Alors que le prix du carburant flirte désormais avec les 2,25 euros le litre de gazole – en hausse de 8 centimes en une semaine et de près de 50 centimes depuis le début du conflit au Moyen-Orient –, le télétravail s’impose à nouveau comme une piste envisagée pour réduire la consommation d’hydrocarbures. Selon Le Figaro, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a même chiffré son potentiel : passer de zéro à trois jours de télétravail par semaine permettrait de réduire la consommation de carburant d’un salarié de 20 %.

Ce qu'il faut retenir

  • Le prix du gazole dépasse désormais 2,25 €/litre, en hausse de 50 centimes depuis le début du conflit au Moyen-Orient, selon Le Figaro.
  • L’AIE estime que trois jours de télétravail hebdomadaires pourraient réduire la consommation de carburant de 20 % par salarié.
  • Avant la pandémie, seulement un quart des Français télétravaillaient régulièrement, avec des disparités marquées entre cadres (deux tiers) et employés (un sur dix).
  • Les ruraux, souvent contraints à de longs trajets, sont les moins concernés par le télétravail en raison de la nature de leur activité professionnelle.
  • Les syndicats alertent sur le risque de voir le télétravail utilisé comme une variable d’ajustement sans compensation financière pour les salariés.
  • Les entreprises, déjà fragilisées par la hausse des coûts énergétiques, pourraient limiter les embauches de travailleurs éloignés.

Une solution prônée par l’AIE et l’Union européenne, mais peu adaptée à tous

Face à l’emballement des prix à la pompe, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié le 20 mars 2026 une série de recommandations pour soulager les stocks d’hydrocarbures. Parmi elles, la généralisation du télétravail figure en bonne place. L’institution estime que cette mesure, si elle était appliquée à grande échelle, permettrait de réduire significativement la demande en carburant. Un discours repris le 31 mars par Dan Jørgensen, commissaire européen à l’Énergie, qui a qualifié la situation du Vieux Continent de « très grave » et appelé à des économies drastiques, notamment sur le diesel et le kérosène.

Pourtant, cette solution ne fait pas l’unanimité. Selon les données de l’Insee relayées par Le Figaro, avant la crise sanitaire, seuls 25 % des Français télétravaillaient régulièrement. Cette pratique était alors très inégalitaire : deux tiers des cadres y avaient recours, contre seulement 10 % des employés. Aujourd’hui, alors que trois quarts des actifs utilisent leur voiture pour se rendre au bureau (selon l’Ifop), le télétravail pourrait sembler une alternative séduisante. Pourtant, son application se heurte à des réalités structurelles.

Des freins majeurs : inégalités territoriales et contraintes économiques

Jean-François Nardot-Peyrille, président de Réseau Entreprendre, pointe les limites de cette mesure : « La population rurale, qui effectue quotidiennement d’importants déplacements, est la plus impactée par la hausse des carburants. Or, elle est souvent la moins concernée par le télétravail, car de nombreuses entreprises locales sont engagées dans des activités de production, incompatibles avec le travail à distance ». Bref, les métiers manuels ou nécessitant une présence physique sur site restent exclus de cette solution.

Les entreprises, déjà fragilisées par la hausse des coûts énergétiques, pourraient en outre subir un « danger de perte de compétitivité » si elles devaient généraliser le télétravail de manière subie, selon Jean-François Nardot-Peyrille. Jean-François Foucard, secrétaire confédéral de la CFE-CGC (syndicat des cadres), abonde dans ce sens : « Il est difficile de penser que l’entreprise doit tout régler lorsque nous avons choisi d’habiter loin. D’autant que, dans ce cas précis, il faudra attendre de longs mois avant de constater un retour à la normale des prix des carburants ». Selon lui, une telle contrainte pourrait même inciter les employeurs à limiter les embauches de salariés vivant trop éloignés, une perspective inquiétante pour l’emploi en zone rurale.

Syndicats et patrons divisés : le télétravail, un « gadget » ou un droit à part entière ?

La question divise également les syndicats. Pour Emmanuelle Lavignac, secrétaire nationale de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens CGT, le télétravail ne doit pas servir de « variable d’ajustement ». « Nous pensons que les sociétés doivent mettre la main à la poche pour que les salariés viennent travailler », insiste-t-elle, en rappelant que certaines grandes entreprises, notamment en milieu urbain, prennent déjà en charge – au moins partiellement – les frais de transport. « Le télétravail doit rester un mode d’organisation sérieux, et non un gadget qu’on sort en dernier recours, sans véritable prise en charge », ajoute-t-elle.

Du côté patronal, le constat est tout aussi nuancé. Si certains dirigeants reconnaissent l’intérêt du télétravail pour réduire les coûts, sa mise en œuvre s’avère complexe. Jean-François Nardot-Peyrille souligne que les petites structures, majoritaires en France, peinent à s’organiser : « L’envie est présente, mais la réalisation est périlleuse ». Il évoque des mesures alternatives, comme le changement d’horaires ou la promotion du covoiturage, mais reconnaît que leur mise en place prend du temps, surtout dans les TPE/PME.

Une hausse des carburants qui pourrait ravivé les tensions sociales

La flambée des prix à la pompe pourrait aussi relancer les débats autour des négociations annuelles obligatoires dans les entreprises. Jean-François Foucard estime que cette situation risque d’accentuer les tensions lors des négociations salariales, les salariés réclamant des compensations pour leurs frais de transport, tandis que les employeurs cherchent à limiter l’impact sur leurs coûts. « Aucune option pérenne ne se démarque », résume-t-il, soulignant l’absence de solution miracle face à cette crise.

À l’heure où la France et l’Europe cherchent des leviers pour atténuer les effets de la hausse des carburants, le télétravail apparaît donc comme une piste parmi d’autres – mais loin d’être universelle. Entre inégalités territoriales, contraintes économiques et résistances syndicales, son déploiement à grande échelle se heurte à des réalités bien plus complexes que les chiffres de l’AIE ne le laissent supposer.

Et maintenant ?

Si le télétravail ne peut constituer à lui seul une réponse globale, il pourrait nevertheless s’imposer comme l’une des mesures phares des prochains plans d’économies d’énergie en Europe. Les entreprises, sous pression des pouvoirs publics et des salariés, devront probablement trouver un équilibre entre flexibilité et équité. La question reste de savoir si cette adaptation sera progressive – et si les pouvoirs publics mettront en place des mécanismes incitatifs pour les secteurs les plus exposés. Une chose est sûre : le retour en grâce du télétravail, s’il a lieu, ne se fera pas sans débats.

En attendant, les salariés et les employeurs devront composer avec des arbitrages de plus en plus serrés. La hausse des carburants, couplée à l’inflation générale, risque en effet de peser durablement sur le pouvoir d’achat et la compétitivité des entreprises. Une situation qui, à terme, pourrait bien rebattre les cartes du marché du travail en France.

Selon l’AIE, passer de zéro à trois jours de télétravail par semaine permettrait de réduire la consommation de carburant d’un salarié de 20 %. Cependant, cette estimation ne tient pas compte des contraintes professionnelles ou territoriales, comme le souligne Jean-François Nardot-Peyrille, président de Réseau Entreprendre.

En France, les entreprises ne sont pas obligées de rembourser les frais de transport pour les trajets domicile-travail, sauf dans le cadre d’accords d’entreprise ou de conventions collectives. Certaines grandes entreprises le font déjà, notamment en milieu urbain, mais ce n’est pas une règle générale.