La taxe française de deux euros sur les petits colis en provenance de pays extra-européens, instaurée en mars 2026, sera « suspendue » à partir de ce mercredi 1er juillet. Une décision annoncée par le gouvernement ce mardi 30 juin, alors que cette mesure, initialement conçue pour compléter un droit de douane européen de trois euros, s’est avérée inefficace face aux stratégies de contournement des plateformes asiatiques comme Shein, Temu ou AliExpress. Selon Le Figaro, cette suspension intervient alors que le rendement de la taxe s’est effondré, ne rapportant que 2,3 millions d’euros par mois à l’État, loin des 400 millions prévus annuellement dans le budget 2026.
Ce qu'il faut retenir
- La taxe de 2 euros sur les petits colis, mise en place en mars 2026, sera suspendue à compter du 1er juillet.
- Cette mesure devait s’ajouter à un droit de douane européen de 3 euros entré en vigueur le 1er juillet, portant le coût total à 5 euros par colis.
- Les plateformes asiatiques ont contourné la taxe en redirigeant leurs envois vers d’autres pays européens avant livraison en France, réduisant son efficacité de 90 %.
- Le rendement de la taxe n’a atteint que 2,3 millions d’euros par mois, contre une estimation initiale de 400 millions d’euros sur l’année.
- La France a obtenu gain de cause auprès de l’Union européenne, qui a adopté une mesure similaire en juillet, rendant caduque la taxe nationale.
Une mesure nationale rapidement dépassée par les réalités du marché unique
Instaurée le 1er mars 2026 pour freiner l’afflux massif de petits colis en provenance de Chine, la taxe française de deux euros par catégorie d’articles achetés sur les plateformes d’e-commerce extra-européennes visait à protéger les commerçants locaux. Cependant, son efficacité a été rapidement remise en cause par les acteurs du secteur, qui ont adapté leurs circuits logistiques. Selon Florian Colas, directeur général des Douanes, interrogé en mai 2026, « le déport de volume atteint environ 90 % depuis le 1er mars ». Autrement dit, près de 9 colis sur 10 évitaient désormais la taxe en transitant par d’autres pays européens avant d’arriver en France.
Cette stratégie de contournement a rendu la taxe française peu attractive, d’autant que l’Union européenne a elle-même mis en place un droit de douane de trois euros sur les petits colis le 1er juillet. Un double coût qui aurait porté le montant total à cinq euros par colis, une situation que la France a souhaité éviter pour ne pas pénaliser davantage ses consommateurs et ses entreprises.
Un coût minimal pour l’État et une efficacité contestée
Les chiffres publiés par les Douanes en juin 2026 révèlent l’ampleur de l’échec relatif de la taxe française. Avec seulement 2,3 millions d’euros de recettes mensuelles, la mesure ne couvrait même pas le coût de son administration. À titre de comparaison, le budget 2026 prévoyait initialement des recettes de 400 millions d’euros sur l’année, un objectif désormais hors de portée. « On adore nos amis belges, mais il n’est pas normal (...) qu’il n’y ait qu’eux qui récupèrent la monnaie de leur pièce » quand « les petits colis continuent malgré tout d’arriver en France », a souligné le cabinet du ministre du Commerce, Serge Papin, en justifiant la suspension de la mesure.
Interrogé fin mars 2026 sur la possibilité de suspendre cette taxe, Serge Papin avait qualifié son contournement de « éphémère ». Pourtant, face à l’inefficacité avérée de la mesure, la France a préféré aligner sa politique sur celle de ses partenaires européens, évitant ainsi une distorsion de concurrence entre États membres. « Notre objectif c’était (...) de pousser l’Europe à prendre des mesures » et « nous avons obtenu gain de cause », a-t-il rappelé, confirmant que l’UE avait finalement adopté une approche harmonisée.
L’Europe prend le relais avec une taxation unifiée
La décision de suspendre la taxe française intervient dans un contexte où l’Union européenne a acté, dès le 1er juillet 2026, l’application d’un droit de douane de trois euros sur les colis de moins de 150 euros en provenance de pays tiers. Cette mesure, initialement prévue pour se cumuler avec la taxe française, rend désormais caduque la nécessité d’une taxation nationale isolée. « Comme nous sommes dans un marché unique, que nous travaillons avec nos partenaires européens, il ne se justifie plus de garder uniquement notre taxe petits colis » en plus du nouveau « droit de douane de trois euros » européen, a expliqué le cabinet de Serge Papin.
Cette approche coordonnée au niveau européen vise à uniformiser les règles pour l’ensemble du marché unique, une exigence rappelée par la Commission européenne dès 2025. L’objectif affiché est double : protéger les entreprises européennes de la concurrence déloyale tout en évitant les distorsions entre États membres. Pour l’instant, les résultats de cette taxation européenne restent à évaluer, mais elle devrait permettre de récupérer une partie des recettes perdues par les États en raison des contournements logistiques observés jusqu’ici.
Un échec partiel, mais une victoire stratégique pour la France
Si la taxe française de deux euros n’a pas atteint ses objectifs financiers, elle a néanmoins joué un rôle dans la mobilisation de l’Union européenne. En montrant l’ampleur des contournements et l’inefficacité d’une approche nationale isolée, Paris a contribué à accélérer la mise en place d’une solution européenne. « Nous avons obtenu gain de cause » en poussant Bruxelles à agir, a rappelé Serge Papin, soulignant que la France avait rempli son rôle de précurseur.
Pour les plateformes asiatiques, cette suspension représente une victoire à court terme, leur permettant de continuer à livrer leurs clients français sans surcoût supplémentaire. Cependant, l’application du droit de douane européen pourrait leur imposer de réviser leurs modèles économiques, notamment en augmentant leurs prix ou en internalisant davantage leur logistique en Europe. Quant aux commerçants français, ils devront composer avec une concurrence toujours aussi forte, mais dans un cadre réglementaire désormais plus équilibré.
La question reste entière : cette taxation européenne suffira-t-elle à rééquilibrer la balance commerciale ou les consommateurs continueront-ils à privilégier les plateformes asiatiques pour leurs prix attractifs ? Une chose est sûre, l’affaire des petits colis illustre une fois de plus les défis posés par le commerce en ligne mondialisé, où les frontières nationales peinent à s’imposer face aux stratégies globales des géants du e-commerce.
La taxe de deux euros visait à protéger les commerçants locaux face à l’afflux massif de petits colis en provenance de Chine, vendus à bas prix sur des plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress. Le gouvernement souhaitait ainsi freiner la concurrence déloyale et soutenir l’économie française.
Les principales plateformes visées sont Shein, Temu et AliExpress, qui dominent le marché des petits colis en provenance d’Asie. Ces acteurs ont rapidement adapté leurs circuits logistiques pour contourner la taxe française.