Simon Bernard, ingénieur et fondateur de l’organisation Plastic Odyssey, était l’invité ce 11 juin 2026 de l’émission Le monde d’Élodie sur Franceinfo – Culture. À travers le documentaire Plastic Odyssey : Mission pacifique de Pierre de Parscau, il partage son engagement pour la lutte contre la pollution plastique des mers, un enjeu qui dépasse largement la seule question environnementale pour toucher à la santé humaine.

Ce qu'il faut retenir

  • Simon Bernard, ingénieur et fondateur de Plastic Odyssey, mène une expédition mondiale à bord d’un bateau-laboratoire conçu pour recycler les déchets plastiques en mer.
  • L’expédition vise notamment l’île d’Henderson, dans le Pacifique, l’un des lieux les plus pollués au monde malgré son isolement extrême.
  • À Dakar, un atelier pilote transforme jusqu’à 4 tonnes de déchets plastiques par jour en objets utiles, avec pour objectif la création de 10 micros-usines capables de traiter 5 000 tonnes de déchets.
  • L’île d’Henderson, paradisiaque mais saturée de plastique, abrite 50 espèces d’oiseaux rares, victimes collatérales de cette pollution.
  • Simon Bernard souligne l’impact sanitaire de la pollution plastique : « Ça va au-delà de l’environnement, puisque ça touche la santé humaine ».
  • L’expédition a bénéficié de l’aide des habitants de l’île de Pitcairn, dont le soutien a permis l’extraction de tonnes de déchets.

Un rêve d’enfant devenu aventure scientifique

Simon Bernard n’est pas un inconnu dans le monde de l’innovation écologique. Ingénieur de formation, il a toujours nourri une passion pour la création et la résolution de problèmes concrets. « Ce qui m’animait profondément, c’était inventer des solutions, construire des trucs », explique-t-il. Son parcours est marqué par une enfance passée au bord de la mer, en Corse, où il passait ses étés à camper et à imaginer des machines dans sa chambre. Aujourd’hui, ces rêves d’enfance ont pris la forme d’un laboratoire flottant, le Plastic Odyssey, un bateau parti de Marseille pour un tour du monde dédié à la transformation des déchets plastiques en ressources.

Une expédition hors norme : l’île d’Henderson, symbole de la pollution extrême

Parmi les étapes les plus marquantes de cette expédition figure l’île d’Henderson, un territoire minuscule de trois kilomètres carrés, perdu au milieu du Pacifique. À environ une semaine de navigation de l’île de Pâques et de Tahiti, Henderson est l’un des endroits les plus isolés de la planète. Pourtant, ce paradis pour 50 espèces d’oiseaux rares est aussi l’un des lieux les plus pollués au monde. Les courants marins y charrient des tonnes de déchets plastiques, accumulés malgré l’absence de population locale. « On a réussi à passer la barrière de corail avec un radeau, en se disant que si on se renversait, on allait gonfler les poumons et passer », raconte Simon Bernard. L’enjeu ? Extraire ces déchets, déjà collectés et triés, dans un environnement où l’accès est extrêmement difficile.

Dakar, le Liban, Pitcairn : des escales qui inspirent et transforment

L’aventure du Plastic Odyssey ne se limite pas à la seule exploration. À chaque escale, l’équipe forme des populations locales à la transformation des déchets. À Dakar, par exemple, un atelier pilote permet à une quinzaine de personnes de recycler jusqu’à 4 tonnes de plastique par jour. À terme, l’objectif est de déployer 10 micros-usines capables de traiter 5 000 tonnes de déchets par an, tout en créant des emplois locaux. « On s’est retrouvés au Liban, dans un pays dévasté, avec des jeunes qui, tous les matins, trouvent des solutions pour traiter les déchets de 60 000 habitants », souligne Simon Bernard. Ces rencontres ont renforcé sa conviction : face à l’ampleur du défi, la solution passe autant par l’innovation technique que par la mobilisation humaine.

L’île de Pitcairn, avec ses 40 habitants, a également joué un rôle clé. Initialement sceptiques, les habitants ont finalement apporté leur soutien à l’équipe en lui fournissant des bateaux pour extraire les déchets d’Henderson. « Quand ils sont arrivés et qu’ils ont vu ces déchets en train d’être extraits, leur regard était empreint d’émerveillement », se souvient Simon Bernard. Dix jours ont été nécessaires pour transformer une partie de ces déchets sur place, une collaboration humaine qui illustre la dimension sociale de cette lutte.

Un impact qui dépasse l’écologie

Si la pollution plastique est souvent présentée comme un enjeu environnemental, Simon Bernard insiste sur ses conséquences sanitaires. « Ça va au-delà de l’environnement, puisque ça touche la santé humaine », déclare-t-il. Chaque année, des milliers de personnes dans le monde souffrent des effets directs ou indirects de cette pollution, que ce soit par ingestion de microplastiques ou par contamination des chaînes alimentaires. « On peut réussir à créer des emplois. On peut réussir peut-être à sauver des vies si on évite toute cette pollution plastique », ajoute-t-il. La biodiversité n’est pas épargnée non plus : à Henderson, des oiseaux rares paient le prix de cette invasion plastique, sans y avoir contribué.

« Ce qui m’animait profondément, c’était inventer des solutions, construire des trucs et ça continue. »
— Simon Bernard, fondateur de Plastic Odyssey, à Franceinfo – Culture

Et maintenant ?

L’expédition du Plastic Odyssey se poursuit, avec pour prochaine étape la visite de nouveaux pays et la formation de nouvelles équipes locales. À terme, l’organisation vise à essaimer son modèle dans dix pays d’ici 2028, en s’appuyant sur des partenariats avec des acteurs locaux et internationaux. La prochaine échéance ? La publication d’un rapport détaillé sur les résultats de la mission pacifique, prévue pour la fin de l’année 2026. Reste à voir si cette initiative inspirera d’autres projets similaires à grande échelle.

Pour Simon Bernard et son équipe, l’urgence est claire : « Il ne s’agit pas seulement de nettoyer, mais de transformer les déchets en ressources, et de le faire avec les populations concernées. » Une approche qui, si elle se généralise, pourrait bien changer la donne dans la lutte contre la pollution plastique des océans.