Le groupe automobile Stellantis dément être le « cheval de Troie » de la Chine via son usine de Rennes-La Janais, alors que les syndicats s’inquiètent de la production prochaine d’un modèle du constructeur chinois Dongfeng dans ses ateliers. Carlos Tavares, le PDG du groupe, a pris la parole ce jeudi 27 août 2026 pour rassurer sur cette collaboration industrielle controversée.

Ce qu'il faut retenir

  • Stellantis et Dongfeng prévoient de produire ensemble une voiture dans l’usine de Rennes-La Janais, suscitant des craintes syndicales
  • Carlos Tavares a catégoriquement rejeté l’idée que Stellantis serve de « cheval de Troie » pour la Chine
  • Les syndicats craignent pour l’emploi et la souveraineté industrielle française
  • L’annonce intervient alors que les tensions géopolitiques autour des transferts de technologie s’intensifient

Une alliance industrielle sous surveillance

Selon nos confrères de Ouest France, la future production dans l’usine bretonne s’inscrit dans un partenariat plus large entre Stellantis et Dongfeng, un constructeur automobile chinois. Ce projet, qui doit voir le jour dans les prochains mois, prévoit l’assemblage d’un modèle conçu conjointement, mais dont la commercialisation et la propriété intellectuelle restent à préciser. Les syndicats de l’établissement de Rennes-La Janais ont exprimé leur inquiétude dès l’annonce du projet, redoutant une dépendance accrue envers Pékin et un risque de délocalisation partielle des activités.

Les représentants du personnel ont multiplié les prises de parole pour alerter sur les conséquences potentielles, évoquant notamment la possible perte de savoir-faire et la concurrence déloyale que pourraient représenter des usines chinoises plus compétitives en termes de coûts. « Nous ne sommes pas un relais de la Chine », a tenté de rassurer Carlos Tavares lors de son intervention ce 27 août, sans pour autant lever toutes les ambiguïtés sur les modalités précises du transfert de technologie.

Carlos Tavares rejette toute instrumentalisation

Le PDG de Stellantis a catégoriquement rejeté l’idée que son groupe serve de « cheval de Troie » pour faciliter l’influence chinoise dans le secteur automobile européen. Dans une déclaration rapportée par Ouest France, il a affirmé que cette collaboration était avant tout une réponse aux défis industriels actuels, comme la nécessité de mutualiser les coûts de développement face à la concurrence américaine et asiatique. « Notre objectif reste la compétitivité de nos sites industriels en Europe, sans sacrifier notre autonomie stratégique », a-t-il précisé.

Cette défense s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre l’Union européenne et la Chine, notamment sur les questions de subventions aux industries locales et d’accès aux marchés. Plusieurs responsables politiques français ont déjà exprimé leur méfiance envers les partenariats technologiques avec Pékin, craignant des transferts de données ou de brevets sensibles. Stellantis, né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler, se retrouve ainsi au cœur d’un débat plus large sur la souveraineté industrielle du Vieux Continent.

Un projet aux contours encore flous

Malgré les assurances de Tavares, de nombreuses questions persistent sur les modalités exactes de cette collaboration. Les syndicats réclament des clarifications sur la propriété des brevets, les volumes de production prévus et les garanties d’emploi à long terme pour le site rennais. Bref, l’opacité entourant certains aspects du projet alimente les craintes d’une perte de contrôle industriel.

Dongfeng, troisième constructeur chinois, a pour sa part confirmé son engagement dans l’alliance, mais n’a pas détaillé les engagements financiers ou technologiques pris dans le cadre de cet accord. Selon nos confères de Ouest France, les premières unités du modèle en question pourraient sortir des chaînes de Rennes dès le premier trimestre 2027, si les négociations en cours aboutissent.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient être déterminantes pour ce projet. Les syndicats de Rennes-La Janais ont annoncé qu’ils organiseraient une réunion d’information à la rentrée pour faire un point sur les avancées des négociations avec la direction. Par ailleurs, le gouvernement français pourrait être amené à se prononcer sur l’opportunité de ce type de partenariat, dans un contexte où la France durcit progressivement son discours sur les investissements chinois dans les secteurs stratégiques.

Reste à savoir si Stellantis parviendra à concilier ses impératifs économiques avec les exigences de souveraineté industrielle défendues par une partie de la classe politique et des salariés. Une chose est sûre : l’usine de Rennes-La Janais, déjà engagée dans la transition électrique avec la production de véhicules 100 % électriques, pourrait bien devenir un symbole des défis auxquels fait face l’industrie automobile européenne.