Alors que Damas peine encore à se relever après plus de dix années de conflit, le président syrien Ahmed al-Charaa a achevé ce 25 avril 2026 une tournée de trois jours dans les pays du Golfe. L’objectif affiché : attirer des capitaux étrangers pour financer la reconstruction des infrastructures et relancer une économie exsangue, alors que des millions de Syriens restent déplacés et que de nombreux quartiers de la capitale ne sont toujours pas reconstruits. Selon RFI, cette stratégie repose sur la promesse d’investissements massifs, mais sur le terrain, des habitants dénoncent déjà des projets perçus comme éloignés de leurs besoins les plus urgents.

Ce qu'il faut retenir

  • Le président syrien Ahmed al-Charaa a effectué une visite de trois jours dans les pays du Golfe à partir du 22 avril 2026 pour solliciter des investissements étrangers.
  • L’objectif est de financer la reconstruction des infrastructures et la relance économique de la Syrie, dévastée par plus de dix ans de guerre.
  • Des millions de Syriens sont encore déplacés, et de nombreux quartiers de Damas restent en ruines, selon les observations locales.
  • Des habitants critiquent des projets de reconstruction jugés déconnectés de leurs besoins immédiats.

Une tournée diplomatique pour mobiliser des fonds internationaux

Depuis Damas, Ahmed al-Charaa a multiplié les rencontres avec des investisseurs et responsables politiques des pays du Golfe, notamment en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Qatar. Comme le rapporte RFI, le chef de l’État syrien a plaidé pour une implication accrue des États riches en pétrole dans la reconstruction de son pays, tout en promettant des garanties juridiques et fiscales aux entreprises étrangères. « Nous avons besoin d’investissements directs pour redonner une dynamique à notre économie », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Riyad, soulignant que la Syrie offrait « un marché prometteur » malgré les défis persistants.

Cette démarche s’inscrit dans un contexte où Damas tente de se réinsérer sur la scène internationale, après des années d’isolement diplomatique. Plusieurs pays arabes, dont ceux du Golfe, ont d’ailleurs rétabli leurs relations avec la Syrie ces dernières années, ouvrant la voie à des projets économiques communs. Pourtant, les besoins restent colossaux : selon la Banque mondiale, les dommages causés par le conflit s’élèvent à plus de 120 milliards de dollars, et près de 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Des projets critiqués pour leur manque de priorité sur les besoins locaux

Si les autorités syriennes mettent en avant des initiatives comme la modernisation de l’aéroport international de Damas ou la construction de nouveaux centres commerciaux, certains habitants expriment leur scepticisme. À Barzeh, un quartier du nord de la capitale encore largement détruit, des résidents interrogés par RFI dénoncent des projets « qui ne répondent pas à l’urgence humanitaire ». « On nous parle de centres commerciaux et d’hôtels de luxe, alors que les écoles manquent de toits et que les hôpitaux sont saturés », confie un enseignant sous couvert d’anonymat.

Les critiques portent aussi sur les modalités d’attribution des contrats. Plusieurs ONG locales ont pointé du doigt un manque de transparence dans les appels d’offres, où des entreprises liées à des proches du régime seraient favorisées. « Les investisseurs du Golfe viennent avec leurs propres intérêts, souvent éloignés des réalités syriennes », explique une source au sein de la société civile damascène. Ces tensions révèlent une fracture entre les promesses officielles et les attentes des Syriens, dont beaucoup réclament d’abord la restauration des services de base.

Un pari risqué pour Damas, entre reconstruction et dépendance régionale

Pour le régime syrien, l’enjeu est double : relancer l’économie pour éviter une nouvelle crise sociale, tout en consolidant son alliance avec les monarchies du Golfe. Ces dernières années, des contrats portant sur des infrastructures énergétiques et des projets immobiliers ont déjà été signés, notamment avec des entreprises saoudiennes et émiraties. Pourtant, les incertitudes persistent. Les sanctions internationales, en particulier celles des États-Unis, continuent de freiner les investissements étrangers, et la crise monétaire syrienne, marquée par une inflation record, complique les échanges commerciaux.

« Sans levée partielle des sanctions, même les projets les plus ambitieux resteront lettre morte », estime un économiste basé à Beyrouth. De plus, la reconstruction risque de creuser les inégalités : les zones contrôlées par le régime, comme Damas, bénéficieraient davantage des fonds, tandis que les régions rebelles ou kurdes, toujours sous tension, seraient laissées pour compte. Autant dire que le succès de cette stratégie dépendra autant des promesses des investisseurs que de la capacité de Damas à rassurer sur sa stabilité politique et économique.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact réel de ces annonces. Plusieurs réunions entre responsables syriens et investisseurs du Golfe sont prévues d’ici la fin du mois de mai 2026, notamment à Abu Dhabi et Doha. Parallèlement, la Syrie attend une décision de l’Union européenne concernant la levée partielle des sanctions, un dossier qui pourrait accélérer – ou au contraire retarder – la concrétisation des projets. Enfin, la tenue d’élections locales, initialement prévue pour 2026 mais reportée à plusieurs reprises, pourrait aussi influencer la confiance des partenaires étrangers.

Si les investissements se concrétisent, Damas pourrait entamer une lente sortie de crise. Mais sans une réponse aux besoins immédiats de la population, le risque est grand de voir s’installer un mécontentement durable, alimenté par des promesses non tenues et des projets perçus comme élitistes.