Avec 48 panneaux photovoltaïques installés sur 100 mètres de voie ferrée en exploitation près de Buttes, dans le district du Val-de-Travers, la start-up suisse Sun-Ways teste depuis le début de l’année la première centrale solaire amovible au monde intégrée directement entre les rails. Selon BFM Business, ce projet pilote, lancé en 2025, affiche déjà des résultats encourageants : les panneaux ont produit environ 16 000 kWh en moins d’un an, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’un foyer.
Ce qu'il faut retenir
- Sun-Ways a installé 48 panneaux solaires spécialisés sur 100 mètres de voie ferrée en Suisse, entre les rails d’une ligne en exploitation.
- La production annuelle estimée à 16 000 kWh correspond à la consommation d’un foyer, avec une optimisation angulaire pour maximiser l’absorption solaire.
- Si le dispositif était généralisé sur les 5 320 km du réseau ferroviaire suisse, la production pourrait atteindre 1 milliard de kWh par an, soit 2 % de l’électricité utilisée en Suisse.
- La SNCF a signé un accord de collaboration avec Sun-Ways fin 2025 pour tester cette technologie, avec un projet pilote prévu jusqu’en avril 2028.
- D’autres pays, dont l’Italie, la Corée du Sud, les Pays-Bas, la Chine, l’Inde et Singapour, ont manifesté leur intérêt pour des tests similaires.
Une innovation née d’un pari technique et écologique
L’idée de transformer les voies ferrées en centrales solaires amovibles repose sur l’exploitation d’un espace jusqu’ici inexploité : l’intervalle entre les rails. D’après BFM Business, Sun-Ways a conçu des panneaux photovoltaïques spécifiques, plus résistants que ceux destinés aux toitures, équipés d’un filtre antireflet et de capteurs intégrés pour garantir leur bon fonctionnement. « L’installation a fonctionné parfaitement », a souligné l’entreprise, tout en écartant les craintes liées aux risques d’incendie ou d’éblouissement des conducteurs de train grâce à des mesures techniques adaptées.
Le nettoyage des panneaux est assuré par des brosses fixées à l’extrémité des trains, limitant l’accumulation de saleté. Autant dire que les contraintes opérationnelles semblent maîtrisées, un point crucial pour une intégration à grande échelle.
Des résultats encourageants pour une technologie scalable
Les premiers mois de test ont démontré une production d’énergie optimisée, grâce à un angle d’inclinaison spécifique permettant une absorption maximale de la lumière tout au long de l’année. Selon les données rapportées par BFM Business, cette approche pourrait, à terme, couvrir une part significative des besoins électriques des réseaux ferroviaires. Pour Sun-Ways, le potentiel est immense : si les 5 320 kilomètres de voies suisses étaient équipés, la production annuelle pourrait atteindre 1 milliard de kWh, soit 2 % de la consommation électrique du pays.
L’entreprise travaille également à une intégration directe de l’électricité produite dans le réseau ferroviaire. « Pour ce premier projet pilote, l’électricité est injectée dans le réseau général. Mais nous travaillons déjà à réinjecter l’énergie produite directement dans les sous-stations ferroviaires ou dans les lignes d’alimentation de traction des trains », a précisé Sun-Ways.
La SNCF s’engage dans la voie des énergies renouvelables sur rails
Consciente de l’enjeu de la transition énergétique, la SNCF a signé un partenariat avec Sun-Ways fin 2025 pour évaluer la pertinence de cette technologie sur son réseau. Comme le rapporte BFM Business, les tests menés dans le cadre de ce projet pilote, qui doit s’achever en avril 2028, porteront sur plusieurs aspects : pose et dépose des panneaux, analyse des risques d’éblouissement, impacts sur la maintenance ferroviaire, ou encore études de production et d’encrassement.
À plus grande échelle, la SNCF a annoncé son intention d’installer 1 000 hectares de panneaux photovoltaïques d’ici à 2030 sur ses emprises. Cette initiative pourrait couvrir 15 à 20 % de ses besoins actuels en électricité, un pas important vers la réduction de son empreinte carbone.
L’Europe et l’Asie s’intéressent à l’innovation
Le modèle Sun-Ways suscite un vif intérêt au-delà des frontières helvétiques. Après la SNCF, l’entreprise a signé un accord de collaboration avec un partenaire italien, en discussion avec le gestionnaire national des infrastructures ferroviaires transalpines. Un projet pilote devrait y être lancé dans les mois à venir, tandis qu’un test est également prévu en Corée du Sud. Par ailleurs, des discussions sont en cours avec des opérateurs aux Pays-Bas, en Chine, en Inde et à Singapour, signe que cette technologie pourrait s’exporter bien au-delà de l’Europe.
Pour Sun-Ways, l’enjeu est double : démontrer la faisabilité technique de ses centrales solaires amovibles et convaincre les gestionnaires de réseaux de l’intérêt économique et écologique de cette solution. Avec des panneaux conçus pour résister aux conditions ferroviaires et une intégration optimisée, l’entreprise mise sur un déploiement progressif, d’abord en Europe, puis à l’international.
En attendant, Sun-Ways et ses partenaires continuent d’affiner leur technologie, avec l’objectif affiché de faire des voies ferrées une source majeure d’énergie renouvelable en Europe et au-delà.
Les panneaux sont conçus pour résister aux vibrations et aux passages répétés des trains. Leur installation entre les rails, sans empiéter sur l’écartement des voies, limite les risques de perturbation du trafic. Par ailleurs, leur nettoyage est assuré par des brosses fixées aux trains, garantissant une production d’énergie optimale.
Les principaux défis incluent l’adaptation des infrastructures ferroviaires existantes, l’obtention des autorisations réglementaires dans chaque pays, et la démonstration de la rentabilité économique à grande échelle. La SNCF et Sun-Ways testent actuellement ces aspects dans le cadre de leur projet pilote.