Jusqu’à huit ans de prison ferme ont été requis ce vendredi 12 juin 2026 à l’encontre de six Géorgiens jugés à Paris pour le vol d’ouvrages rares, dont ceux d’Alexandre Pouchkine, au sein de bibliothèques prestigieuses de Lyon et de la capitale courant 2023. Selon Franceinfo – Culture, cette affaire concerne des vols commis à la bibliothèque Diderot de l’École normale supérieure (ENS) à Lyon, à la Bibliothèque nationale de France (BnF) ainsi qu’à la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (Bulac) à Paris.

Ce qu'il faut retenir

  • Huit ans de prison ferme ont été requis contre six accusés pour des vols d’éditions rares, dont des œuvres d’Alexandre Pouchkine.
  • Les faits remontent à 2023 et concernent trois établissements : la BnF, la Bulac à Paris et la bibliothèque Diderot de l’ENS Lyon.
  • Trois des six prévenus comparaissent détenus, dont deux déjà condamnés à l’étranger avant d’être remis à la France.
  • Parmi les accusés, une femme est libre et deux hommes, arrêtés en Géorgie, ont été condamnés dans leur pays à cinq ans d’emprisonnement.
  • Les avocats de la défense plaident pour la relaxe, tandis que le parquet évoque un « vol massif, organisé et planifié avec cynisme ».

Un réseau accusé d’avoir dérobé des trésors littéraires

Le procureur a qualifié les faits de « véritable vol de trésor », soulignant l’aspect massif, organisé et méthodique de ces vols. Les ouvrages dérobés incluent notamment des éditions originales d’Alexandre Pouchkine, figure majeure de la littérature russe du XIXe siècle, auteur de *Eugène Onéguine* et *Boris Godounov*. Selon l’accusation, ces vols s’inscrivent dans une logique de pillage ciblé visant des pièces de grande valeur culturelle et historique.

Les six accusés sont jugés depuis mardi 10 juin pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit. Deux d’entre eux sont également poursuivis pour vol d’un bien culturel exposé, une qualification pénale spécifique en France pour les œuvres protégées et présentées au public.

Des condamnations préalables à l’étranger et des absents géorgiens

Parmi les trois prévenus détenus, deux ont déjà purgé des peines à l’étranger avant d’être extradés vers la France pour y être jugés. Mikheïl Z., 50 ans, avait été condamné en Lituanie à trois ans et quatre mois de prison pour des faits similaires de vol en bande organisée de publications du XIXe siècle. Beqa T., 49 ans, a quant à lui écopé de trois ans et six mois d’emprisonnement en Estonie dans une affaire comparable.

Une femme, dont le nom n’a pas été révélé, comparaît libre, tandis que deux autres accusés, arrêtés en Géorgie, n’assistent pas au procès. Ces deux hommes, condamnés dans leur pays à cinq ans d’emprisonnement pour les mêmes faits, ne peuvent être extradés vers la France en raison de la législation géorgienne qui interdit les remises de ressortissants.

La défense plaide pour la relaxe face à un parquet sévère

Les avocats des six accusés ont plaidé en faveur de leur relaxe, contestant la qualification juridique des faits et la proportionnalité des peines requises. Leur argumentaire s’appuie notamment sur l’absence de preuve directe liant certains prévenus aux vols commis dans chaque bibliothèque, ainsi que sur des vices de procédure possibles dans les modalités de leur remise à la France.

À l’inverse, le parquet a insisté sur le caractère « cynique et prémédité » de ces vols, soulignant que les accusés avaient agi dans le cadre d’un réseau structuré, capable de cibler des œuvres spécifiques avec une grande précision. Les investigations ont révélé des méthodes d’infiltration et d’effraction adaptées à chaque lieu, ainsi que des complicités internes dans certaines institutions.

« Nous avons affaire à un vol massif, organisé, planifié, exécuté avec minutie, cynisme. »
Le procureur

Et maintenant ?

Le tribunal doit désormais délibérer sur la culpabilité des six accusés et, le cas échéant, prononcer des peines pouvant aller jusqu’à huit ans de prison ferme. La décision est attendue dans les prochains jours, bien que la complexité de l’affaire et les recours possibles pourraient prolonger le processus judiciaire. Par ailleurs, cette affaire pourrait inciter les bibliothèques et institutions culturelles à renforcer leurs dispositifs de sécurité pour protéger leurs collections les plus précieuses.

En Géorgie, les deux condamnés absents purgeront leur peine de cinq ans dans leur pays. Leur situation pourrait évoluer si une demande d’extradition était à nouveau formulée, bien que les chances restent limitées compte tenu du droit local.

Les vols ont concerné des éditions rares d’Alexandre Pouchkine, dont certaines premières éditions du XIXe siècle. Leur valeur exacte n’a pas été communiquée publiquement, mais ces œuvres font partie du patrimoine culturel russe et sont estimées à plusieurs centaines de milliers, voire millions d’euros selon leur rareté et leur état de conservation.