La lauréate du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi a réaffirmé son engagement en faveur d’une justice transitionnelle en Iran, selon RFI. À la tête d’un comité créé à l’initiative de Reza Pahlavi, elle a pour mission de rédiger un cadre juridique destiné à juger les crimes contre l’humanité commis depuis l’instauration de la République islamique en 1979. Ce projet, qui exclut explicitement les peines de mort et tout esprit de vengeance, vise à « créer une culture qui remplace la vengeance par la quête de justice ».
Ce qu'il faut retenir
- Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix 2003, préside un comité chargé de rédiger un cadre juridique pour juger les crimes contre l’humanité en Iran.
- Ce comité a été créé à l’initiative de Reza Pahlavi, figure de l’opposition iranienne.
- Le projet exclut les peines de mort et cherche à instaurer une justice transitionnelle sans esprit de vengeance.
- L’objectif est de remplacer la culture de la vengeance par une quête de justice durable en Iran.
Un comité pour documenter et juger les crimes du régime
Le comité présidé par Shirin Ebadi, avocate et militante des droits humains, se concentre sur la période couvrant les quatre décennies de règne de la République islamique. RFI souligne que ce groupe de travail a pour ambition de recueillir des preuves et d’établir des procédures juridiques adaptées aux crimes contre l’humanité. Ces crimes incluent, selon les défenseurs des droits humains, des exécutions massives, des disparitions forcées et des tortures systématiques perpétrées depuis 1979.
Contrairement aux tribunaux internationaux classiques, ce cadre juridique iranien s’inspire des modèles de justice transitionnelle observés dans d’autres pays, comme l’Afrique du Sud avec sa Commission vérité et réconciliation. L’accent est mis sur la reconnaissance des victimes et la réparation, plutôt que sur la punition exemplaire des responsables.
Exclure la peine de mort pour favoriser la réconciliation
Shirin Ebadi a indiqué que le comité exclut délibérément le recours à la peine capitale, « autant dire que l’objectif n’est pas de reproduire les erreurs du passé ». Elle a précisé, toujours selon RFI, que cette approche vise à éviter les cycles de violence et à encourager une transition pacifique vers un État de droit. « Nous ne cherchons pas à nourrir la haine, mais à établir une mémoire collective qui serve l’avenir », a-t-elle déclaré.
Cette position s’inscrit dans une logique de justice restaurative, où les victimes et les bourreaux pourraient, le cas échéant, se rencontrer dans un cadre encadré. Les partisans de cette initiative estiment qu’elle pourrait faciliter la réintégration des anciens responsables du régime dans la société iranienne, sous condition de leur coopération et de leur reconnaissance des faits.
Le rôle de Reza Pahlavi dans ce projet
Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran renversé en 1979, joue un rôle actif dans la promotion de cette initiative. Bien que vivant en exil aux États-Unis, il a multiplié les prises de parole pour soutenir la création d’un Iran démocratique. Selon RFI, il a insisté sur l’importance de « ne pas répéter les erreurs du passé » et de privilégier une transition pacifique, malgré les tensions persistantes entre les différentes factions de l’opposition iranienne.
Son engagement s’inscrit dans un contexte où les mouvements de protestation en Iran se heurtent régulièrement à une répression violente. Depuis 2022, les manifestations contre le régime ont été marquées par des centaines de morts et des milliers d’arrestations, rappelant l’urgence d’une solution politique et juridique pour sortir de l’impasse.
Quoi qu’il en soit, cette initiative soulève une question plus large : dans un pays où les divisions politiques et sociales sont profondes, une justice transitionnelle est-elle encore possible sans risque de polarisation accrue ? Le pari de Shirin Ebadi et de ses alliés sera de prouver que la justice peut, à terme, l’emporter sur la vengeance.
Le comité se concentre sur les crimes commis depuis 1979, incluant les exécutions massives, les disparitions forcées et les tortures systématiques attribuées au régime de la République islamique. Ces pratiques ont été documentées par des organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch.