Riyad, Ankara et Islamabad s’alignent stratégiquement au Soudan, où la guerre civile s’enlise depuis plus de trois ans. Selon nos confrères du Monde, ces trois pays – réunis autour d’une alliance récente baptisée le « pacte de La Mecque » – intensifient leur soutien logistique et financier aux autorités de Khartoum. L’objectif affiché ? Contrecarrer l’influence iranienne dans la région et contrer l’alliance formée par Israël et les Émirats arabes unis.
Ce qu'il faut retenir
- L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan soutiennent militairement le gouvernement soudanais contre les Forces de soutien rapide (FSR).
- Riyad finance l’achat de matériel d’origine turque et pakistanaise pour l’armée régulière.
- Cette alliance s’inscrit dans une stratégie régionale visant à limiter l’influence de l’Iran et de l’axe israélo-émirati.
- Le conflit au Soudan dure depuis avril 2023, opposant l’armée régulière aux paramilitaires des FSR.
Un front commun contre Téhéran et l’axe israélo-émirati
La formation du « pacte de La Mecque » marque une volonté de ces trois puissances musulmanes de peser dans les équilibres géopolitiques du Proche-Orient et de la Corne de l’Afrique. L’Arabie saoudite, principale économie du monde arabe, cherche à consolider son leadership sunnite face à l’Iran chiite, tandis que la Turquie – déjà présente militairement en Libye et au Sahel – renforce son influence en Afrique subsaharienne. Quant au Pakistan, allié historique de Riyad, il apporte un soutien logistique et sécuritaire, notamment via la formation des forces soudanaises.
Ce rapprochement intervient alors que Israël et les Émirats arabes unis ont multiplié les accords diplomatiques et économiques ces dernières années, incluant des partenariats militaires. « Les trois pays du pacte de La Mecque voient dans cette alliance une réponse nécessaire à la montée en puissance de cet axe », a expliqué un diplomate soudanais sous couvert d’anonymat, cité par Le Monde.
Un soutien militaire qui prend plusieurs formes
Selon nos confrères du Monde, l’implication de l’Arabie saoudite passe principalement par un financement direct des achats d’armement. Riyad a ainsi couvert l’acquisition de drones et de systèmes de défense aérienne auprès de la Turquie, ainsi que des livraisons d’armes légères et de munitions en provenance du Pakistan. Ces équipements sont acheminés via des routes maritimes sécurisées, bien que leur utilisation sur le terrain reste difficile à vérifier indépendamment.
Les Forces armées soudanaises (FAS) bénéficient également d’un soutien en matière de formation. Des officiers pakistanais auraient participé à l’encadrement des troupes régulières, tandis que des conseillers turcs auraient épaulé les services de renseignement militaires. Ces efforts s’ajoutent à l’aide humanitaire et financière déjà apportée par ces pays au gouvernement de transition, en place depuis le renversement d’Omar el-Béchir en 2019.
« Sans ce soutien, l’armée régulière n’aurait pu tenir aussi longtemps face aux FSR. Les livraisons de matériel et la formation ont été décisives. »
Un haut responsable soudanais, sous condition d’anonymat
Un conflit qui s’enlise et des enjeux régionaux
La guerre au Soudan, déclenchée en avril 2023 par la confrontation entre l’armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Daglo (surnommé Hemetti), a déjà fait plus de 15 000 morts et provoqué l’une des pires crises humanitaires au monde. Selon l’ONU, près de 25 millions de personnes – soit plus de la moitié de la population – ont besoin d’assistance.
Dans ce contexte, l’implication de l’Arabie saoudite, de la Turquie et du Pakistan ajoute une dimension géostratégique au conflit. Pour Riyad, il s’agit de sécuriser une zone tampon face à l’Iran, qui soutient indirectement certains groupes armés au Soudan. Ankara, de son côté, voit dans ce soutien une opportunité de renforcer son réseau d’influence en Afrique, tandis que le Pakistan cherche à consolider son alliance avec l’Arabie saoudite, principale source de financement de son économie.
Quoi qu’il en soit, ce conflit illustre les nouvelles lignes de fracture au Moyen-Orient, où les alliances traditionnelles se recomposent face à l’émergence de nouveaux blocs. Pour les observateurs, la capacité des FSR à résister à cette pression extérieure dépendra en grande partie de leur capacité à maintenir leur contrôle sur les ressources, notamment l’or et l’agriculture.
Ces trois pays cherchent à contrer l’influence de l’Iran et à limiter l’expansion de l’axe israélo-émirati. Leur alliance, appelée « pacte de La Mecque », vise également à renforcer leur présence géopolitique en Afrique et au Moyen-Orient.