Le gouvernement français a annoncé mardi la suspension de sa taxe nationale sur les petits colis en provenance de pays extra-européens, une mesure entrée en vigueur le 1er mars et largement contournée par les plateformes d'e-commerce asiatiques. Cette décision intervient alors qu'un droit de douane européen de 3 euros par article doit entrer en vigueur aujourd'hui, mercredi 9 juillet 2026, rendant la taxe française redondante, selon BFM Business.

Depuis le 1er mars 2026, la France appliquait une taxe de 2 euros par catégorie d'articles achetés sur des plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress, pour les colis d'une valeur inférieure à 150 euros. L'objectif était de limiter l'afflux massif de commandes en provenance de Chine, jugées trop nombreuses par les autorités françaises. Cependant, cette initiative a rapidement montré ses limites : les plateformes asiatiques ont contourné la mesure en acheminant leurs marchandises par avion vers d'autres pays européens avant de les livrer en France par voie routière. Un stratagème qui a réduit l'efficacité de la taxe à seulement 2,3 millions d'euros par mois, bien loin des 400 millions d'euros initialement prévus dans le budget 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • La France suspend sa taxe de 2 euros sur les petits colis à partir du 9 juillet 2026, jugée inefficace face aux contournements des plateformes asiatiques.
  • Un droit de douane européen de 3 euros par article entre en vigueur aujourd'hui, remplaçant ainsi le dispositif français.
  • La taxe nationale ne rapportait que 2,3 millions d'euros par mois, contre 400 millions prévus initialement.
  • Les plateformes comme Shein et Temu expédiaient leurs colis vers d'autres pays européens avant de les acheminer par la route vers la France.
  • Le gouvernement français justifie ce revirement par la nécessité de maintenir une approche coordonnée au niveau européen.

Une mesure nationale rapidement contournée

Dès son instauration, la taxe française de 2 euros par catégorie d'articles a été contournée par les géants de l'e-commerce asiatique. Selon Florian Colas, directeur général des Douanes, cité par BFM Business à la mi-mai 2026, 90 % des volumes de colis ont été déviés vers d'autres pays européens. Cette stratégie a rendu la mesure largement inefficace, avec des recettes fiscales bien en dessous des attentes.

Le cabinet du ministre du Commerce, Serge Papin, avait initialement défendu cette taxe, estimant que son contournement serait « éphémère ». Pourtant, face à l'ampleur du déport de volumes, l'exécutif a dû revoir sa position. L'Italie avait déjà choisi de suspendre un dispositif similaire en 2025, laissant la France comme seul pays de l'UE à appliquer une telle mesure jusqu'à présent.

Un revirement motivé par la coordination européenne

Le gouvernement français justifie cette suspension par la nécessité de travailler en étroite collaboration avec ses partenaires européens. Dans un communiqué transmis à l'AFP, le cabinet de Serge Papin a expliqué que « comme nous sommes dans un marché unique, il ne se justifie plus de garder uniquement notre taxe petits colis en plus du nouveau droit de douane européen ».

Initialement, la taxe française devait être cumulée à partir de juillet avec le droit de douane européen de 3 euros, portant le coût total à 5 euros par article. Une mesure temporaire, puisque la France prévoyait de remplacer son dispositif par un mécanisme 100 % européen en novembre 2026. Mais avec l'inefficacité avérée de la taxe nationale, cette option est devenue caduque. Le cabinet de Serge Papin a souligné que l'objectif était de « pousser l'Europe à prendre des mesures », et que Paris a « obtenu gain de cause ».

Un risque de déséquilibre pour la France

La suspension de la taxe française intervient alors que le pays risquait d'être lésé entre juillet et novembre 2026. En effet, ses voisins européens, comme la Belgique, appliquaient déjà le droit de douane européen de 3 euros sans surcoût national. « On adore nos amis belges, mais il n'est pas normal (...) qu'il n'y ait qu'eux qui récupèrent la monnaie de leur pièce », a déclaré le cabinet de Serge Papin à BFM Business, ajoutant que « les petits colis continuent malgré tout d'arriver en France ».

Cette situation a mis en lumière les limites d'une approche unilatérale dans un marché aussi intégré que l'Union européenne. Le gouvernement français a donc choisi de privilégier une solution collective, même si cela signifie renoncer à une partie de ses recettes fiscales. Selon le cabinet du ministre des Comptes publics, David Amiel, « la France a vraiment été pionnière » dans la lutte contre l'afflux de petits colis en provenance d'Asie.

Et maintenant ?

À partir d'aujourd'hui, les importateurs de petits colis en provenance de pays extra-européens devront s'acquitter d'un droit de douane européen de 3 euros par article, sans surcoût national. Cette mesure devrait harmoniser les règles au sein du marché unique, mais son efficacité dépendra de la capacité des autorités douanières à éviter les contournements. Le gouvernement français pourrait réévaluer la situation d'ici la fin de l'année, une fois le dispositif européen pleinement opérationnel.

Cette affaire illustre les défis auxquels font face les États membres de l'UE dans la régulation du commerce en ligne transfrontalier. Alors que les plateformes d'e-commerce asiatiques continuent de dominer le marché des petits colis, les autorités européennes et nationales doivent trouver un équilibre entre protection des marchés locaux et respect des règles du marché unique.