Le secteur du photovoltaïque français traverse une période critique, à l’heure où la France accélère sa transition vers une économie décarbonée. Selon Frandroid, les acteurs du solaire se sont réunis ce 9 juin à Strasbourg lors du Colloque national photovoltaïque organisé par le Syndicat des énergies renouvelables (SER), où l’inquiétude était palpable face à l’effritement des mécanismes de soutien au développement du solaire. Alors que l’Hexagone mise sur l’électrification de ses usages pour atteindre ses objectifs climatiques, le photovoltaïque, pilier de cette stratégie, semble aujourd’hui fragilisé par des dispositifs de soutien en voie d’extinction.

Ce qu'il faut retenir

  • Le SER a organisé le 9 juin 2026 à Strasbourg un colloque national sur le photovoltaïque, où les professionnels ont exprimé leur inquiétude face à la baisse des soutiens publics.
  • La France accélère son électrification, mais les mécanismes de soutien au solaire s’effritent, selon les acteurs du secteur.
  • Les professionnels du photovoltaïque dénoncent un manque de visibilité sur les aides futures, alors que le pays mise sur cette énergie pour sa transition énergétique.
  • Le colloque a réuni l’ensemble des parties prenantes du secteur, des industriels aux associations environnementales.

Un secteur en pleine tourmente alors que la demande énergétique explose

La France a fait du solaire l’un des piliers de sa stratégie de décarbonation, avec l’objectif affiché de atteindre 35,1 à 44 GW de capacité photovoltaïque installée d’ici 2035, contre environ 20 GW fin 2025. Pourtant, les professionnels présents à Strasbourg ont souligné que les dispositifs de soutien, comme les appels d’offres ou les tarifs d’achat garantis, sont en train de s’assécher. « L’heure est grave », a résumé un représentant du SER, cité par Frandroid. « Sans mécanismes stables, le secteur risque de perdre son élan au moment où le pays a plus que jamais besoin de ces capacités ».

Le colloque a également permis de mettre en lumière les tensions entre les objectifs climatiques ambitieux de l’État et la réalité du terrain. Les participants ont rappelé que le solaire représente aujourd’hui seulement 4 % du mix électrique français, loin derrière l’Allemagne ou l’Espagne. « On court le risque de rater notre cible de neutralité carbone en 2050 si rien n’est fait rapidement », a indiqué un industriel présent lors des débats.

Des mécanismes de soutien en voie de disparition

Parmi les dispositifs en question, les professionnels citent notamment la fin progressive des tarifs d’achat garantis, un système qui a permis le décollage du secteur depuis une décennie. Ces tarifs, qui assuraient un prix fixe pour l’électricité produite, sont en train d’être remplacés par des appels d’offres compétitifs, souvent remportés par les plus gros acteurs. « Le système actuel favorise les grandes entreprises au détriment des PME et des projets citoyens », a dénoncé un membre du SER. « C’est paradoxal : on veut accélérer la transition énergétique, mais on pénalise ceux qui la portent ».

Autre point de friction : la complexité administrative. Les délais pour obtenir un permis de construire ou une autorisation d’exploiter peuvent atteindre plusieurs années, décourageant les investisseurs. « À force de cumuler les contraintes, on donne l’impression que l’État freine plus qu’il n’encourage », a ironisé un participant. Frandroid souligne que cette situation intervient alors que la France a besoin de déployer entre 3 et 4 GW de solaire par an pour tenir ses objectifs — un rythme trois fois supérieur à celui des dernières années.

Le photovoltaïque, victime collatérale des arbitrages budgétaires ?

Les professionnels présents à Strasbourg n’hésitent pas à pointer du doigt les arbitrages budgétaires récents. Le gouvernement a en effet recentré ses aides sur l’éolien et l’hydraulique, au détriment du solaire, jugé moins stratégique. Pourtant, le photovoltaïque offre des avantages clés : il est modulaire, rapide à déployer, et peut être installé sur des friches industrielles ou des parkings, limitant l’artificialisation des sols. « On a l’impression d’être le parent pauvre de la transition énergétique », a déploré un porte-parole d’une fédération professionnelle.

Cette situation survient alors que l’Europe accélère ses investissements dans les énergies renouvelables. La France, qui ambitionne de devenir le premier producteur d’hydrogène vert en Europe, risque de se trouver désavantagée si elle ne consolide pas son parc solaire. « Le solaire n’est pas une option, c’est une nécessité », a rappelé un expert lors du colloque. « Sans lui, on ne tiendra pas les engagements climatiques ».

Et maintenant ?

Les acteurs du secteur appellent à une révision urgente des dispositifs de soutien, avec notamment la mise en place d’un nouveau cadre stable pour les cinq prochaines années. Une pétition, lancée lors du colloque, devrait être remise au ministère de la Transition écologique d’ici la fin du mois. Pour les professionnels, l’enjeu est double : éviter un effondrement des installations en 2027, année où plusieurs mécanismes de soutien doivent expirer, et maintenir l’attractivité du solaire face à la concurrence internationale. Reste à savoir si l’exécutif prendra la mesure de ces alertes.

En attendant, le colloque de Strasbourg aura au moins permis de dresser un constat partagé : le solaire français, bien que porteur d’espoir, est aujourd’hui à la croisée des chemins. La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques.