La chanteuse franco-algérienne Souad Massi présentera son huitième album, « Zagate », le 18 juin 2026 au Théâtre du Châtelet à Paris. Selon Franceinfo - Culture, cet opus marque un tournant dans sa carrière, avec des guitares électriques et une énergie rock assumée, en réponse aux défis sociaux et écologiques actuels. Sorti le 6 mars 2026 après quatre ans d’absence discographique, « Zagate » — dont le titre signifie « ça se gâte » en arabe algérien — mêle engagement politique et mélancolie, reflétant les angoisses de l’artiste face à l’avenir des générations futures.
Ce qu'il faut retenir
- Souad Massi sort son huitième album, « Zagate », le 6 mars 2026, après quatre ans de silence discographique.
- L’album adopte un ton plus énergique, avec des guitares électriques et des sonorités rock, en opposition à ses travaux précédents, plus acoustiques.
- Les thèmes abordés incluent la guerre, l’exil, l’exploitation humaine et les crises écologiques, mais aussi une résistance par l’espoir.
- Le titre phare « D’ici et là-bas », en collaboration avec Gaël Faye, célèbre la fraternité universelle à travers une métaphore du sang commun.
- Souad Massi se produira sur scène le 18 juin 2026 au Théâtre du Châtelet à Paris pour présenter cet album.
Un virage musical et thématique
Avec « Zagate », Souad Massi opère un changement radical dans son approche musicale. Loin des douceurs acoustiques qui ont marqué ses précédents albums, cet opus mise sur des sonorités électriques et une rythmique urgente, comme si la musique se devait de « réveiller les consciences ». Selon ses propres mots, cet album répond à un besoin viscéral de s’exprimer face aux violences du monde contemporain. « J’avais un besoin de m’exprimer et de mettre des mots sur mes inquiétudes, mes angoisses par rapport à ce qui se passe maintenant pour toute l’humanité », confie-t-elle. Le titre, qui joue sur une expression algérienne évoquant une détérioration des conditions, résume à lui seul l’état d’esprit de l’artiste.
Pour Souad Massi, l’espoir n’est pas une option, mais une nécessité. Elle rappelle que « l’espoir a toujours été un moteur de résistance » et que ceux qui ont lutté pour des causes justes ont marqué l’Histoire. Ce disque, bien que sombre par les sujets abordés, reste porteur d’une force intérieure, refusant de céder au désespoir. L’artiste y dépeint les ravages de la guerre, les injustices sociales et les crises environnementales, mais elle y oppose une vision humaniste et constructive.
La poésie comme socle artistique et personnel
Depuis ses débuts, la poésie occupe une place centrale dans l’œuvre de Souad Massi. Elle a commencé par écrire des poèmes avant d’apprendre la guitare à 17 ans, et cette discipline reste, selon elle, la racine de sa création. « La poésie reste ancrée en moi. Souvent, quand j’ai besoin de repères ou de me ressourcer, je retourne vers la poésie parce que c’est une forme d’art qui représente pour moi la beauté et l’inspiration », explique-t-elle. Cette dimension littéraire transparaît dans ses textes, où les mots sont choisis avec une précision presque chirurgicale pour transmettre à la fois la douleur et l’espoir.
Son attachement à la poésie se double d’un lien fort avec ses origines familiales. Née et élevée à Alger, elle a grandi au rythme des sonorités et des récits de sa famille kabyle, bien qu’elle ne parle pas couramment le kabyle. Ces influences culturelles, transmises de génération en génération, nourrissent son identité artistique. « C’est dans mon ADN, dans mon esprit. J’ai été élevé avec des sonorités, avec ces musiques, avec ces histoires, avec ces mémoires. Elle est là et j’essaye de la transmettre à mes filles », précise-t-elle. Des souvenirs qui ont notamment inspiré des titres comme « Dar dgedi », paru dans son album « Mesk elil » en 2005, évoquant le déplacement de sa famille de la capitale vers la Kabylie.
Un plaidoyer pour la liberté et l’unité
Pour Souad Massi, la liberté est indissociable de la vie elle-même. « C’est la vie, c’est ma vie. Je pense qu’on ne peut pas vivre si on n’est pas libre », déclare-t-elle. Cette conviction se traduit dans ses textes et ses prises de parole, où elle dénonce les interdits imposés aux femmes dans des pays comme l’Afghanistan, où elles sont privées de droits fondamentaux. « Il n’y a rien qui justifie de vivre des interdits comme ça. C’est pour ça que j’encourage toutes les jeunes femmes qui sont dans ces pays-là à étudier, parce que c’est la seule clé pour retrouver sa place et sa liberté », souligne-t-elle. Son engagement en faveur de l’éducation des femmes s’inscrit dans une vision plus large de la libération par le savoir et la culture.
Le titre « D’ici et là-bas », écrit en collaboration avec l’artiste Gaël Faye, incarne cette philosophie. Les deux chanteurs y célèbrent la fraternité universelle à travers une métaphore simple mais puissante : « Peu importe d’où on vient, on a le même sang qui coule dans nos veines ». Ce morceau, selon Souad Massi, illustre l’idée que la double culture peut être une richesse plutôt qu’une source de division. « Avoir une double culture est une vraie richesse. On porte en nous des graines, c’est à nous de les faire fleurir et d’essayer de dépasser toutes les frontières », explique-t-elle. Une vision optimiste qui résonne particulièrement dans un monde marqué par les conflits et les fractures identitaires.
Des chansons universelles et engagées
Parmi les titres marquants de l’album, « Sawt » se distingue par son impact émotionnel immédiat. Souad Massi y exprime sa colère et son désarroi face aux souffrances des enfants innocents pris dans les tourments des guerres et des injustices. « C’est un condensé de tout ce qui me traverse et tout ce qui m’inquiète dans ce monde. D’abord, il y a le cri de ces enfants innocents qui n’ont rien demandé à personne et qui subissent les guerres, les injustices », explique-t-elle. Le refrain, universel, rappelle que l’héritage que nous laisserons aux générations futures déterminera notre propre avenir : « Si on ne pense pas à ce qu’on va léguer à nos enfants, si on pense toujours à s’enrichir, c’est nous qui allons en payer le prix plus tard ».
Ce morceau, comme d’autres sur l’album, transcende les barrières linguistiques. Malgré des paroles en arabe et en français, son message résonne avec une force qui parle à tous, indépendamment des origines ou des cultures. Une démonstration supplémentaire que la musique de Souad Massi dépasse les frontières pour toucher l’humanité dans ce qu’elle a de plus essentiel.
Pour l’artiste, la route est claire : continuer à créer, à résister par l’espoir et à transmettre ces valeurs à travers sa musique. Une mission qu’elle assume avec une détermination tranquille, comme en témoigne cette phrase clé de l’interview : « Penser à l’homme et à la femme qu’on est, ce qu’on peut apporter à notre société avec nos bagages, avec notre différence. En faire une richesse et y construire des ponts. »
Selon ses propres mots, ce titre reflète une expression algérienne évoquant une situation qui « se gâte ». Il illustre le constat de l’artiste face aux crises mondiales actuelles, tout en portant un message d’espoir à travers la résistance et la créativité.