À partir de ce 1er septembre, un couple de pharmaciens installés en Corrèze se voit infliger une suspension d’exercice de deux mois pour avoir commercialisé des médicaments à l’unité, une pratique inspirée par la lutte contre le gaspillage. La décision, rendue publique par le Conseil de l’Ordre des pharmaciens, intervient dans un territoire déjà marqué par une pénurie de professionnels de santé.
Ce qu’il faut retenir
- Une interdiction d’exercer de deux mois est prononcée contre un couple de pharmaciens corréziens à compter du 1er septembre 2026.
- Cette sanction fait suite à la révélation, par Mediapart en 2024, d’une distribution de médicaments à l’unité, jugée contraire aux règles déontologiques.
- Le couple exerce dans la commune de Bugeat (Corrèze), en pleine zone désertifiée médicalement.
- La décision a été prise par le Conseil de l’Ordre des pharmaciens, instance régulatrice de la profession.
Une initiative antigaspi dans un désert médical
Installés à Bugeat, commune rurale de Corrèze, ce pharmacien et sa conjointe ont tenté de répondre à un double défi : la lutte contre le gaspillage des médicaments non utilisés et l’accès aux soins dans une zone où les déserts médicaux s’aggravent. Leur démarche, inspirée par l’économie circulaire, consistait à vendre des boîtes de médicaments ouvertes ou entamées, généralement jetées par les patients. « On voulait donner une seconde vie à ces traitements », a expliqué l’un d’eux à Reporterre, avant de souligner que « dans notre région, chaque boîte compte ».
Selon nos confrères de Reporterre, cette pratique a été révélée par un article de Mediapart en 2024, déclenchant une enquête du Conseil de l’Ordre. Ce dernier a estimé que la vente de médicaments non scellés contrevenait aux règles de sécurité sanitaire et à la déontologie pharmaceutique.
Une décision qui interroge dans un contexte de carence médicale
La Corrèze, comme d’autres départements ruraux, souffre d’un manque criant de professionnels de santé. À Bugeat, la situation est d’autant plus tendue que la commune compte moins de 900 habitants et n’est desservie que par un seul médecin généraliste. « On est en plein désert médical, et cette décision ne va pas arranger les choses », a réagi un habitant joint par Reporterre. Les pharmaciens sanctionnés dénoncent un « acharnement » contre leur initiative, alors qu’ils cherchaient à répondre à une urgence locale.
Le Conseil de l’Ordre, saisi pour avis, a justifié la sanction par le non-respect des bonnes pratiques pharmaceutiques. « La distribution de médicaments non sécurisés présente des risques pour les patients », a rappelé un membre de l’instance, cité par Reporterre. Pourtant, le couple affirmait avoir mis en place des protocoles stricts pour éviter tout incident.
Le débat sur les alternatives aux circuits traditionnels
Cette affaire relance la question des solutions locales pour pallier les déserts médicaux. En France, plusieurs initiatives similaires ont émergé ces dernières années, comme les pharmacies solidaires ou les distributions de médicaments recyclés. À l’inverse, les autorités sanitaires restent prudentes, craignant les dérives et les risques sanitaires. « Le circuit classique garantit une traçabilité et une sécurité », a rappelé un pharmacien d’officine en Haute-Vienne, interrogé par Reporterre.
Le couple sanctionné n’est pas le premier à tester les limites de la réglementation. En 2022, une pharmacie de Lozère avait été verbalisée pour une démarche comparable, avant de faire appel. Leur cas avait alors suscité un débat national sur l’adaptation des règles aux réalités des territoires ruraux.
En France, les médicaments doivent être distribués dans leur emballage d’origine, scellé et accompagné d’une notice, afin d’assurer leur traçabilité et éviter tout risque de contrefaçon ou de mauvaise utilisation. Cette règle s’applique même dans les zones rurales, où les autorités sanitaires craignent que des produits non contrôlés ne circulent.