La Commission européenne accuse Temu d’avoir entravé une enquête portant sur d’éventuelles subventions illégales en provenance de Chine, une procédure que la plateforme chinoise conteste vigoureusement. Selon BFM Business, l’exécutif européen a mené des inspections en décembre 2023 dans des locaux du site et de sa filiale Whaleco en Irlande, dans le cadre d’un règlement adopté en 2023 pour lutter contre la concurrence déloyale des entreprises étrangères bénéficiant de subventions étatiques.

Cette enquête vise à déterminer si Temu a pu bénéficier de financements publics chinois susceptibles de fausser la concurrence au sein de l’Union européenne. Les autorités bruxelloises reprochent au groupe de ne pas avoir répondu à des demandes d’informations jugées « basiques » par la Commission, et d’avoir refusé de transmettre certains documents et registres relatifs à ses activités au sein de l’UE. Autant dire que cette obstruction présumée pourrait coûter cher à la plateforme : si les accusations sont confirmées, Temu s’expose à une amende pour entrave, en plus d’une sanction pouvant atteindre 1 % de son chiffre d’affaires si l’enquête conclut à l’existence de subventions illégales.

Ce qu'il faut retenir

  • La Commission européenne reproche à Temu un manque de coopération lors d’inspections menées en décembre 2023 dans des locaux irlandais du groupe.
  • Bruxelles accuse la plateforme chinoise de ne pas avoir répondu à des demandes d’informations jugées « basiques » et d’avoir refusé de fournir certains documents.
  • Si les accusations sont confirmées, Temu pourrait écoper d’une amende pour entrave et d’une sanction allant jusqu’à 1 % de son chiffre d’affaires.
  • Temu conteste catégoriquement ces allégations, affirmant avoir coopéré « pleinement » avec la Commission.
  • Cette affaire intervient après une première amende de 200 millions d’euros infligée à Temu en mai 2026 pour la vente de produits dangereux ou illégaux sur sa plateforme.

Une enquête menée dans le cadre d’un règlement anti-subventions étatiques

L’enquête ouverte par la Commission européenne s’inscrit dans le cadre du règlement européen sur les subventions étrangères, adopté en 2023. Ce texte vise à contrer les distorsions de concurrence causées par des entreprises bénéficiant de financements publics étrangers. Les inspections réalisées en décembre 2023 dans les locaux de Temu et de sa filiale Whaleco en Irlande s’inscrivaient dans ce cadre. Les autorités européennes cherchaient à vérifier si le géant chinois avait pu bénéficier de subventions de la Chine susceptibles de lui donner un avantage indu sur le marché européen.

Les demandes d’informations adressées à Temu portaient sur ses activités opérationnelles au sein de l’UE, ses flux de trésorerie et ses sources de financement. La Commission reproche à la plateforme d’avoir ignoré certaines de ces demandes et refusé de transmettre des documents clés, ce qui a été qualifié d’« entrave » à l’enquête. D’après BFM Business, ces manquements présumés pourraient avoir retardé ou compliqué l’instruction du dossier.

Temu dément catégoriquement les accusations de la Commission

Contacté par BFM Business, Temu a rejeté en bloc les reproches formulés par la Commission européenne. « Temu a coopéré pleinement à toutes les demandes formulées par la Commission lors de ces inspections », a affirmé un porte-parole du groupe. La plateforme chinoise a également rappelé qu’elle n’avait « touché aucune subvention étrangère ayant faussé la concurrence » en Europe et qu’elle était attachée à des règles du jeu équitables.

« L’entreprise génère, grâce à ses propres activités opérationnelles, des flux de trésorerie soutenus et suffisants pour financer ses activités dans l’UE », a précisé Temu dans un communiqué. Le groupe insiste sur le fait qu’il n’a « aucunement besoin de subventions pour assurer son fonctionnement ou en tirer un quelconque avantage concurrentiel ». Ces déclarations visent à démontrer que Temu ne dépend pas de financements publics pour soutenir sa croissance en Europe, où la plateforme compte environ 130 millions d’utilisateurs sur les 27 États membres, soit près d’un tiers de la population européenne.

Un dossier déjà marqué par des tensions entre Temu et Bruxelles

Cette nouvelle enquête s’ajoute à une série de tensions entre Temu et les autorités européennes. En mai 2026, la Commission avait infligé au géant chinois une amende de 200 millions d’euros pour avoir permis la distribution de produits illégaux ou dangereux via sa plateforme. Temu avait contesté cette sanction, qu’elle jugeait excessive. Malgré ces démêlés judiciaires, la plateforme reste extrêmement populaire en Europe, où elle a fait son apparition en 2023.

Les sanctions potentielles dans cette affaire pourraient donc s’ajouter à ce précédent, d’autant que l’enquête sur les subventions illégales est encore en cours. Si les conclusions de Bruxelles sont défavorables à Temu, le groupe s’expose à des amendes bien plus lourdes que celle de 200 millions d’euros déjà prononcée. Pour l’heure, la plateforme chinoise maintient sa position : elle rejette toute implication dans des pratiques anticoncurrentielles et affirme jouer la transparence avec les autorités européennes.

Et maintenant ?

La procédure ouverte par la Commission européenne pourrait s’étaler sur plusieurs mois, voire davantage, le temps que l’exécutif bruxellois examine les éléments à sa disposition et statue sur les éventuelles sanctions. Si les accusations d’entrave sont confirmées, Temu disposera d’un droit de réponse avant qu’une décision définitive ne soit prise. Les prochaines étapes incluront probablement des échanges supplémentaires entre la plateforme et les enquêteurs, ainsi que l’analyse des documents manquants ou des informations non fournies par Temu. Une éventuelle sanction financière, si elle est retenue, ne serait pas connue avant la fin de l’enquête, probablement pas avant 2027.

Cette affaire rappelle l’importance croissante accordée par l’UE à la régulation des géants du numérique, notamment ceux originaires de pays tiers. Temu, comme d’autres plateformes avant elle, se retrouve ainsi au cœur d’un débat plus large sur l’équité concurrentielle et la nécessité de protéger les marchés européens contre les pratiques déloyales. Les conclusions de cette enquête pourraient donc avoir des répercussions bien au-delà de Temu, influençant la manière dont l’UE abordera les questions de subventions étrangères dans les années à venir.

La Commission européenne doit d’abord examiner les éléments à sa disposition et statuer sur les éventuelles sanctions. Temu disposera d’un droit de réponse avant qu’une décision définitive ne soit prise. L’enquête pourrait s’étaler sur plusieurs mois, voire davantage, avec une issue potentielle en 2027.

Temu s’expose à deux types de sanctions : une amende pour entrave à l’enquête et une amende pouvant atteindre 1 % de son chiffre d’affaires si l’enquête conclut à l’existence de subventions illégales. Le montant exact dépendra de l’évaluation finale de la Commission.