Selon BFM Business, près de deux tiers des Français affichent une opinion négative à l’égard des syndicats, un constat qui place les centrales ouvrières dans une position délicate alors que leur légitimité est de plus en plus questionnée.

Ce qu'il faut retenir

  • Un sondage exclusif Odoxa Agipi, réalisé pour Challenges et BFM Business, révèle que 62 % des Français ont une mauvaise opinion des syndicats.
  • Le taux de syndicalisation en France reste l’un des plus faibles des pays développés, avec moins d’un salarié sur dix adhérent à une organisation syndicale.
  • Les salariés reprochent aux syndicats de s’éloigner des réalités concrètes, comme le pouvoir d’achat ou les conditions de travail, pour se concentrer sur des débats politiques ou sociétaux.
  • Le Rassemblement national capte une partie de l’électorat populaire et ouvrier, reflétant un sentiment de déconnexion avec les structures traditionnelles, qu’elles soient politiques ou syndicales.
  • En Allemagne, les syndicats jouent un rôle central dans la gouvernance des entreprises grâce au système de codétermination, offrant une piste de réflexion pour le modèle français.

Une défiance qui s’aggrave malgré les changements à la tête des syndicats

Le contexte actuel est particulièrement défavorable aux syndicats français. Selon l’enquête réalisée par Odoxa Agipi pour Challenges et BFM Business, 62 % des Français déclarent avoir une mauvaise opinion des organisations syndicales. Un chiffre qui interroge alors que la France affiche déjà l’un des taux de syndicalisation les plus faibles parmi les pays développés. Dans le secteur privé, la situation est encore plus marquée, avec moins d’un salarié sur dix adhérent à un syndicat. Cette faible représentativité contraste avec l’ambition historique des centrales, qui se présentent comme des acteurs incontournables du dialogue social.

L’arrivée de nouvelles figures à la tête des grandes centrales, comme Sophie Binet à la CGT ou Marylise Léon à la CFDT, avait suscité des espoirs de renouvellement. Pourtant, le regard porté par les Français sur le syndicalisme n’a guère évolué. Les deux dirigeantes, qui s’étaient exprimées ensemble lors d’une conférence de presse intersyndicale à Paris le 29 août 2025, doivent désormais faire face à une crise de confiance profonde.

Des attentes salariales éloignées des priorités syndicales

Les préoccupations des salariés ont radicalement changé ces dernières années. Lorsqu’ils évoquent leurs difficultés, ils citent en premier lieu le pouvoir d’achat, les conditions de travail, le logement, la mobilité, l’évolution professionnelle ou encore la sécurité de l’emploi. Or, une partie importante des Français estime que les syndicats consacrent une énergie croissante à des débats politiques ou sociétaux qui leur semblent déconnectés de leurs réalités quotidiennes.

Ce décalage entre les attentes des salariés et l’action des syndicats s’ajoute à une transformation plus large du paysage politique. Une frange importante de l’électorat populaire et ouvrier s’est tournée vers le Rassemblement national. Ce glissement ne reflète pas nécessairement une adhésion idéologique, mais plutôt un sentiment d’abandon de la part des structures traditionnelles, qu’elles soient politiques ou syndicales. Sophie Binet et Marylise Léon se retrouvent ainsi face à un défi de taille : reconstruire un lien de confiance avec ceux qu’elles prétendent représenter.

Le syndicalisme français face à un choix stratégique

La question centrale qui se pose aujourd’hui est celle de la représentation. Qui porte encore la voix des salariés dans les entreprises, les territoires et le débat public ? Pour les deux dirigeantes syndicales, la réponse passe probablement par un retour aux fondamentaux. Le syndicalisme doit être évalué, avant tout, sur sa capacité à obtenir des résultats concrets : hausse des salaires, amélioration des conditions de travail, accès à la formation, stabilité de l’emploi ou encore mobilité professionnelle.

Plusieurs modèles européens pourraient inspirer une refonte du syndicalisme français. En Allemagne, par exemple, les syndicats occupent une place centrale dans la gouvernance des entreprises grâce au système de codétermination. Ils siègent dans les conseils de surveillance et participent aux décisions stratégiques, s’inscrivant dans une logique de négociation et de co-construction. Cette approche ne rejette ni le conflit ni le rapport de force, mais repose sur une conviction : les intérêts des salariés et la réussite des entreprises ne sont pas nécessairement antagonistes.

Un modèle à réinventer pour regagner la confiance

À l’heure où la défiance envers les institutions s’accroît, le syndicalisme français est confronté à un choix crucial. Doit-il continuer à être perçu comme un acteur du débat politique général, ou redevenir, avant tout, le porte-parole des travailleurs ? La réponse à cette question déterminera sa capacité à rester une force centrale de la vie économique et sociale française dans les années à venir. Pour Sophie Binet et Marylise Léon, l’enjeu est de taille : démontrer que les syndicats peuvent encore peser concrètement dans le quotidien des salariés.

Le défi est d’autant plus complexe que la transformation du monde du travail, accélérée par la digitalisation et les mutations économiques, exige une adaptation rapide des méthodes syndicales. Les centrales devront prouver qu’elles sont capables de peser sur les décisions qui impactent directement les travailleurs, tout en évitant de s’enliser dans des débats idéologiques éloignés des préoccupations immédiates.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants pour Sophie Binet et Marylise Léon, dont les mandats s’annoncent sous haute tension. Leur capacité à recentrer l’action syndicale sur des résultats tangibles pourrait influencer l’évolution de l’opinion publique. Une convention nationale prévue à l’automne 2026 pourrait être l’occasion de présenter des propositions concrètes en matière de salaires, de formation ou de conditions de travail, afin de regagner la crédibilité perdue. Reste à voir si les syndicats parviendront à concilier leur rôle historique de défense des travailleurs avec les nouvelles attentes d’une société en pleine mutation.

Si la défiance actuelle persiste, le risque est grand de voir le syndicalisme marginalisé dans le paysage social français, au profit d’autres formes d’expression collective ou de représentation, comme les mouvements citoyens ou les associations locales. L’enjeu est donc double : restaurer la légitimité des syndicats tout en s’adaptant à un monde du travail en pleine recomposition.

Selon le sondage Odoxa Agipi pour Challenges et BFM Business, 62 % des Français estiment que les syndicats sont trop éloignés des réalités du terrain. Ils leur reprochent de se concentrer sur des débats politiques ou sociétaux, plutôt que sur des enjeux concrets comme le pouvoir d’achat, les conditions de travail ou la sécurité de l’emploi. De plus, la faible syndicalisation en France (moins de 10 % des salariés) réduit leur capacité à peser sur les décisions.

L’Allemagne se distingue par son système de codétermination, qui permet aux syndicats de siéger dans les conseils de surveillance des entreprises et de participer aux décisions stratégiques. En Suède ou au Danemark, les syndicats jouent également un rôle clé dans la négociation collective et la formation professionnelle. Ces modèles montrent qu’un syndicalisme ancré dans la négociation et la co-construction peut conserver une forte légitimité auprès des salariés.