Face aux multiples incendies qui ravagent la France depuis plusieurs semaines, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France a confirmé dimanche 2 août que des suivis médicaux spécifiques seraient mis en place pour évaluer d’éventuelles maladies professionnelles liées à l’exposition aux fumées et aux conditions extrêmes. Selon Franceinfo - Santé, le médecin colonel Norbert Berginiat, vice-président de la fédération, a détaillé ces dispositifs lors d’un entretien.

Ces examens s’ajoutent à un système de traçabilité déjà existant depuis « plusieurs années », a-t-il précisé. « Il y aura une traçabilité, des examens et un suivi post-professionnel qui permettront de détecter d’éventuelles maladies professionnelles, qui seront bien sûr prises en charge », a-t-il déclaré. Autant dire que l’institution compte sur ces dispositifs pour anticiper les risques sanitaires liés aux interventions répétées dans des conditions périlleuses.

Ce qu'il faut retenir

  • La Fédération nationale des sapeurs-pompiers annonce un suivi médical renforcé pour détecter d’éventuelles maladies professionnelles chez les pompiers engagés contre les incendies.
  • Ces examens, déjà prévus « depuis plusieurs années », incluent une traçabilité et un suivi post-professionnel.
  • Le médecin colonel Norbert Berginiat souligne les risques « immédiats et à long terme » liés aux interventions en milieu extrême.
  • Sur les feux de forêt, les pompiers utilisent encore des cagoules « plus ou moins filtrantes » en raison des contraintes des équipements disponibles.
  • Une cagoule filtrant à 90 % les particules existe mais son utilisation reste limitée en raison de sa lourdeur et de sa chaleur.
  • La fédération compare la situation française à celle de ses homologues internationaux, qualifiant le problème de « problématique internationale ».

Des dispositifs de suivi médical déjà en place

Le médecin colonel Norbert Berginiat a rappelé que ces mesures ne sont pas nouvelles. « Les suivis sont prévus depuis plusieurs années », a-t-il indiqué lors de son intervention sur Franceinfo. Le dispositif repose sur trois piliers : une traçabilité accrue des interventions, des examens médicaux réguliers et un suivi post-professionnel. L’objectif est clair : identifier précocement d’éventuelles maladies professionnelles liées à l’exposition aux fumées, à la chaleur ou aux particules fines.

Interrogé sur l’ampleur de ces risques, Berginiat a souligné que les pompiers engagés sur les fronts d’incendie actuels sont exposés à des « risques de nature et de temporalité différentes ». Il a évoqué la nécessité de distinguer les dangers immédiats — comme les brûlures ou les coups de chaleur — des risques à long terme, tels que les maladies respiratoires ou les cancers professionnels.

Les équipements de protection : entre avancées et limites

La question des équipements de protection individuelle, notamment des cagoules filtrantes, a également été abordée. Rémy Chabbouh, porte-parole du syndicat SUD, avait précédemment dénoncé sur Franceinfo le manque de moyens, évoquant l’utilisation de « bouts de tissus sur la bouche et le nez » par certains pompiers. Face à ces critiques, le médecin colonel Berginiat a expliqué que les masques isolants sont réservés aux « feux de structure » (maisons, entrepôts), tandis que les feux de forêt imposent des contraintes différentes.

Selon lui, une cagoule filtrant à 90 % les particules a été développée et validée, mais son utilisation reste limitée en raison de son poids, de son autonomie réduite et de sa chaleur. « Sur des fortes chaleurs, les essais ont montré que certains pompiers ne les supportent pas », a-t-il précisé. Il a qualifié cette situation de « compromis à trouver entre une efficacité de protection et les contraintes physiques » imposées aux intervenants.

Une problématique qui dépasse les frontières françaises

Le médecin colonel Berginiat a tenu à relativiser la situation française, la qualifiant de « problématique internationale ». « On n’est pas mieux ou moins bien lotis que nos confrères américains », a-t-il déclaré, évoquant ainsi la dimension globale des défis auxquels font face les services de secours. Il a ajouté attendre un « retour d’expérience » après « cet été très éprouvant vécu par les pompiers ».

Cette déclaration intervient alors que les feux de forêt en Gironde, notamment à Lège-Cap-Ferret, continuent de mobiliser des moyens considérables. Les conditions d’accès difficiles et la persistance des incendies rendent les interventions particulièrement complexes, augmentant d’autant les risques pour les personnels sur le terrain.

Et maintenant ?

La mise en place d’un suivi médical renforcé devrait se concrétiser dans les semaines à venir, avec une attention particulière portée aux pompiers ayant participé aux interventions les plus intenses. Les résultats de ces examens pourraient permettre d’ajuster les protocoles de protection et les équipements utilisés. Par ailleurs, la question des cagoules filtrantes reste ouverte : des ajustements techniques pourraient être envisagés pour concilier efficacité et confort. Enfin, un retour d’expérience international est attendu d’ici la fin de l’été pour évaluer les bonnes pratiques à partager.

Les dangers spécifiques des feux de forêt

Les incendies actuels en France exposent les pompiers à des risques multiples et variés. D’un côté, les dangers immédiats incluent les brûlures, les coups de chaleur (hyperthermie) et les blessures liées aux déplacements dans des zones accidentées. De l’autre, les risques à long terme concernent principalement les maladies respiratoires chroniques, les intoxications par inhalation de fumées et, dans certains cas, des expositions à des substances cancérigènes.

Le médecin colonel Berginiat a insisté sur l’importance de ces suivis, soulignant que « les risques immédiats et les risques à long terme » doivent être pris au sérieux. Il a rappelé que les interventions répétées dans des conditions extrêmes, comme celles observées cet été, peuvent avoir des conséquences durables sur la santé des intervenants.

Un débat sur les équipements qui persiste

Si des avancées technologiques ont été réalisées, comme la cagoule filtrant à 90 %, leur adoption massive se heurte à des contraintes pratiques. La chaleur, le poids et la difficulté à respirer avec ces équipements rendent leur utilisation difficile lors d’efforts intenses. « Les efforts sont tellement importants pendant les feux de forêt que c’est très difficile », a reconnu Berginiat.

Cette situation illustre le dilemme auquel sont confrontés les services de secours : protéger au maximum les intervenants tout en leur permettant d’effectuer leur mission dans des conditions acceptables. Les discussions sur l’amélioration des équipements devraient se poursuivre dans les mois à venir, avec l’objectif d’identifier des solutions plus adaptées.

Selon les spécialistes, les pompiers engagés contre les incendies s’exposent à des risques de maladies respiratoires chroniques (comme l’asthme ou la BPCO), d’intoxications par inhalation de fumées, de cancers liés à l’exposition à des substances cancérigènes, ainsi qu’à des problèmes cardiovasculaires. Les suivis médicaux prévus visent à détecter ces pathologies de manière précoce.

Le médecin colonel Norbert Berginiat n’a pas précisé de calendrier exact pour la publication des premiers résultats. Cependant, il a indiqué que les examens et la traçabilité des interventions permettront un suivi régulier, avec un retour d’expérience attendu d’ici la fin de l’été 2026.