Le gouvernement français a décidé de suspendre temporairement sa taxe nationale de 2 euros sur les petits colis importés d’Asie, après l’instauration, le 1er juillet dernier, d’un droit de douane européen applicable aux colis d’une valeur inférieure à 150 euros en provenance de pays tiers. Cette décision, rapportée par Le Figaro, marque un revirement stratégique alors que Paris affichait jusqu’ici une position ferme contre les plateformes de commerce en ligne comme Shein ou Temu.

Ce qu'il faut retenir

  • La taxe française de 2 euros sur les petits colis asiatiques, en vigueur depuis le 1er mars 2026, est suspendue depuis le 1er juillet.
  • Cette suspension fait suite à l’entrée en vigueur d’un droit de douane européen de 30 % sur les colis inférieurs à 150 euros importés depuis un pays tiers.
  • Le gouvernement justifie cette décision par le fait que la mesure européenne rend partiellement redondante la taxe nationale.
  • Cette volte-face intervient après des mois de tensions commerciales entre la France et les géants du e-commerce asiatique.

Une taxe française de plus en plus isolée

Adoptée en début d’année sans concertation préalable avec les partenaires européens, la taxe française de 2 euros sur les petits colis asiatiques avait été présentée comme un outil pour protéger les commerces locaux face à la concurrence déloyale des plateformes low-cost. Pourtant, dès son entrée en vigueur le 1er mars, elle avait suscité des critiques, notamment de la part de Bruxelles, qui y voyait une mesure protectionniste contraire aux règles du marché unique. « La France a agi unilatéralement, sans attendre l’harmonisation européenne », a rappelé un observateur proche du dossier, cité par Le Figaro.

L’Europe prend le relais avec un droit de douane de 30 %

Avec l’instauration, le 1er juillet, d’un droit de douane européen de 30 % sur les colis de moins de 150 euros en provenance de pays tiers, l’Union européenne a imposé sa propre réponse aux pratiques des géants du e-commerce. Cette mesure, négociée sous présidence hongroise du Conseil de l’UE, vise à rééquilibrer les conditions de concurrence et à protéger les recettes fiscales des États membres. « L’objectif est double : limiter la fraude à la TVA et soutenir les entreprises européennes », a indiqué un responsable de la Commission européenne, contacté par nos soins.

Face à cette avancée, Paris a jugé préférable de suspendre sa taxe nationale, jugée désormais moins pertinente. « Il serait contre-productif de maintenir deux dispositifs parallèles », a expliqué un conseiller du ministre de l’Économie, sans préciser si cette suspension était temporaire ou définitive. Autant dire que le gouvernement a fait le choix du pragmatisme face à une Europe désormais alignée sur ses objectifs.

Shein et Temu dans le collimateur depuis plusieurs mois

Cette décision intervient après des mois de tensions entre la France et les plateformes asiatiques, accusées de contourner les règles fiscales européennes. Dès 2025, les douanes françaises avaient multiplié les contrôles sur les colis en provenance de Chine, mettant en lumière l’ampleur de la fraude à la TVA. En février 2026, la ministre déléguée au Commerce, Olivia Grégoire, avait même évoqué l’hypothèse de taxes supplémentaires pour les géants du e-commerce ne respectant pas les règles européennes. « Nous ne laisserons pas des entreprises étrangères profiter de failles pour inonder notre marché avec des produits à bas prix », avait-elle déclaré lors d’une conférence de presse.

Pourtant, malgré ces déclarations musclées, la France a dû revoir sa copie face à la réalité du terrain. Les données douanières montrent que les colis en provenance d’Asie représentent désormais près de 40 % du volume total des importations de petits colis en Europe, un chiffre qui a doublé en deux ans. Un phénomène que ni Bruxelles ni Paris ne peuvent ignorer.

Quelles conséquences pour les consommateurs et les commerçants ?

La suspension de la taxe française devrait avoir un impact immédiat sur le portefeuille des consommateurs. En effet, les prix des produits achetés sur Shein ou Temu pourraient légèrement baisser, le droit de douane européen de 30 % étant répercuté en partie sur les prix. « Les consommateurs ne verront pas de différence majeure, mais certains produits pourraient devenir un peu moins chers », estime un économiste spécialisé dans le commerce en ligne. Pour les commerçants français, la suspension de la taxe ne signifie pas pour autant une amélioration de leur compétitivité. « Les coûts de production et de logistique restent bien plus élevés en Europe qu’en Asie », rappelle un représentant de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad).

Et maintenant ?

Cette décision pourrait n’être que la première étape d’une harmonisation plus large des règles fiscales européennes. Bruxelles devrait publier, d’ici la fin de l’année, un rapport sur l’impact du droit de douane de 30 %, qui pourrait mener à une révision du système. En France, le gouvernement a indiqué qu’il « réévaluerait » sa position dans six mois, une fois les premières données sur l’application du dispositif européen disponibles. Reste à savoir si cette suspension sera suivie d’un abandon définitif ou si Paris choisira de renégocier une taxe mieux adaptée au cadre européen.

Une chose est sûre : la guerre commerciale entre l’Europe et les géants du e-commerce asiatique n’est pas terminée. Elle entre simplement dans une nouvelle phase, plus diplomatique et moins unilatérale.

La France a suspendu sa taxe de 2 euros sur les petits colis asiatiques après l’entrée en vigueur, le 1er juillet 2026, d’un droit de douane européen de 30 % sur les colis de moins de 150 euros importés depuis un pays tiers. Les autorités françaises estiment que cette mesure européenne rend partiellement redondante la taxe nationale.

Non. Le gouvernement français a indiqué qu’il réévaluerait sa position dans six mois, une fois les premières données sur l’application du droit de douane européen disponibles. Une décision définitive pourrait être prise à cette échéance.