Selon Numerama, la présidente de SpaceX, Gwynne Shotwell, a détaillé le programme des trois prochains vols d’essai du Starship, confirmant un calendrier ambitieux qui pourrait marquer un tournant pour le programme spatial d’Elon Musk. Dans un entretien exclusif accordé à CNBC et diffusé le 12 juin 2026, la numéro deux de l’entreprise a révélé les objectifs techniques, les défis persistants et un changement géographique majeur pour le quinzième vol.
Ce qu'il faut retenir
- Le vol 13 servira à corriger les imperfections du vol 12, qualifié de « formidable » malgré quelques défaillances techniques.
- Le vol 14 vise à réaliser une première insertion orbitale, sous réserve de l’approbation de l’administration américaine en charge de l’aviation civile.
- Le vol 15 pourrait s’effectuer depuis le Cap Canaveral en Floride, une première pour le Starship, qui a toujours décollé depuis Starbase au Texas.
- SpaceX a déjà engagé les travaux nécessaires en Floride, avec le développement de deux pas de tir sur le complexe 37 et l’affectation d’une barge dédiée.
- Le vol 12, réalisé avec un Starship de troisième génération, a révélé des lacunes dans certains tests et une rentrée atmosphérique du Super Heavy non conforme aux attentes.
Un vol 12 globalement satisfaisant, mais des ajustements nécessaires
Près de trois semaines après le douzième vol d’essai du Starship, Gwynne Shotwell a dressé un bilan globalement positif de cette mission. « C’était formidable », a-t-elle déclaré, tout en reconnaissant que tous les objectifs n’avaient pas été atteints. Plusieurs moteurs ont connu des dysfonctionnements, et la phase de retour du propulseur Super Heavy vers le golfe du Mexique a déclenché une enquête interne. Ces imperfections, bien que mineures, ont conduit SpaceX à programmer un vol 13 entièrement dédié à la consolidation des acquis et à la résolution des problèmes identifiés.
Selon Shotwell, le vol 13 devrait reproduire à l’identique le profil du vol 12, avec un décollage depuis Starbase au Texas. La responsable a indiqué que cette mission pourrait intervenir « dans un mois environ », une fois les corrections apportées. « Nous avions évidemment des éléments qui n’étaient pas parfaits sur ce vol, c’est certain. Donc, nous allons améliorer cela, nous allons réparer cela », a-t-elle expliqué.
Vers une insertion orbitale pour le vol 14
Le calendrier de SpaceX prévoit ensuite un bond technologique avec le vol 14, dont l’objectif principal sera de réaliser une insertion en orbite terrestre. Depuis le début des essais, les vols du Starship ont systématiquement suivi une trajectoire transpacifique, culminant dans l’océan Indien après avoir traversé une large partie du globe. Le Super Heavy, quant à lui, retombait systématiquement dans le golfe du Mexique. Cette fois, SpaceX souhaite franchir un cap en maintenant le vaisseau en orbite.
Deux conditions devront être remplies pour valider ce lancement. D’une part, la confiance des équipes doit être « assez élevée », selon Shotwell, bien que la base de cette évaluation technique n’ait pas été précisée. D’autre part, l’agence fédérale américaine chargée de la régulation de l’aviation civile (FAA) devra donner son feu vert. « Nous attendons leur autorisation », a-t-elle souligné, sans préciser de délai.
Un virage géographique pour le vol 15 avec un décollage depuis la Floride
C’est l’annonce la plus surprenante de l’interview : le vol 15 du Starship pourrait bien marquer un tournant en décollant depuis le Cap Canaveral en Floride, et non plus depuis le Texas. Jusqu’ici, tous les essais complets de la fusée géante ont été menés depuis Starbase, où sont fabriqués et assemblés les tronçons. Pourtant, Shotwell a laissé entendre que cette tradition pourrait voler en éclats dès le prochain vol de la série.
SpaceX a déjà entamé les préparatifs nécessaires. L’entreprise a annoncé le développement de deux pas de tir sur le complexe 37 de la base spatiale, ainsi que la réaffectation d’une barge pour soutenir les opérations. « Peut-être que le Vol 15 décollera en réalité depuis [Cap Canaveral, en Floride], nous verrons », a déclaré Shotwell, sans confirmer formellement le lieu. Cette manœuvre s’inscrit dans une stratégie plus large visant à diversifier les sites de lancement de SpaceX, notamment pour répondre aux besoins croissants du programme Starlink et des missions habitées futures.
« Peut-être que le Vol 15 décollera en réalité depuis [Cap Canaveral, en Floride], nous verrons. »
— Gwynne Shotwell, présidente et directrice d’exploitation de SpaceX
Un contexte industriel sous haute tension
Les déclarations de Gwynne Shotwell interviennent dans un contexte industriel particulièrement dense pour SpaceX. Le Starship, conçu pour devenir le lanceur lourd le plus puissant au monde, est au cœur d’un programme spatial ambitieux, incluant le retour sur la Lune via le programme Artemis de la NASA et l’envoi d’équipages vers Mars. Chaque vol d’essai est donc scruté à la loupe, d’autant que le coût du projet et les attentes des investisseurs sont colossaux.
Le passage à une troisième génération de Starship lors du vol 12 a permis d’intégrer des améliorations significatives, mais a aussi révélé des limites techniques. Shotwell a reconnu que certaines procédures n’avaient pas pu être validées, notamment des tests de moteurs et des phases de rentrée atmosphérique. Ces défis, bien que normaux pour un programme aussi innovant, rappellent l’ampleur de la tâche qui attend SpaceX dans les mois à venir.
Reste à savoir si l’entreprise parviendra à tenir ce calendrier serré, dans un environnement où la concurrence s’intensifie et où chaque échec peut avoir des répercussions économiques et médiatiques importantes. La prochaine fenêtre de tir s’annonce donc décisive pour l’avenir du Starship et, plus largement, pour l’industrie aérospatiale américaine.
Plusieurs raisons expliquent ce choix stratégique. D’abord, le Cap Canaveral dispose déjà d’une infrastructure mature pour les lancements spatiaux, avec des pas de tir dédiés comme le complexe 37. Ensuite, cette diversification permet à SpaceX de répartir les risques en cas de problème technique ou climatique sur un site. Enfin, cela répond aux besoins logistiques liés au déploiement massif de la constellation Starlink, qui nécessite un accès rapide à l’orbite basse depuis plusieurs latitudes.
D’après les déclarations récentes d’Elon Musk et de Gwynne Shotwell, les prochaines étapes incluent des missions habitées vers la Lune dans le cadre du programme Artemis de la NASA, ainsi que des tests de ravitaillement en orbite pour des voyages interplanétaires. Une mission non habitée vers Mars reste également un objectif à long terme, mais aucune date précise n’a été avancée pour l’instant.