Selon BFM Business, l'émission « Les Experts » diffusée le 2 juillet 2026 a abordé la question cruciale de la souveraineté numérique en France. Gaël Sliman, président d’Odoxa, Thomas Grjebine, économiste à Sciences Po, et Léonidas Kalogeropoulos, PDG de Médiations & Arguments, fondateur d’Entrepreneurs pour la République et délégué général de l’Open Internet Project, y ont défendu l’idée d’une plus grande ouverture des marchés publics et privés aux solutions numériques souveraines.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois experts – Gaël Sliman, Thomas Grjebine et Léonidas Kalogeropoulos – ont participé à l’émission « Les Experts » sur BFM Business le 2 juillet 2026.
  • Le débat a porté sur la nécessité d’ouvrir les marchés publics et privés aux solutions numériques souveraines en France.
  • Gaël Sliman est président d’Odoxa, un institut de sondage, tandis que Thomas Grjebine est économiste à Sciences Po.
  • Léonidas Kalogeropoulos cumule plusieurs responsabilités, dont celle de délégué général de l’Open Internet Project.
  • L’émission « Les Experts » est diffusée du lundi au vendredi sur BFM Business et disponible en podcast.
  • Le thème de la souveraineté numérique a été au cœur des discussions, un sujet devenu central dans le débat économique français.

Un enjeu économique et stratégique pour la France

La souveraineté numérique est devenue un sujet prioritaire pour l’État et les entreprises françaises. Selon les intervenants, la dépendance aux solutions étrangères dans le domaine numérique expose le pays à des risques stratégiques, économiques et sécuritaires. « C’est une question de résilience nationale », a souligné Thomas Grjebine, rappelant que les crises géopolitiques récentes ont montré la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement technologiques.

Gaël Sliman, pour sa part, a mis en avant l’importance de soutenir les acteurs locaux. « Les marchés publics doivent jouer un rôle d’accélérateur pour les solutions souveraines », a-t-il déclaré. Léonidas Kalogeropoulos a, quant à lui, insisté sur la nécessité d’une collaboration renforcée entre les secteurs public et privé pour développer un écosystème numérique indépendant.

Les solutions numériques souveraines : un marché encore en construction

Malgré les ambitions affichées, le marché des solutions numériques souveraines reste fragmenté et peu structuré. Les experts ont pointé du doigt le manque de coordination entre les acteurs publics et privés, ainsi que des freins réglementaires persistants. « On parle beaucoup de souveraineté, mais les moyens concrets manquent encore », a reconnu Kalogeropoulos.

Thomas Grjebine a, pour sa part, souligné l’importance de l’investissement public dans la recherche et développement. « Sans un effort budgétaire significatif, la France risque de rester à la traîne », a-t-il prévenu. Gaël Sliman a ajouté que les entreprises françaises devaient aussi être incitées à adopter des solutions locales, notamment par le biais de subventions ou de commandes publiques ciblées.

L’Open Internet Project et la défense d’un internet libre et souverain

Parmi les intervenants, Léonidas Kalogeropoulos est une figure majeure du mouvement pour un internet plus ouvert et souverain. Fondateur de l’Open Internet Project, il milite pour une régulation plus stricte des géants du numérique et pour le développement d’alternatives européennes. « Nous ne pouvons pas continuer à dépendre des GAFAM pour nos infrastructures critiques », a-t-il affirmé.

Il a également rappelé que la souveraineté numérique ne se limite pas aux logiciels ou aux plateformes, mais inclut aussi les infrastructures matérielles, comme les data centers ou les réseaux 5G. « La question n’est pas seulement technique, mais aussi politique », a-t-il conclu.

Odoxa et la mesure de l’opinion publique sur la souveraineté numérique

En tant que président d’Odoxa, Gaël Sliman apporte un éclairage particulier sur les attentes des Français et des entreprises concernant la souveraineté numérique. Les sondages réalisés par son institut montrent une prise de conscience croissante de l’importance du sujet, mais aussi une méconnaissance des solutions disponibles. « Les citoyens et les dirigeants sont de plus en plus sensibles à la question, mais les acteurs locaux peinent encore à se faire connaître », a-t-il expliqué.

Il a également souligné que les attentes des entreprises en matière de simplification administrative et de soutien financier restaient fortes. « Sans accompagnement, beaucoup d’acteurs hésitent à franchir le pas », a-t-il ajouté.

Un débat qui dépasse le cadre strictement économique

Si le sujet est avant tout économique, les experts ont rappelé que la souveraineté numérique engage aussi des enjeux de sécurité nationale et de protection des données. « Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, la question n’est plus optionnelle », a déclaré Thomas Grjebine.

Kalogeropoulos a, pour sa part, insisté sur le rôle des citoyens. « La souveraineté numérique ne concerne pas que les États ou les entreprises, mais aussi les utilisateurs finaux. Chacun doit être en mesure de comprendre les enjeux et de faire des choix éclairés », a-t-il conclu.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient être explorées dans les mois à venir pour renforcer la souveraineté numérique française. Une piste avancée par les experts serait l’adoption d’une loi-cadre dédiée, visant à encadrer davantage les achats publics et à favoriser les solutions locales. Une autre piste consisterait à renforcer les partenariats entre les acteurs publics, privés et associatifs, afin de mutualiser les ressources et les compétences.

Reste à voir si ces propositions seront reprises par les décideurs politiques dans un contexte budgétaire déjà très contraint. La prochaine échéance pourrait être le débat parlementaire prévu à l’automne 2026 sur la souveraineté industrielle et numérique.

Sans révolutionner à court terme le paysage numérique français, cette émission « Les Experts » a rappelé l’urgence d’agir pour que la France puisse, à terme, prétendre à une réelle autonomie dans ce domaine stratégique.

Parmi les solutions souvent citées figurent les logiciels open source développés par des entreprises françaises comme Mandragore ou Linagora, les hébergeurs de données souverains comme OVHcloud, ou encore les solutions de cybersécurité proposées par des acteurs comme Thales ou Atos. Ces entreprises proposent des alternatives aux solutions américaines ou chinoises, notamment dans les domaines de l’informatique en nuage, de la messagerie sécurisée ou des infrastructures critiques.