veux que les gens voient concrètement ce que nous jetons chaque jour sans réfléchir », a-t-il expliqué à France 24. Son apparence insolite sert de support à un message clair : le plastique domine désormais les paysages urbains et côtiers, menaçant la santé des populations et la biodiversité.

Autant dire que sa démarche dépasse le simple effet de mode. Elle s’inscrit dans un combat plus large contre une pollution qui, selon les experts, touche l’ensemble du pays. Au Sénégal, comme dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, le plastique non recyclé s’accumule dans les décharges à ciel ouvert et obstrue les canaux d’évacuation des eaux, aggravant les risques d’inondations. Modou Fall en est conscient : « Si rien ne change, les générations futures hériteront d’un environnement invivable », a-t-il souligné lors d’une intervention publique en juillet 2026.

Un plaidoyer pour l’application des lois environnementales

En plus de sa présence médiatique, Modou Fall milite pour une application stricte des textes législatifs sénégalais en matière d’environnement. Depuis 2020, le pays dispose d’une loi interdisant la production, l’importation et la commercialisation de certains produits plastiques à usage unique. Pourtant, son application reste très limitée. « Les usines continuent de produire des sachets plastiques, les marchés en regorgent, et les consommateurs n’ont pas d’alternative », regrette l’activiste. Il organise régulièrement des ateliers de sensibilisation dans les écoles et les quartiers populaires pour expliquer les dangers du plastique et promouvoir les solutions existantes, comme les sacs en tissu ou les contenants réutilisables.

Son action s’inscrit dans un contexte où le Sénégal, comme d’autres pays africains, cherche à concilier développement économique et préservation de l’environnement. En 2025, le gouvernement a annoncé un plan national de gestion des déchets plastiques, avec pour objectif de réduire de 30 % la pollution plastique d’ici 2030. Cependant, les progrès restent lents. Modou Fall critique ouvertement le manque de moyens alloués à la surveillance et à la répression des infractions. « Les lois sont là, mais qui les fait respecter ? », interroge-t-il. Pour lui, la pression citoyenne est indispensable pour faire bouger les lignes.

Une prise de conscience progressive, mais insuffisante

Malgré les efforts de militants comme Modou Fall, la pollution plastique au Sénégal reste un défi colossal. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé publié en 2024, plus de 80 % des déchets collectés dans les grandes villes du pays sont des plastiques, dont une partie finit dans l’océan Atlantique. Les pêcheurs de la presqu’île du Cap-Vert, près de Dakar, témoignent de la dégradation de leur activité : leurs filets ramènent parfois plus de déchets que de poissons.

Face à cette situation, des initiatives locales émergent, comme le projet « Zéro Plastique à Saint-Louis », une ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Des associations y organisent des collectes de déchets et promeuvent des alternatives écoresponsables. Cependant, ces actions restent souvent isolées. Modou Fall appelle à une mobilisation collective : « Ce n’est pas qu’une question de gouvernement ou d’ONG. Chaque citoyen doit prendre conscience de son impact ». Son message résonne particulièrement auprès des jeunes, de plus en plus nombreux à rejoindre son mouvement.

Et maintenant ?

Dans les prochains mois, Modou Fall prévoit d’étendre son action à d’autres villes sénégalaises, comme Thiès ou Touba, où la pollution plastique est également préoccupante. Il espère aussi obtenir un soutien plus marqué des autorités locales pour faire appliquer la loi de 2020. Un rendez-vous clé aura lieu en décembre 2026, lors de la COP27 qui se tiendra en Afrique, où le Sénégal présentera ses engagements climatiques. Reste à voir si cette mobilisation citoyenne influencera les décisions politiques à l’échelle nationale.

Le combat de Modou Fall illustre une réalité qui dépasse les frontières sénégalaises : la pollution plastique est un fléau mondial, mais c’est à l’échelle locale que se jouent les solutions. Son engagement rappelle que, face à l’inaction parfois des États, les citoyens ont un rôle clé à jouer pour préserver leur environnement. Une prise de conscience qui, si elle se généralise, pourrait bien changer la donne.