Bruxelles s’apprête à accueillir un sommet stratégique entre l’Union européenne et la Corée du Sud, où la coopération militaire et économique sera au cœur des discussions. Selon Euronews FR, cette rencontre, prévue ce mercredi 10 juin 2026, intervient alors que Séoul cherche à élargir son influence en Europe, bien au-delà de son « soft power » culturel, marqué par la K-pop, les produits cosmétiques ou encore le cinéma.

Côté européen, le président du Conseil, António Costa, et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, représenteront l’UE. Ils seront rejoints par le président sud-coréen Lee Jae-myung, qui a multiplié les déclarations en faveur d’une autonomie stratégique accrue. « L’époque de la coexistence pacifique est révolue », a-t-il souligné à plusieurs reprises, dans un contexte où la Corée du Sud, techniquement toujours en guerre depuis l’armistice de 1953, consacre désormais 8,2 % de son PIB à sa défense en 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • La Corée du Sud, 10e exportateur mondial d’armes entre 2020 et 2024, représente un partenaire clé pour l’Europe dans un contexte de tensions géopolitiques accrues.
  • Le sommet UE-Corée du Sud aborde quatre piliers : prospérité économique, sécurité, défense et coopération technologique.
  • La Pologne a récemment acquis des chars K2 Black Panther, des avions FA-50 et des systèmes d’artillerie sud-coréens.
  • Les discussions interviennent alors que les États-Unis réduisent leur engagement en Europe, laissant un déficit de défense estimé à 500 milliards d’euros.
  • Le président sud-coréen évoque aussi la K-pop, avec le groupe BTS, dont le premier concert solo en Belgique est prévu début juillet.
  • La Commission européenne propose un 21e paquet de sanctions contre la Russie, incluant l’interdiction d’entrée dans l’espace Schengen pour les soldats russes ayant combattu en Ukraine.

Un partenariat militaire en pleine expansion

La Corée du Sud, séparée de la Corée du Nord par une frontière de 250 km et une zone démilitarisée (DMZ) équipée de barbelés, de tourelles et de patrouilles militaires, mise sur son industrie de défense pour s’imposer comme un acteur majeur. Entre 2020 et 2024, Séoul figurait parmi les dix plus grands exportateurs d’armes au monde, selon des données compilées par Euronews FR. En 2026, le pays consacre 8,2 % de son PIB à son budget militaire, un niveau bien supérieur à la moyenne européenne.

Cette puissance industrielle intéresse particulièrement l’Europe, alors que l’UE et la Corée du Sud ont signé fin 2025 un partenariat de sécurité et de défense. Plusieurs pays membres, dont la Pologne, ont déjà passé des commandes significatives. Varsovie a notamment acquis des chars K2 Black Panther, des avions d’entraînement FA-50 et des systèmes d’artillerie, confirmant l’attractivité des équipements sud-coréens sur le marché européen.

« Beaucoup voient dans ce sommet l’occasion pour les Européens de décrocher une part de ce marché militaire », note Euronews FR. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte où les États-Unis, engagés dans des priorités stratégiques en Asie-Pacifique, réduisent leur présence en Europe. Le déficit de défense européen, estimé à 500 milliards d’euros, pourrait ainsi trouver un début de réponse dans une collaboration accrue avec Séoul.

Un sommet au cœur de tensions géopolitiques

La rencontre de Bruxelles se tient alors que la Chine renforce ses liens avec la Corée du Nord. Le président chinois Xi Jinping a achevé ce mardi une visite de deux jours à Pyongyang, où il a été accueilli par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Une démonstration de force qui rappelle les enjeux sécuritaires en Asie de l’Est, influençant directement les discussions entre l’UE et la Corée du Sud.

Pour Lee Jae-myung, ce déplacement en Europe s’inscrit dans un contexte de « superposition de crises mondiales ». Le président sud-coréen a insisté sur la nécessité d’une « coopération » renforcée, tout en évoquant son premier voyage sur le continent via la plateforme X. Il a également souligné l’importance de la K-pop, citant le groupe BTS, dont le premier concert solo en Belgique est prévu pour début juillet au Palais 12 de Bruxelles. « Cela renforcera les liens entre les jeunes générations de nos deux pays », a-t-il déclaré.

« Alors que BTS doit donner son premier concert en solo en Belgique au début du mois prochain, je pense que cela renforcera encore les liens entre les jeunes générations de nos deux pays. »
Lee Jae-myung, président de la République de Corée

La cérémonie d’accueil officielle du président sud-coréen est prévue à 14 heures, suivie d’une conférence de presse à 16 h 40.

L’Europe face aux défis sécuritaires et économiques

Les échanges porteront également sur des enjeux économiques, la Corée du Sud étant un partenaire commercial majeur pour l’UE. Séoul mise sur son avance technologique, notamment dans les secteurs des semi-conducteurs, des batteries et des énergies renouvelables. Cependant, les discussions ne peuvent ignorer les tensions commerciales avec la Chine, principale rivale industrielle du pays.

Selon Euronews FR, la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas et la Lituanie ont alerté la Commission européenne sur des pratiques chinoises visant à contourner les droits de douane de l’UE. Des entreprises chinoises proposeraient en ligne des méthodes pour éviter les barrières tarifaires, malgré les mesures antidumping imposées par Bruxelles sur les importations vendues à prix sous-évalué. Une enquête exclusive révèle que certaines sociétés vendent même des « kits » pour esquiver ces protections commerciales.

La Russie et l’Albanie, autres sujets d’actualité

Parallèlement aux discussions UE-Corée du Sud, la Commission européenne a présenté ce mardi un 21e paquet de sanctions contre la Russie. Parmi les mesures phares : le report à janvier 2027 de la révision du plafonnement des prix du pétrole, afin d’éviter un répit économique pour Moscou, et l’interdiction d’entrée dans l’espace Schengen pour les soldats russes ayant participé à l’invasion de l’Ukraine. Cette dernière proposition, soutenue par l’Estonie, a gagné du terrain après le changement de gouvernement en Hongrie, qui a permis de contourner l’opposition initiale de Budapest.

Le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, figure également parmi les personnalités visées par ces sanctions. En revanche, l’alumine, utilisée dans la fabrication de missiles, n’a pas été incluse dans la liste, malgré les liens entre l’usine irlandaise Aughinish Alumina et la Russie. Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, a exhorté Dublin à clarifier si ses exportations contribuent à l’effort de guerre russe. « Aucun produit européen ne devrait se retrouver dans les drones et missiles qui tuent des civils ukrainiens », a-t-elle rappelé.

De l’autre côté de l’Europe, l’Albanie fait face à un avertissement européen concernant un projet immobilier de 1,4 milliard d’euros, porté par la société Affinity Group, dirigée par Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain Donald Trump. Le complexe, prévu dans une zone protégée abritant des flamants roses, suscite des manifestations depuis deux semaines. La Commission européenne a demandé aux autorités albanaises d’agir « sans délai » pour respecter les normes environnementales de l’UE, sous peine de compromettre la candidature du pays à l’adhésion.

Et maintenant ?

Les résultats du sommet UE-Corée du Sud pourraient redéfinir les équilibres stratégiques en Europe, alors que les discussions sur la défense autonome gagnent en importance. Pour Bruxelles, il s’agira de concilier les intérêts économiques avec les enjeux sécuritaires, dans un contexte marqué par l’incertitude américaine et la montée des tensions en Asie et en Ukraine. La prochaine étape sera l’adoption des conclusions du sommet, attendue d’ici la fin de la semaine.

Les observateurs surveilleront également les prochaines mesures européennes contre la Russie, notamment après l’entrée en vigueur du 21e paquet de sanctions, ainsi que l’évolution du projet controversé en Albanie, qui pourrait servir d’indicateur sur la capacité de l’UE à faire respecter ses normes environnementales.

La Corée du Sud cherche à diversifier ses partenariats militaires alors que les États-Unis, son principal allié, réduisent leur engagement en Europe. Avec un budget de défense représentant 8,2 % de son PIB et une industrie d’armement parmi les plus dynamiques au monde, Séoul voit dans l’UE un marché en demande d’équipements modernes, notamment face à la menace russe.

La Pologne a notamment acquis des chars K2 Black Panther, des avions d’entraînement FA-50, ainsi que des systèmes d’artillerie et des lance-roquettes. Ces équipements, réputés pour leur technologie avancée et leur compétitivité, pourraient intéresser d’autres pays européens dans les années à venir.