Alors que la dixième édition de VivaTech s’apprête à rassembler du 17 au 20 juin à Paris quelque 180 000 visiteurs, 14 000 start-up et 3 600 investisseurs, l’un des enjeux majeurs de cette manifestation annuelle consistera à mettre en lumière les nouveaux champions de la tech française. Pourtant, derrière les succès affichés, certaines licornes doivent encore prouver leur résilience. C’est notamment le cas de Sorare, qui s’apprête à vivre un moment décisif lors du Mondial de football 2026, selon Capital.
Ce qu'il faut retenir
- Sorare, valorisée à 4,3 milliards de dollars en 2021, a connu un effondrement de ses revenus et de sa valorisation après l’éclatement de la bulle des NFT.
- Le chiffre d’affaires de l’entreprise aurait chuté de 60 % en 2022, passant de 143 millions à 59 millions d’euros, avant de se stabiliser à un niveau inférieur.
- En 2024, Sorare a opéré un virage stratégique en abandonnant son modèle basé sur les NFT pour se recentrer sur des cartes de collection numériques, inspirées des jeux comme Pokémon.
- Le nouveau modèle a permis à l’entreprise d’enregistrer un chiffre d’affaires de 50 millions de dollars en 2025, avec une croissance affichée de 20 % au second semestre 2025 et 30 % au premier semestre 2026.
- Pour le Mondial 2026, Sorare a lancé Sorare Colors, un jeu mobile gratuit proposant des gains pouvant atteindre 1 000 dollars par joueur, tout en migrant sa technologie de la blockchain Ethereum vers Solana.
- Depuis le 31 mai 2026, les gains en France sont versés exclusivement en crypto-monnaies (ETH ou SOL) en vertu de la loi JONUM, encadrant les jeux à objets numériques monétisables.
Une licorne française en pleine restructuration
Fondée en 2018, Sorare s’est rapidement imposée comme l’une des licornes les plus prometteuses de la French Tech. En septembre 2021, l’entreprise levait 680 millions de dollars, principalement portés par le fonds japonais SoftBank, pour une valorisation record de 4,3 milliards de dollars. Elle devenait alors la cinquième licorne française et la plus rapide à dépasser le milliard de dollars de valorisation. Pourtant, quatre ans plus tard, le paysage s’est profondément assombri, comme le rapporte Capital.
Les revenus, qui avaient atteint un pic estimé à 143 millions d’euros en 2021, ont chuté de près de 60 % dès 2022, pour tomber à 59 millions d’euros. Les pertes cumulées ont dépassé les 300 millions d’euros, tandis que le marché des NFT s’effondrait, avec une chute de plus de 90 % des volumes de transactions entre 2022 et 2024 selon DappRadar. La concurrence accrue de l’intelligence artificielle a également détourné une partie des investissements et de l’attention des utilisateurs vers le Web3.
Un plan de sauvetage et un recentrage sur le cœur de métier
Face à cette situation, Sorare a dû prendre des mesures radicales. Fin 2025, l’entreprise a lancé un plan de sauvegarde de l’emploi, fermé son bureau new-yorkais et recentré ses activités sur Paris. Elle a également quitté l’indice French Tech 40, qui recense les pépites du secteur. Parmi les ajustements, le départ du cofondateur et directeur technique, Adrien Montfort, de ses fonctions opérationnelles a été acté, bien qu’il reste membre du conseil d’administration. « La trajectoire de l’entreprise est fidèle au plan que nous exécutons depuis plusieurs années », a déclaré Nicolas Julia, cofondateur et PDG de Sorare, à Capital.
Le tournant stratégique a été opéré en 2024, lorsque Sorare a abandonné son modèle initial basé sur les NFT pour adopter un système de cartes de collection saisonnières, plus proche des jeux traditionnels comme Pokémon ou Panini. Cette transition a permis à l’entreprise d’enregistrer un volume de ventes de 100 millions de dollars en 2025, avec un chiffre d’affaires dépassant les 50 millions de dollars. Le lancement en janvier 2026 d’un mode gratuit, Sorare Set, a séduit 500 000 utilisateurs uniques, qui ont collectionné plus de 225 millions de cartes.
Un pari sur le Mondial 2026 et une migration technique
Pour consolider son rebond, Sorare mise tout sur la Coupe du monde de football 2026. L’entreprise a lancé Sorare Colors, un jeu mobile gratuit accessible au grand public. Chaque jour, les joueurs reçoivent un pack de cartes à collectionner et peuvent composer une équipe pour tenter de remporter des gains pouvant atteindre 1 000 dollars par joueur. Pour les matchs où les utilisateurs devinent le score exact, les gains peuvent même s’élever à 10 000 dollars répartis entre les participants. Parallèlement, Sorare propose des lots en nature, comme des maillots signés par Kylian Mbappé.
Derrière cette offensive marketing se cache une refonte technique majeure : fin 2025, Sorare a migré sa plateforme de la blockchain Ethereum vers Solana, réputée pour sa rapidité et ses coûts réduits. « La Coupe du monde est un vecteur puissant d’accélération », a souligné Nicolas Julia. L’objectif affiché est clair : devenir « le meilleur jeu mobile de la Coupe du monde » tout en abaissant les barrières d’entrée pour les néophytes du Web3.
Un encadrement juridique renforcé en France
Le virage stratégique de Sorare s’accompagne d’un changement de cadre réglementaire en France. Depuis le 4 mai 2026, la vérification d’identité est obligatoire pour les utilisateurs français. Plus récemment, depuis le 31 mai 2026, les gains ne sont plus versés en euros, mais exclusivement en crypto-monnaies (ETH ou SOL), en application de la loi JONUM. Cette réglementation, surnommée « loi Sorare », encadre les jeux à objets numériques monétisables et impose un plafond de 25 000 euros par an pour les gains monétaires et de 1 000 euros pour les lots en nature. « Nous avons toujours soutenu l’émergence d’un cadre juridique clair et équilibré », a rappelé Nicolas Julia, précisant que Sorare réalise plus de 80 % de son chiffre d’affaires à l’international.
L’Autorité nationale des jeux (ANJ) a délivré à Sorare un récépissé JONUM le 14 avril 2026, reconnaissant officiellement la plateforme comme un acteur régulé en France. Cette expérimentation législative est prévue jusqu’en mai 2027, laissant une marge de manœuvre pour d’éventuels ajustements futurs.
Interrogé sur la valorisation actuelle de l’entreprise, Nicolas Julia a évité de donner des chiffres précis, préférant souligner que « la meilleure façon de juger la valeur d’une entreprise n’est pas une valorisation obtenue dans un cycle exceptionnel, mais sa capacité à créer de la valeur durablement ». Aucune introduction en Bourse n’est envisagée pour l’instant, et les investisseurs particuliers ne peuvent accéder à l’entreprise qu’en achetant des cartes, objets hybrides entre collection, actif spéculatif et support de jeu.
Côté réglementation, la loi JONUM reste une expérimentation jusqu’en mai 2027. Son évolution pourrait impacter directement le modèle économique de Sorare, notamment en France où l’entreprise doit désormais gérer des contraintes strictes sur les gains et l’identification des utilisateurs.
Enfin, côté sportif, Sorare mise sur des ambassadeurs de poids, comme Zinédine Zidane depuis 2022, et des partenariats médiatisés avec Kylian Mbappé, dont les contenus cumulent des centaines de millions de vues. L’objectif : ancrer la plateforme dans l’écosystème du football et en faire un incontournable pour les fans.
La loi JONUM (Jeux à Objets Numériques Monétisables) est un cadre juridique français adopté en 2023 pour encadrer les plateformes comme Sorare. Depuis le 31 mai 2026, les gains en France sont versés uniquement en crypto-monnaies (ETH ou SOL), avec un plafond de 25 000 euros par an pour les gains monétaires et 1 000 euros pour les lots en nature. Sorare a obtenu son récépissé JONUM le 14 avril 2026, mais cette réglementation reste expérimentale jusqu’en mai 2027.
Sorare a migré fin 2025 vers Solana pour bénéficier d’une blockchain plus rapide et moins coûteuse qu’Ethereum. Ce choix s’inscrit dans une stratégie globale visant à améliorer l’expérience utilisateur, réduire les frais de transaction et attirer un public plus large, notamment les néophytes du Web3. Cette migration a été présentée comme un levier clé pour soutenir la croissance de la plateforme lors du Mondial 2026.