Plus d’un an après la chute du régime de Bachar el-Assad, la Syrie fait face à une crise humanitaire persistante, aggravée par la présence massive d’engins explosifs non neutralisés. Selon RFI, ces dispositifs, disséminés dans tout le pays, ont déjà causé la mort de plus de 4 000 personnes depuis la fin du conflit. Autour de Damas, où les signes de reconstruction émergent progressivement, le déminage s’impose comme un enjeu prioritaire pour les organisations non gouvernementales (ONG) locales et internationales. Pourtant, leur action se heurte à un obstacle de taille : l’embargo économique imposé par la communauté internationale, qui entrave l’importation de matériel spécialisé.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 4 000 morts en Syrie depuis la fin du conflit, victimes de mines et d’engins explosifs non dépollués.
  • Autour de Damas, les ONG luttent pour sécuriser les villages et sensibiliser la population aux risques.
  • Les sanctions économiques bloquent l’importation de matériel de déminage, paralysant les opérations.
  • Le déminage est devenu un prérequis pour toute tentative de reconstruction dans la région.

Un bilan humain lourd et une urgence humanitaire

Dans les zones rurales et les faubourgs de Damas, les habitants vivent sous la menace constante des mines antipersonnel, des bombes à fragmentation et des obus non explosés. Selon les dernières estimations fournies par RFI, ces engins ont fait plus de 4 000 victimes depuis la chute du régime, en 2025. Les chiffres, bien que partiels, révèlent une réalité glaçante : des centaines de civils, souvent des enfants ou des agriculteurs, sont tués ou mutilés chaque mois. Les villages situés le long des anciennes lignes de front, comme ceux de la Ghouta orientale ou de la région de Douma, restent particulièrement touchés. « Les familles n’osent plus cultiver leurs terres ou envoyer leurs enfants à l’école par peur des explosions », explique un responsable local cité par RFI.

Des ONG en première ligne, mais limitées par les sanctions

Face à cette situation, des dizaines d’ONG, parmi lesquelles la Croissant-Rouge syrien ou des organisations internationales comme Handicap International, tentent de mener des opérations de déminage. Leurs équipes parcourent les zones à risque pour identifier et neutraliser les engins explosifs, tout en organisant des campagnes de sensibilisation auprès des populations. Cependant, leur action se heurte à un problème récurrent : l’impossibilité d’importer du matériel adapté. Les sanctions économiques, maintenues par plusieurs pays occidentaux et organisations régionales, interdisent l’envoi d’équipements de déminage sophistiqués, comme les robots démineurs ou les scanners haute résolution. « Sans ces outils, nos opérations prennent deux à trois fois plus de temps », déplore un expert en désarmement, contacté par RFI.

Les ONG appellent donc à une levée partielle des sanctions, au moins pour les équipements humanitaires. « Il ne s’agit pas de soutenir le régime en place, mais de sauver des vies », insiste une responsable d’une ONG européenne, soulignant que les fonds nécessaires au déminage sont bloqués par les restrictions bancaires.

La reconstruction en suspens

Autour de Damas, les premiers signes de reprise économique commencent à apparaître. Les marchés rouvrent progressivement, et certains quartiers voient renaître une activité commerciale. Pourtant, sans un déminage complet des zones résidentielles et agricoles, toute tentative de reconstruction reste vouée à l’échec. Les terres arables, indispensables à l’autosuffisance alimentaire, sont toujours truffées de mines. Les routes, souvent utilisées comme axes de repli par les groupes armés pendant le conflit, présentent des risques majeurs pour les véhicules et les piétons. « On ne peut pas reconstruire une maison si on ignore où se trouvent les bombes », résume un ingénieur civil travaillant pour une organisation internationale.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives pour le déminage en Syrie. Une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, prévue pour septembre 2026, doit examiner une éventuelle révision des sanctions afin d’autoriser l’importation de matériel humanitaire. Parallèlement, plusieurs pays donateurs, dont la France et l’Allemagne, ont annoncé des fonds supplémentaires pour soutenir les ONG sur place. Reste à voir si ces mesures seront suffisantes pour inverser la tendance et permettre aux Syriens de retrouver une vie normale, ne serait-ce que sur le plan sécuritaire.

En attendant, les habitants des zones à risque continuent de vivre dans l’incertitude. Les ONG multiplient les mises en garde : tant que les mines ne seront pas neutralisées, le retour des déplacés et la reprise économique resteront illusoires. « La reconstruction ne peut pas attendre », martèle un responsable local, citant RFI. Une chose est sûre : sans déminage, la Syrie ne pourra pas tourner la page de la guerre.

Les sanctions, imposées depuis le début de la guerre civile en 2011, visent à isoler le régime de Bachar el-Assad et à limiter son accès aux ressources. Elles ciblent notamment les équipements considérés comme « à double usage », pouvant servir à la fois à des fins civiles et militaires. Or, les outils de déminage, bien qu’exclusivement humanitaires, entrent dans cette catégorie pour les autorités qui les appliquent.