Les quatre syndicats représentatifs de la SNCF (CGT, Sud-Rail, Unsa, CFDT) appellent à une grève unitaire ce mercredi 10 juin 2026, une première depuis 2024. Cette mobilisation, qui intervient dans un contexte de tensions sociales persistantes, marque également le premier grand test pour le président de la compagnie ferroviaire, Jean Castex, nommé à la tête de l’entreprise en 2025. Selon BFM Business, cette grève reflète une dégradation des conditions de travail et une inquiétude croissante des cheminots face à l’ouverture à la concurrence et aux réorganisations internes.
Ce qu’il faut retenir
- Les quatre syndicats majoritaires de la SNCF (CGT, Sud-Rail, Unsa, CFDT) appellent à une grève unitaire le 10 juin 2026, une première depuis 2024.
- Les organisations dénoncent la dégradation des conditions de travail, attribuée aux réorganisations internes et à l’ouverture à la concurrence.
- La direction de la SNCF met en avant un dialogue social actif et des accords signés sur la pénibilité ou l’égalité, tout en niant tout « dumping social ».
- Les syndicats critiquent une hausse des accidents du travail et des suicides, liée à la fragmentation des collectifs et des conditions de travail variables selon les filiales.
- Les cheminots réclament des augmentations salariales, estimant que les dernières négociations n’ont pas permis de préserver leur pouvoir d’achat face à l’inflation.
Une mobilisation unitaire inédite depuis deux ans
Pour la première fois depuis 2024, les quatre syndicats représentatifs de la SNCF ont réussi à s’unir pour appeler à une grève ce mercredi 10 juin. Cette mobilisation, qualifiée d’« épreuve de feu » pour Jean Castex par BFM Business, intervient après des années de tensions sociales croissantes au sein du groupe ferroviaire. Les organisations syndicales dénoncent des « réorganisations en cascade » et une « souffrance au travail » généralisée, touchant toutes les branches de l’entreprise.
Dans un tract commun, les syndicats expliquent que cette grève est le résultat d’un « malaise grandissant » ressenti depuis plusieurs années. « Moins d’effectifs, plus de polyvalence, des territoires à couvrir en augmentation : voilà le quotidien des cheminots », estiment-ils. Les fédérations dénoncent également la fragmentation de la SNCF, une conséquence directe de l’ouverture à la concurrence et des obligations légales imposant la création de filiales régionales aux conditions de travail spécifiques.
Des conditions de travail jugées de plus en plus précaires
Le cœur des revendications syndicales porte sur la dégradation des conditions de travail, perçue comme une conséquence directe des transformations internes et de l’ouverture à la concurrence. Les syndicats pointent notamment la fin de « l’unicité sociale » du groupe, autrefois garantie par son statut de monopole. Désormais, les conditions varient selon les filiales : horaires décalés, jours de repos consécutifs, ou encore des « collectifs de travail cassés », ce qui, selon eux, expliquerait la hausse des accidents du travail et des suicides parmi les cheminots.
Les organisations syndicales rappellent que la loi impose à la SNCF, lorsqu’elle remporte un appel d’offres régional, de créer une nouvelle filiale avec des règles spécifiques. « Chaque lot a ses propres conditions de travail, ce qui met les salariés sous pression constante », explique l’un des tracts. Cette fragmentation, couplée à la baisse des effectifs, aggrave la charge de travail et réduit la qualité de vie au travail, un constat partagé par les quatre syndicats.
La direction de la SNCF conteste les accusations de « dumping social »
Face à ces critiques, la direction de la SNCF défend sa politique sociale et assure que le « dialogue social est nourri ». Selon elle, de nombreux accords ont été signés ces dernières années, notamment sur la pénibilité ou l’égalité professionnelle. « L’entreprise se transforme, mais nous restons sur nos fondamentaux », a déclaré un porte-parole, précisant qu’une nouvelle réunion avec les syndicats est prévue le 23 juin 2026 pour aborder ces sujets.
La direction réfute toute logique de « dumping social » et explique que les évolutions en cours s’inscrivent dans une « logique industrielle et commerciale ». « Nous gagnons des marchés, mais nous accompagnons les salariés lors de la création des sociétés dédiées », a-t-elle indiqué. Elle souligne que l’équilibre entre les « marqueurs historiques du groupe » et une « agilité indispensable en régions » est nécessaire, ajoutant : « On ne peut plus être monolithiques comme du temps du monopole. »
« Nous sommes confrontés à la concurrence, et ces transformations peuvent inquiéter. Mais nous le faisons dans la concertation et les fondamentaux demeurent. »
— Porte-parole de la direction de la SNCF
Un argument que les syndicats contestent, estimant que les évolutions en cours visent à être généralisées à l’ensemble du groupe. Pour eux, ces transformations ne font que précariser davantage les conditions de travail.
Pouvoir d’achat et inflation : un point de rupture
Un autre volet des revendications syndicales concerne la baisse du pouvoir d’achat des cheminots. Les organisations dénoncent un « déni de réalité du patronat ferroviaire », accusant la direction de « jouer la montre » en gelant les salaires tout en augmentant la productivité. « Les augmentations accordées ne couvrent pas l’inflation, et les cheminots en paient le prix », affirment-elles.
Les syndicats réclament de nouvelles négociations annuelles obligatoires (NAO) pour obtenir des hausses de salaire significatives. Ils rappellent que les dernières NAO ont accordé une augmentation globale de 2,5 %, présentée comme « au-dessus de l’inflation » par la direction. Pourtant, les syndicats contestent ce chiffre, expliquant qu’il résulte d’une augmentation générale de 0,5 %, complétée par un dispositif de garantie de progressivité annuelle automatique, dépendant du statut de chaque cheminot.
Les organisations syndicales mettent également en avant les 1,8 milliard d’euros de bénéfices enregistrés par la SNCF en 2025, soulignant que ces résultats ne profitent pas aux salariés. Pour preuve, elles citent le fait qu’aucun salaire de cheminot ne soit inférieur au SMIC, malgré sa revalorisation récente.
Entre dialogue social et réalités économiques, un équilibre difficile à trouver
La direction de la SNCF, de son côté, affirme avoir mis en place un « observatoire des rémunérations » pour surveiller l’impact de l’inflation sur le pouvoir d’achat. Elle rappelle que les primes versées en 2026 atteignent en moyenne 1 750 euros, un montant présenté comme une mesure de protection sociale. « Nous sommes très attentifs à la préservation du pouvoir d’achat des cheminots », a-t-elle assuré.
Pourtant, les syndicats estiment que ces mesures restent insuffisantes. Ils pointent du doigt la hausse des accidents du travail et des suicides, qu’ils lient directement aux conditions de travail dégradées. « Les transformations internes et l’ouverture à la concurrence ont un coût humain trop élevé », résument-ils.
Cette grève unitaire soulève en effet une question plus large : comment concilier compétitivité et conditions de travail dans un secteur ferroviaire en pleine mutation ? Avec l’ouverture à la concurrence et la fragmentation des filiales, l’équilibre social du groupe semble de plus en plus difficile à préserver. Les prochains mois diront si la SNCF parvient à trouver une réponse à cette équation complexe.
Les syndicats dénoncent la dégradation des conditions de travail due aux réorganisations internes et à l’ouverture à la concurrence, la fragmentation des collectifs de travail, la hausse des accidents et des suicides, ainsi que la baisse du pouvoir d’achat face à l’inflation. Ils réclament notamment des augmentations salariales et une amélioration des conditions de travail.