Singapore Airlines serait en négociations avancées pour passer une commande historique d’au moins 50 gros-porteurs auprès des deux principaux constructeurs mondiaux, Airbus et Boeing, selon BFM Business. Ces discussions, encore confidentielles, pourraient déboucher sur un accord incluant des options pour plusieurs dizaines d’appareils supplémentaires, dans le cadre d’un plan de modernisation et d’expansion de sa flotte.

Ce qu'il faut retenir

  • Singapore Airlines négocierait une commande d’au moins 50 avions long-courriers auprès d’Airbus et Boeing, selon BFM Business.
  • Les modèles envisagés sont l’A350-1000 d’Airbus (400 places) et le 777X de Boeing (400 places également), ce dernier étant le plus grand avion actuellement en service.
  • Les discussions en sont à un stade préliminaire mais pourraient inclure des options pour des dizaines d’avions supplémentaires.
  • Singapore Airlines, réputé pour ses négociations stratégiques, continue d’augmenter sa capacité malgré la hausse des coûts du pétrole, contrairement à certains concurrents.
  • Les constructeurs pourraient aussi évaluer la demande pour des variantes encore plus grandes de leurs appareils, notamment l’A350-2000 d’Airbus.

Selon deux sources du secteur citées par BFM Business, Singapore Airlines examinerait deux options majeures pour renouveler sa flotte : l’Airbus A350-1000, déjà en service, et le Boeing 777X, dont les livraisons ont pris du retard. La compagnie asiatique, l’un des plus importants acheteurs d’avions long-courriers au monde, chercherait à sécuriser des tarifs avantageux dans un contexte de reprise post-pandémie et de tensions géopolitiques affectant les coûts du transport aérien.

Les discussions, encore confidentielles, pourraient également permettre à Airbus et Boeing d’anticiper les besoins futurs du marché. Côté Airbus, le groupe travaille sur une version encore plus grande de l’A350, l’A350-2000, qui viendrait directement concurrencer le 777X. Ce projet, évoqué dès 2015 lors d’un précédent appel d’offres de Singapore Airlines, avait été mis en veilleuse avant d’être relancé en 2025, après une commande supplémentaire de 777X par Emirates.

De son côté, Boeing, confronté à des retards sur son 777X et à une demande encore incertaine pour un appareil encore plus grand, réévaluerait ses études en fonction des signaux envoyés par ses clients. La compagnie singapourienne, qui exploite déjà le 777 et a été l’un des premiers clients du 777X, jouerait ainsi un rôle clé dans l’orientation des stratégies industrielles des deux géants du secteur.

Dans un communiqué, Singapore Airlines a confirmé qu’elle « réexaminait régulièrement ses plans de renouvellement de flotte » sans pour autant commenter « toute discussion confidentielle que nous pourrions ou non avoir ». Airbus et Boeing, de leur côté, ont refusé de s’exprimer sur d’éventuelles négociations en cours, comme le rapporte BFM Business.

Une compagnie stratégique dans un marché en mutation

Singapore Airlines n’est pas un client comme les autres. Réputée pour ses négociations méticuleuses et son influence sur les décisions d’achat à l’échelle mondiale, la compagnie a souvent servi de baromètre pour les constructeurs. En mars 2026, elle avait déjà indiqué vouloir « continuer à augmenter sa capacité », malgré la hausse des prix du pétrole qui pousse certains concurrents à réduire leurs vols.

Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où le trafic aérien long-courrier reste dynamique, notamment en Asie, où la demande pour les voyages intercontinentaux repart à la hausse après la crise sanitaire. Singapore Airlines, qui mise sur des hubs comme Changi pour connecter l’Europe, l’Amérique et l’Océanie, pourrait ainsi jouer un rôle de locomotive pour les commandes d’avions de nouvelle génération.

Les analystes soulignent que cette potentielle commande de 50 appareils, assortie d’options, pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars. Un montant qui donnerait un coup de boost aux deux constructeurs, Airbus et Boeing, alors que ce dernier fait face à des défis industriels et à une concurrence accrue de la part de l’européen.

Boeing 777X vs Airbus A350-1000 : deux visions pour le futur du long-courrier

Le choix entre le 777X et l’A350-1000 reflète deux philosophies différentes. Boeing mise sur une version modernisée de son « jumbo », avec un fuselage élargi et une capacité accrue, tandis qu’Airbus mise sur l’efficacité de son A350, déjà plébiscité pour sa consommation réduite en carburant.

Le 777X, dont le premier exemplaire a été livré fin 2025 après des années de retard, est présenté comme l’avion le plus performant au monde en termes de capacité et de distance franchissable. Pourtant, son développement a été marqué par des reports et des surcoûts, ce qui a poussé certains clients à reporter leurs commandes. Singapore Airlines, qui avait déjà commandé 21 de ces appareils en 2023, pourrait ainsi négocier des conditions plus favorables.

Airbus, de son côté, mise sur l’A350-1000, déjà en service chez plusieurs compagnies, pour contrer le 777X. Le groupe travaille également sur une version encore plus grande, l’A350-2000, dont les caractéristiques techniques restent à préciser. Ce projet, évoqué dès 2015, avait été abandonné faute de demande suffisante, mais pourrait renaître si Singapore Airlines et d’autres compagnies montrent un intérêt marqué.

Un enjeu industriel et commercial majeur pour Airbus et Boeing

Pour Airbus, une commande significative de Singapore Airlines représenterait une victoire symbolique après des années de domination du marché par le 777. Le constructeur européen a déjà remporté plusieurs appels d’offres récents, notamment auprès de Delta Air Lines et Qantas, mais une confirmation de Singapore Airlines enverrait un signal fort aux investisseurs.

Côté Boeing, la situation est plus complexe. Le groupe américain, en difficulté après les scandales du 737 MAX et les retards du 777X, a besoin de commandes fermes pour relancer sa production. Une commande de Singapore Airlines, même assortie d’options, serait un soulagement bienvenu. Elle permettrait aussi à Boeing de justifier la poursuite de ses investissements dans des variantes encore plus grandes du 777X, si la demande se confirme.

« Les discussions en sont à un stade précoce, mais elles pourraient évoluer rapidement si les deux parties trouvent un accord sur les prix et les délais de livraison », a indiqué une source proche du dossier à BFM Business. Reste à savoir si Singapore Airlines optera pour un seul type d’appareil ou pour un mix des deux modèles, comme elle l’a fait par le passé.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir les négociations s’intensifier, avec une possible annonce officielle d’ici la fin de l’été 2026, si les deux parties parviennent à un accord. Une commande ferme de 50 appareils, assortie d’options pour 50 autres, serait un signal fort pour l’industrie aéronautique, alors que les constructeurs cherchent à sécuriser leur carnet de commandes pour les cinq à dix prochaines années. Reste à voir si Boeing parviendra à rassurer ses clients sur la fiabilité de ses livraisons, tandis qu’Airbus devra prouver que son A350-1000, déjà éprouvé, reste compétitif face au 777X.

Quoi qu’il en soit, cette potentielle méga-commande s’inscrit dans une stratégie globale de Singapore Airlines visant à renforcer sa flotte et à consolider sa position de leader sur le marché du long-courrier en Asie. Une décision qui pourrait, à terme, influencer l’ensemble du secteur.

Singapore Airlines cherche à moderniser et à étendre sa flotte pour répondre à la demande croissante du trafic long-courrier, tout en anticipant la hausse des coûts opérationnels, notamment ceux liés au carburant. Une commande groupée permet aussi de négocier des tarifs avantageux auprès des constructeurs.

Boeing doit rassurer ses clients sur la fiabilité de ses livraisons, après des années de retards sur le 777X. Une commande de Singapore Airlines serait un signal fort, mais le constructeur américain doit aussi prouver qu’il peut produire en série sans nouveaux reports, sous peine de perdre des parts de marché face à Airbus.