Le journaliste franco-iranien Siavosh Ghazi, correspondant en Iran depuis 28 ans, a vécu l’un des épisodes les plus intenses de sa carrière en restant à Téhéran pendant 40 jours de bombardements consécutifs. Dans son ouvrage « Carnet de guerre : 40 jours dans Téhéran sous les bombardements », publié aux éditions First, il décrit une expérience à la fois professionnelle et humaine, marquée par la fatigue extrême, la pression des frappes et le défi de raconter une guerre en temps réel, selon Franceinfo – Culture.
Ce qu'il faut retenir
- Siavosh Ghazi est l’un des rares journalistes français à avoir couvert l’Iran sur la durée, avec 28 ans d’expérience sur place.
- Il a publié un livre retraçant ses 40 jours sous les bombardements à Téhéran, un témoignage unique sur un conflit déclenché le 28 février 2026 par Israël et les États-Unis.
- Pendant cette période, il a enchaîné jusqu’à 80 interventions par jour en moyenne, devenant le seul journaliste francophone à couvrir l’événement sur place.
- Il a vécu avec des nuits de 2h30 de sommeil en moyenne, confronté à des alertes et des frappes quasi quotidiennes, dont une à 1,5 km de son domicile.
- Ghazi souligne les enjeux de la liberté de la presse en Iran, où il adapte son langage pour éviter les censures tout en restant fidèle aux faits.
- Il observe des changements sociétaux majeurs en Iran, comme la libération vestimentaire des femmes dans plusieurs villes, un phénomène qu’il a vérifié en se rendant en province.
Un journaliste face à l’histoire en train de s’écrire
Siavosh Ghazi n’est pas un reporter ordinaire. Avec près de trois décennies passées en Iran, il incarne une voix rare pour les médias francophones, capable de décrypter les mutations d’un pays sous haute tension. Son dernier livre, « Carnet de guerre : 40 jours dans Téhéran sous les bombardements », paru le 2 juillet 2026, offre une plongée inédite dans les coulisses d’un conflit qui secoue l’Iran depuis le 28 février 2026, lorsque Israël et les États-Unis ont lancé une offensive d’envergure contre le pays, rappelle Franceinfo – Culture.
Pour Ghazi, cette période a été à la fois un test professionnel et une épreuve physique. Installé à Téhéran, il a choisi de rester sur place malgré les risques, afin de documenter une guerre de l’intérieur. « Ça fait partie du travail d’un journaliste sur le terrain de ne plus respecter les règles que le pouvoir ou d’autres groupes veulent imposer aux journalistes », a-t-il expliqué. Son objectif ? Raconter les faits, sans céder aux pressions, tout en naviguant entre les lignes rouges imposées par les autorités iraniennes.
La censure et l’art de contourner les interdits
Travailler en Iran sous un régime autoritaire implique une gymnastique constante avec le langage. Ghazi l’a expérimenté au quotidien. « Il y a des choses que je respecte : je ne dis jamais *régime* ou *les mollahs* », précise-t-il. Pour éviter les frictions, il utilise des formulations neutres comme « le pouvoir » ou « les gardiens », tout en restant précis dans ses reportages. De même, il respecte scrupuleusement le nom officiel du golfe Persique, évitant toute polémique inutile.
Cette discipline n’est pas un simple exercice de style. Elle reflète une réalité où chaque mot peut être interprété comme une provocation. Pourtant, Ghazi assure que cette contrainte a aussi renforcé son travail : « Le phénomène le plus intéressant, c’est ce qui se passe aujourd’hui. Les femmes se baladent en moto, sans voile, en manches courtes, dans certains quartiers de Téhéran. » Un constat qu’il a vérifié sur le terrain, y compris en province, où le phénomène semble généralisé.
Quarante jours entre alertes et nuits blanches
L’aspect le plus éprouvant de cette expérience ? La gestion du temps et de l’énergie. Pendant 40 jours, Ghazi a vécu au rythme des alertes aériennes et des frappes, avec des nuits souvent réduites à 2h30 de sommeil. Le pire moment ? Une frappe survenue à 1,5 km de son domicile, à 3h du matin, alors qu’il venait de terminer une intervention en direct sur France 24 à 1h45.
« En 15 secondes, il y a eu quatre explosions. Ma femme, qui dormait dans l’autre chambre, m’appelait et je n’arrivais pas à me lever de mon lit, tellement j’étais fatigué et surpris par la puissance des frappes », raconte-t-il. Ce soir-là, il a cru à la fin. Pourtant, c’est aussi dans ces instants que le métier de journaliste prend tout son sens : « Je me suis retrouvé dans le couloir, j’ai pris ma femme dans mes bras et j’ai compris que chaque reportage, chaque mot comptait plus que jamais. »
Un pays à l’aube d’un tournant ?
Au-delà du chaos des bombardements, Ghazi observe une société iranienne en pleine mutation. « On est dans un moment de transition importante, parce que cette vieille garde a été éliminée », confie-t-il. Pour lui, l’Iran pourrait entrer dans une ère nouvelle, à condition de surmonter deux défis majeurs : l’effondrement économique et la corruption endémique. « Beaucoup de gens ont l’espoir d’un très grand changement », souligne-t-il.
Malgré la guerre et les difficultés, Ghazi reste optimiste. Il voit dans la jeunesse et la société civile iraniennes les moteurs d’une modernisation possible. « La société est déjà très moderne, assure-t-il. Si l’Iran parvient à sortir de l’isolement et à réduire la corruption, il y a une chance réelle de voir émerger un pays plus ouvert. »
Son livre, « Carnet de guerre : 40 jours dans Téhéran sous les bombardements », offre une perspective unique sur un conflit souvent perçu de loin. Pour ceux qui s’intéressent à l’Iran ou aux enjeux du journalisme en zone de guerre, son témoignage est une lecture essentielle.
Selon lui, rester sur place était une question de devoir professionnel. « C’est mon rôle de journaliste de raconter ce qui se passe, même dans les moments les plus difficiles », a-t-il déclaré à Franceinfo – Culture. Il ajoute que couvrir un conflit de l’intérieur permet de saisir des nuances impossibles à percevoir depuis l’étranger.
Il cite notamment l’évolution vestimentaire des femmes, qui osent désormais circuler sans voile dans plusieurs quartiers de Téhéran et même dans certaines provinces. Un phénomène qu’il attribue à une société iranienne de plus en plus moderne et résiliente, malgré les contraintes politiques.