Selon Franceinfo - Sport, les spécialistes du double masculin se mobilisent contre un projet de l’ATP visant à réduire drastiquement la taille des tableaux dans cette discipline. Cette réforme, évoquée publiquement la semaine dernière, prévoit notamment une diminution de moitié du nombre de paires engagées dans les tournois de catégorie Masters 1000 dès 2028. Les joueurs dénoncent un manque de transparence et une logique qui favoriserait les joueurs de simple au détriment des équipes de double, alors que ces dernières jouent un rôle clé dans l’écosystème du tennis mondial.

Ce qu'il faut retenir

  • L’ATP envisage de réduire de moitié les tableaux de double en Masters 1000, passant de 32 à 16 équipes dès 2028.
  • Les joueurs dénoncent un manque de concertation et une réforme qui menace leur accès aux revenus et à la visibilité.
  • Le projet inclurait aussi une baisse des pourcentages de revenus versés aux joueurs de double au profit des simples.
  • Les gains perçus par les vainqueurs de double restent bien inférieurs à ceux des vainqueurs en simple, comme en témoignent les chiffres d’Indian Wells 2026.
  • Les spécialistes du double rappellent que cette discipline est intégrée aux plus grands tournois et à l’identité du tennis.

Une réforme contestée par les acteurs du double

Les joueurs de double, déjà en première ligne face aux critiques récurrentes sur leur discipline, s’opposent fermement aux projets de l’ATP. Dans un communiqué publié vendredi 3 juillet 2026, les représentants de cette catégorie ont vivement dénoncé « un manque de transparence » et « presque aucune communication » avec les joueurs directement concernés. Guido Andreozzi, 21e mondial en double, a alerté dès le 2 juillet lors de Wimbledon : « Sur les Masters 1000, l’ATP vise une réduction du tableau de moitié d’ici 2028 », soit un passage de 32 paires à seulement 16 équipes.

Les craintes ne se limitent pas aux tournois les plus prestigieux. Selon les informations rapportées par les joueurs, l’ATP souhaiterait également réduire les tableaux en ATP 250 et ATP 500, où 16 paires s’affrontent actuellement. Bien que ces mesures ne soient pas encore officielles, elles alimentent les tensions au sein du circuit. « Ils sont en train de retirer du travail à des gens qui bossent depuis des années », a réagi Albano Olivetti, figure du double français, lors d’une prise de parole à Wimbledon.

Des revenus déjà disproportionnés entre simple et double

L’un des principaux points de friction réside dans la redistribution des revenus. À l’heure actuelle, les gains en double restent bien inférieurs à ceux du simple, comme l’illustrent les chiffres d’Indian Wells 2026. Guido Andreozzi et Manuel Guinard, vainqueurs du double dans le désert californien, se sont partagé environ 468 000 dollars (soit 409 000 euros), tandis que Jannik Sinner, vainqueur en simple, a remporté plus de 1,15 million de dollars (un million d’euros). Une différence qui souligne l’écart de valorisation entre les deux disciplines, même dans un tournoi majeur.

L’ATP justifie sa réforme par la volonté de créer « un modèle plus soutenable à long terme », tout en préservant « le rôle important du double sur le circuit ». Selon un porte-parole du circuit masculin, l’instance travaille sur « la taille des tableaux et la distribution des revenus aux joueurs ». L’objectif affiché serait d’investir davantage dans les dotations versées aux joueurs de simple éliminés précocement, afin de soutenir plus de carrières professionnelles. « Nous évaluons également si des changements au modèle actuel du double pourraient permettre d’investir davantage dans la dotation », a précisé le porte-parole.

Une discipline essentielle au tennis mondial

Les joueurs de double rappellent que leur discipline est un pilier des grands rendez-vous du tennis. Intégrée aux programmes du Grand Chelem, des Jeux Olympiques, de la Coupe Davis et de la Billie Jean King Cup, elle représente bien plus qu’une simple discipline secondaire. « Le double fait partie de l’identité du tennis », soulignent-ils dans leur communiqué. Une réforme drastique des tableaux pourrait pourtant avoir des répercussions bien au-delà des joueurs : entraîneurs, préparateurs physiques, fédérations et clubs seraient également touchés par une telle mesure.

« On est d’abord des joueurs de tennis avant d’être des joueurs de double », a tempéré Sem Verbeek, spécialiste néerlandais, dans une interview accordée au journal De Volkskrant. Reconnaissant que le double attire moins de spectateurs que le simple, il a insisté sur le fait que les joueurs de cette discipline consacrent leur carrière à ce sport. Théo Arribagé, 23e mondial en double, s’est interrogé sur l’avenir des athlètes comme lui : « Moi, j’ai 25 ans, ça fait 15 ans que je joue au tennis, que je ne joue qu’en double. Est-ce qu’à 27 ans, ils peuvent me dire *tu ranges les raquettes, tu te débrouilles et salut* ? »

Une consultation en suspens, mais une adoption probable ?

Malgré les protestations, certains acteurs du double doutent de la capacité des joueurs à bloquer la réforme. Horacio Zeballos, vainqueur de Roland-Garros en double en 2024 avec Marcel Granollers, a estimé que « l’ATP passera en force » malgré les oppositions. « Je ne sais pas si les joueurs ont réellement le pouvoir d’arrêter ce projet. J’aurais tendance à dire que non », a-t-il confié. Le porte-parole de l’ATP a cependant assuré que « toute décision sera prise dans le meilleur intérêt du tennis et de ses consommateurs », après une « consultation étroite avec les joueurs, les tournois et la gouvernance ».

Les prochaines étapes devraient voir l’ATP affiner ses propositions, tandis que les joueurs de double maintiendront la pression pour défendre leur discipline. Si les échéances précises ne sont pas encore fixées pour les tournois ATP 250 et 500, l’horizon 2028 pour les Masters 1000 reste une date butoir à surveiller.

Et maintenant ?

Les joueurs de double pourraient multiplier les prises de parole publiques et les actions symboliques pour alerter sur les conséquences de la réforme. Une réunion exceptionnelle avec l’ATP est envisagée dans les prochaines semaines, mais aucune date n’a encore été confirmée. Si l’instance maintient sa feuille de route, les premiers tournois concernés par les changements pourraient être annoncés d’ici la fin de l’année 2026, avec une application progressive dès 2027.

Alors que les tensions persistent, une question reste en suspens : l’ATP parviendra-t-elle à concilier les impératifs financiers du circuit avec la préservation d’une discipline historique ? Les prochains mois s’annoncent décisifs pour les joueurs de double, dont la survie professionnelle pourrait se jouer sur le fil.

Selon les informations rapportées par les joueurs, les Masters 1000 seraient les premiers visés, avec une réduction des tableaux de 32 à 16 paires dès 2028. Les tournois ATP 250 et 500 pourraient également être concernés par une baisse du nombre d’équipes engagées, bien que cette mesure ne soit pas encore officielle.

Un porte-parole de l’ATP a reconnu que l’instance « travaillait sur le produit que représente le double, sur la taille des tableaux et la distribution des revenus aux joueurs ». L’objectif affiché est de créer « un modèle plus soutenable à long terme », tout en préservant « le rôle important du double sur le circuit ».