D’après Libération, les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle attirent chaque année un nombre croissant de femmes qui choisissent de les parcourir seules. Cette tendance, qui dépasse le cadre des simples aventures individuelles, reflète une quête de liberté et d’autonomie pour ces marcheuses, bien au-delà de l’aspect spirituel ou sportif du pèlerinage.

Ce qu'il faut retenir

  • Les femmes représentent une part en forte augmentation des pèlerins solitaires sur la voie de Compostelle, selon les dernières estimations disponibles.
  • Cette pratique répond à une volonté de reprendre le contrôle de son temps, au-delà des contraintes sociales ou professionnelles.
  • Le phénomène s’inscrit dans une dynamique plus large de réappropriation de l’espace public par les femmes.
  • Les récits de ces randonneuses solo montrent une diversité de motivations : dépassement de soi, recherche de sens, ou simplement l’envie de voyager sans dépendre des autres.

Une pratique en hausse, portée par des motivations variées

Comme le rapporte Libération, les associations gérant les hébergements le long des chemins de Compostelle confirment cette tendance. Les femmes seules représentent désormais près de 30 % des pèlerins, contre 15 % il y a dix ans. Cette progression s’explique notamment par l’évolution des mentalités et la démocratisation des récits de randonnées solo féminines sur les réseaux sociaux. Les récits partagés en ligne, souvent accompagnés de conseils pratiques, encouragent d’autres femmes à se lancer dans l’aventure.

Pour certaines, il s’agit d’un défi personnel, comme l’explique Claire Martin, 38 ans, rencontrée à Saint-Jean-Pied-de-Port au printemps 2026 : « J’avais besoin de me prouver que je pouvais tenir 800 kilomètres seule, sans avoir à justifier mes choix ou mes pauses. » D’autres y voient une manière de rompre avec le quotidien, comme Leïla Benali, 42 ans, partie en juin dernier : « Après des années à concilier travail, famille et vie sociale, j’avais l’impression d’avoir perdu le contrôle de mon temps. Compostelle m’a offert cette liberté. »

Un symbole d’émancipation dans un parcours historique

Les chemins de Compostelle, fréquentés depuis le Moyen Âge, ont longtemps été associés à une quête spirituelle ou à une épreuve sportive. Pourtant, cette nouvelle forme de pèlerinage solo féminin en transforme progressivement la symbolique. Selon les sociologues interrogés par Libération, cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation des espaces publics par les femmes, qui s’étend des déplacements quotidiens aux voyages lointains.

Les récits de ces randonneuses révèlent aussi une diversité de profils. Certaines sont cadres en reconversion, d’autres artistes ou retraités. Toutes partagent une même détermination à briser les codes traditionnels du voyage en solo, souvent perçu comme un domaine masculin. Comme le souligne Sophie Dubois, auteure d’un guide sur les chemins de Compostelle, « ces femmes ne cherchent pas seulement à marcher, mais à exister différemment, hors des cases imposées par la société. »

Des défis à relever sur la route

Si la randonnée solo offre une liberté inégalée, elle n’est pas sans obstacles. Les témoignages recueillis par Libération évoquent des difficultés pratiques, comme la gestion du budget, la logistique des étapes, ou encore la méfiance de certains hébergeurs lors des réservations en ligne. Pourtant, ces défis semblent précisément renforcer la détermination de ces femmes. Comme l’explique Marie-Claire Leroy, 50 ans, partie en mars 2026 : « La première semaine, j’ai eu peur. Ensuite, j’ai réalisé que je pouvais compter sur moi-même, et c’est là que j’ai trouvé la force. »

Les associations locales, comme l’Association des Amis de Saint-Jacques, adaptent peu à peu leurs services pour répondre à cette nouvelle demande. Des ateliers d’échange entre pèlerines sont désormais organisés dans plusieurs villes étapes, offrant un espace de partage d’expériences et de conseils pratiques.

Et maintenant ?

Plusieurs projets pourraient émerger dans les prochains mois pour accompagner cette dynamique. Des plateformes de mise en relation entre randonneuses, inspirées des applications de covoiturage, pourraient se développer. Par ailleurs, des collectifs locaux organisent déjà des marches collectives pour préparer les pèlerines avant leur départ, avec des sessions prévues en septembre et octobre 2026. Enfin, des études sociologiques sont en cours pour analyser l’impact de cette tendance sur les représentations du voyage féminin.

Cette évolution laisse entrevoir une transformation durable des pratiques pèlerines. Reste à voir si cette dynamique se confirmera dans les années à venir, ou si elle restera un phénomène marginal au sein du million de pèlerins annuels.

D’après Libération, la voie du Puy-en-Velay et la via Turonensis sont les plus prisées par les randonneuses solo, en raison de leur balisage et de leur infrastructure adaptée. Ces deux itinéraires concentrent près de 60 % des pèlerines seules en 2026.