Six mois après la condamnation en première instance de Joël Guerriau pour avoir drogué la députée Sandrine Josso dans l’intention de l’agresser sexuellement, cette dernière poursuit son engagement public contre la soumission chimique. « J’ai plus de facilité à faire du bruit pour toutes les victimes de l’ombre », confie-t-elle à Franceinfo – Politique, alors qu’elle s’exprime depuis son bureau à l’Assemblée nationale.
Ce qu'il faut retenir
- Le 27 janvier 2026, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme pour avoir drogué Sandrine Josso en vue de commettre une agression sexuelle.
- Sandrine Josso, députée Les Démocrates, considère le procès comme une « épreuve » et souligne que « les victimes ne se réparent pas dans un procès ».
- L’ex-sénateur Joël Guerriau a fait appel du verdict, ce qui entraînera un deuxième procès auquel Sandrine Josso participera.
- La députée milite désormais pour la reconnaissance des « victimes expertes » dans le système médical et judiciaire, afin d’améliorer la prise en charge des victimes de violences sexuelles.
- Elle dénonce le manque de formation des magistrats et le sexisme persistant à l’Assemblée nationale, et appelle à une politique publique plus robuste contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
Un procès éprouvant, une condamnation historique
Le 27 janvier 2026, après deux jours d’audience et un délibéré prolongé, le tribunal correctionnel de Paris a reconnu Joël Guerriau coupable d’avoir administré une substance à Sandrine Josso en vue de commettre une agression sexuelle. La peine prononcée s’élève à quatre ans d’emprisonnement, dont 18 mois ferme. À l’issue du verdict, Sandrine Josso a exprimé un profond soulagement : « C’est un immense soulagement, j’ai été crue. J’espère que, à cette occasion, les autres victimes vont pouvoir aussi, un peu, se réparer. » Elle a également insisté sur la nécessité de rendre ce procès « pédagogique sur le sujet de la soumission chimique et ses conséquences dramatiques ».
Six mois plus tard, Sandrine Josso revient sur cette épreuve lors d’un entretien avec Franceinfo – Politique. Elle décrit le procès comme un moment douloureux, où elle a dû « répéter son histoire, revivre » des événements traumatisants. « On ne se répare pas dans un procès », souligne-t-elle. Elle évoque encore avec émotion la présence de son agresseur à « 50 cm » d’elle lorsqu’elle témoignait à la barre. « J’ai toujours peur de Joël Guerriau. Il m’arrive encore de faire des cauchemars à son sujet », confie-t-elle sans détour.
Un appel en justice et un combat qui s’élargit
Joël Guerriau ayant fait appel du verdict, un deuxième procès est attendu. Sandrine Josso se prépare à y participer une nouvelle fois. « Je me préparerais encore une fois à monter sur le ring », déclare-t-elle, tout en gardant l’espoir que son agresseur reconnaisse un jour les faits. « Mais il ne faut pas rêver, les agresseurs dans leur tête, c’est normal ce qu’ils ont fait », analyse-t-elle avec lucidité. Elle dénonce par ailleurs le sexisme et la culpabilisation auxquels elle a été confrontée après avoir révélé son agression : « Il faut aussi apprendre des victimes. Dans le monde médical, on a ce qu’on appelle les patients experts. J’aimerais qu’on ait maintenant des victimes expertes. »
Pour Sandrine Josso, ces victimes expertes, dotées d’un « savoir expérientiel » précieux, pourraient contribuer à une « réparation collective » et permettre de « faire changer la peur de camp ». Son engagement contre la soumission chimique s’inscrit dans une dynamique plus large, marquée par son parcours personnel. « Mon engagement vient du ventre, assure-t-elle. Je me suis engagée pour lutter contre les cancers pédiatriques, parce que ma fille avait eu un cancer. Aujourd’hui, la soumission chimique fait partie d’un de mes combats et je continuerai parce que j’ai d’un côté ce statut de victime et d’un autre côté ce statut de députée. »
Un plaidoyer pour une politique publique renforcée
Sandrine Josso insiste sur l’importance d’une formation spécifique des magistrats et des procureurs pour traiter les affaires de soumission chimique. Elle salue le travail du président de la cour et du procureur lors de son procès, qui ont fait preuve de compétences adaptées. « Il faudrait que ce soit le cas partout, pour que les prédateurs aient vraiment peur », plaide-t-elle. Elle réclame également une « politique d’État vraiment costaud sur les violences dès l’enfance et sur l’inceste », soulignant que « l’exemple doit venir d’en haut ». « On est beaucoup trop tolérants et ça, ce n’est pas normal », dénonce-t-elle.
Elle critique par ailleurs le comportement du président du Sénat, Gérard Larcher, qui, bien informé de la mise en cause d’un sénateur, ne l’a pas contactée avant le procès. « C’est tout simplement une invisibilisation, une marginalisation des victimes. Ce n’est pas possible. Après le jugement, il a daigné me recevoir. Comment on peut être aussi lent à la détente ? », s’interroge-t-elle, avant de nuancer : « Il a annoncé qu’il mettrait en place une formation de lutte contre les violences lorsque le Sénat serait renouvelé, en novembre. J’ai hâte de voir ça. »
L’Assemblée nationale, miroir des inégalités persistantes
Malgré les avancées législatives, Sandrine Josso observe que le sexisme reste omniprésent à l’Assemblée nationale. « Vous lâchez juste un peu de bride, le sexisme revient. J’entends des propos sexistes tous les jours. On n’est pas au niveau. » Elle compare cette situation à la non-reconnaissance des enfants dans la société : « Comment on peut continuer à tolérer cette non-reconnaissance de la place des femmes, comme les enfants ne sont pas reconnus à leur juste place ? C’est une question de dignité. »
Face à ces constats, elle appelle à une mobilisation collective pour faire évoluer les mentalités. Son combat, né d’une expérience personnelle douloureuse, s’est transformé en une lutte publique pour la reconnaissance et la protection de toutes les victimes de violences sexuelles, notamment celles de la soumission chimique, souvent qualifiées de « victimes de l’ombre ».
Sandrine Josso a choisi de transformer sa douleur en action politique. Son engagement, désormais ancré dans son double statut de victime et de députée, pourrait inspirer d’autres parcours de résilience et de militantisme. « Il ne faut jamais rien lâcher », rappelle-t-elle, tout en reconnaissant que la route vers l’égalité et la justice reste longue.
La soumission chimique désigne l’administration à l’insu ou sous la contrainte d’une substance psychoactive à une personne, dans le but de commettre une agression sexuelle ou un vol. Ce phénomène, souvent difficile à prouver, touche principalement les femmes et les jeunes adultes en milieu festif ou social.