À quelques jours du solstice d’été, qui attire chaque année des milliers de visiteurs dans la plaine de Salisbury, les chercheurs reviennent sur l’un des mystères les plus persistants de Stonehenge. Selon Futura Sciences, la fameuse « pierre de l’autel » – ou Altar Stone – aurait parcouru près de 700 kilomètres avant de prendre place au cœur du monument mégalithique. Une découverte qui remet en question les hypothèses traditionnelles sur son origine et sur les capacités logistiques des sociétés néolithiques.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Altar Stone pèse près de six tonnes et mesure cinq mètres de long. Elle est la seule pierre centrale de Stonehenge à provenir d’une région éloignée.
  • Des analyses géologiques récentes situent son origine dans le nord-est de l’Écosse, près du bassin des Orcades, soit à environ 700 km de son emplacement actuel.
  • Contrairement aux autres mégalithes du site, extraits de carrières locales, l’Altar Stone n’a pas pu être transportée naturellement par les glaciers de la dernière période glaciaire.
  • Les chercheurs privilégient désormais l’hypothèse d’un déplacement délibéré et planifié par les communautés néolithiques, combinant transport terrestre et voies fluviales ou maritimes.
  • Cette découverte suggère une organisation sociale et technique bien plus avancée que ce que l’on imaginait jusqu’alors pour l’époque.

Une pierre venue des confins de l’Écosse

Longtemps considérée comme une énigme, la pierre de l’autel de Stonehenge a fait l’objet de nombreuses spéculations. Selon les dernières recherches publiées par des équipes des universités de Sheffield Hallam (Royaume-Uni) et de Curtin (Australie), et relayées par Futura Sciences, son origine se situerait dans le nord-est de l’Écosse, à proximité du bassin des Orcades. Ce mégalithe en grès, long de cinq mètres et pesant près de six tonnes, se distingue des autres pierres du site, toutes issues de carrières situées dans un rayon de 20 à 30 km autour de Stonehenge.

Cette localisation éloignée a d’abord fait naître l’hypothèse d’un transport par les glaciers de la dernière période glaciaire, qui s’est achevée il y a environ 11 700 ans. Pourtant, les modélisations des écoulements glaciaires réalisées par les chercheurs ont infirmé cette théorie. Aucun courant glaciaire n’a pu acheminer directement la pierre depuis l’Écosse jusqu’à la plaine de Salisbury. Dogger Bank, une zone aujourd’hui immergée en mer du Nord mais qui reliait autrefois la Grande-Bretagne à l’Europe continentale, aurait pu servir de point de dépôt intermédiaire. Cependant, les scientifiques excluent toute possibilité d’un transport naturel continu jusqu’à Stonehenge.

Un voyage organisé par les hommes, et non par la nature

Les preuves géologiques accumulées orientent désormais les chercheurs vers une conclusion claire : l’Altar Stone n’a pas été transportée par la glace, mais par les humains. « Plutôt que d’avoir été transportée naturellement par la glace, les preuves indiquent un déplacement délibéré et soigneusement planifié à travers un paysage difficile et varié », déclare Anthony Clarke, co-auteur principal de l’étude et chercheur à l’université Curtin, dans un communiqué. Le géochimiste ajoute que ce transfert a probablement été effectué par étapes, en combinant transport terrestre et voies navigables lorsque cela était possible.

Cette hypothèse s’inscrit dans la continuité d’autres découvertes archéologiques montrant que des pierres bien plus lourdes – jusqu’à 30 tonnes – ont été acheminées sur des dizaines de kilomètres par les constructeurs de Stonehenge. Sans outils métalliques ni roues, ces opérations impliquaient une logistique complexe, une coopération entre communautés et une connaissance approfondie du territoire. « Ceux qui ont érigé Stonehenge n’étaient pas pressés », souligne le géochimiste. « Cela a pu être un projet de plusieurs années, à l’image des pyramides, et non un chantier de quelques mois à notre échelle moderne ».

Un projet néolithique aux dimensions insoupçonnées

La distance parcourue par l’Altar Stone – près de 700 km – et les obstacles naturels rencontrés en chemin révèlent une organisation sociale et technique bien plus avancée que ce que l’on imaginait pour le Néolithique. Les sociétés de l’époque, souvent perçues comme fragmentées et peu connectées, auraient ainsi développé des réseaux d’échange et de transport à grande échelle. Cette coopération interrégionale soulève une question majeure : pourquoi un tel effort pour une seule pierre ?

Les chercheurs n’ont pas encore de réponse définitive. Plusieurs hypothèses sont envisagées. L’Altar Stone pourrait avoir eu une signification symbolique ou rituelle particulière pour les populations néolithiques, bien avant la construction du monument. Son transport aurait alors constitué une entreprise collective, peut-être même un acte fondateur dans la création de Stonehenge. « Est-ce à dire que cette pierre avait une importance particulière pour les populations d’alors, déjà avant que l’idée de Stonehenge n’émerge ? Ce mystère-là demeurera sans doute encore longtemps », conclut Futura Sciences.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de la recherche devraient se concentrer sur l’analyse plus fine des sédiments et des minéraux présents dans l’Altar Stone. En comparant ces données avec celles des carrières potentielles en Écosse, les géologues espèrent affiner leur compréhension des itinéraires empruntés. Par ailleurs, des fouilles complémentaires sur d’autres mégalithes de Stonehenge pourraient révéler si d’autres pierres proviennent de régions éloignées, confirmant ainsi l’ampleur des réseaux d’échange néolithiques. Enfin, les résultats de ces travaux pourraient être présentés lors de conférences internationales en 2027, notamment lors du Congrès international d’archéologie préhistorique, prévu en Allemagne.

Si cette découverte éclaire un pan méconnu de l’histoire de Stonehenge, elle laisse également entrevoir de nouvelles pistes de recherche. Comment ces communautés néolithiques ont-elles réussi à mobiliser autant de ressources et de main-d’œuvre ? Quels rituels ou croyances étaient associés à cette pierre ? Autant de questions qui pourraient, à terme, redessiner notre compréhension des sociétés préhistoriques européennes.

Contrairement aux autres mégalithes de Stonehenge, extraits de carrières situées dans un rayon de 20 à 30 km autour du site, l’Altar Stone provient du nord-est de l’Écosse, à près de 700 km de distance. Sa composition géologique et son poids (six tonnes) la distinguent également des pierres locales, suggérant un transport et une origine spécifiques.

Non. Les modélisations des écoulements glaciaires réalisées par les chercheurs des universités de Sheffield Hallam et de Curtin ont montré qu’aucun courant glaciaire n’a pu acheminer directement la pierre depuis l’Écosse jusqu’à Stonehenge. Les glaciers ont pu déposer des roches à Dogger Bank, une zone aujourd’hui immergée en mer du Nord, mais pas jusqu’au site final.