Lors de sa visite d’État en Arménie, le président français Emmanuel Macron a vivement critiqué Donald Trump après que ce dernier a menacé de remettre en cause l’accord commercial conclu entre l’Union européenne et les États-Unis. Selon Euronews FR, le chef de l’État français a exhorté Bruxelles à recourir à son instrument anticoercition (ACI), surnommé le « bazooka » commercial européen, si Washington mettait à exécution ses menaces d’augmenter les droits de douane à 25 % sur les voitures européennes.

Ce qu'il faut retenir

  • Menace de droits de douane à 25 % : Donald Trump envisage d’appliquer des tarifs douaniers de 25 % sur les voitures européennes, accusant l’UE de ne pas respecter un accord commercial signé en 2025.
  • Appel à l’activation de l’ACI : Emmanuel Macron a demandé à l’Union européenne d’utiliser son instrument anticoercition, un outil lui permettant de riposter via des droits de douane, des restrictions sur les exportations stratégiques ou l’exclusion d’entreprises américaines des marchés publics.
  • L’ACI, un outil jamais utilisé : Ce mécanisme, surnommé le « bazooka » commercial de l’UE, n’a encore jamais été activé malgré des tensions commerciales répétées avec les États-Unis.
  • Réaction de l’UE : Ursula von der Leyen a réaffirmé que l’accord devait être respecté et que Bruxelles était « prête à tous les scénarios », tout en insistant sur la nécessité d’une coopération mutuelle.
  • Négociations en cours : Un entretien entre le vice-président de la Commission européenne, Maroš Šefčovič, et le représentant commercial américain Jamieson Greer est prévu ce 5 mai à Paris pour tenter de débloquer le processus d’approbation de l’accord.
  • Crise diplomatique élargie : Emmanuel Macron a également évoqué la situation au Proche-Orient, condamnant les frappes iraniennes contre les Émirats arabes unis et appelant à la réouverture du détroit d’Ormuz.

Un accord commercial menacé par les tensions transatlantiques

Alors que les relations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis restent tendues depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, Emmanuel Macron a profité de sa visite d’État en Arménie pour rappeler que les accords signés devaient être respectés. « Il y a des accords qui ont été signés, ils doivent être respectés », a-t-il déclaré, soulignant que l’UE s’était déjà adaptée aux exigences américaines. Selon Euronews FR, le président français a cependant prévenu que Bruxelles devrait à nouveau ajuster sa position si Washington remettait en cause ces engagements, appelant à l’activation de l’ACI « parce que cela correspond à leur vocation ».

Cet instrument, qui permet une réponse proportionnée et ciblée, n’a encore jamais été utilisé par l’UE malgré plusieurs crises commerciales avec les États-Unis. En 2025, après l’élection de Trump, Bruxelles avait préparé un paquet de sanctions visant 95 milliards d’euros de produits américains, avant de suspendre sa mise en œuvre sous la pression de certains États membres. À l’époque, plusieurs pays européens, dont la France, avaient plaidé pour l’activation de l’ACI.

L’ACI, un « bazooka » commercial encore jamais sorti de son étui

Surnommé le « bazooka » de l’Union européenne, l’instrument anticoercition (ACI) offre à Bruxelles une palette de mesures de rétorsion : augmentation des droits de douane, restrictions sur les exportations de biens stratégiques – comme les semi-conducteurs ou les terres rares –, ou encore exclusion d’entreprises américaines des appels d’offres publics européens. Pourtant, malgré les menaces répétées de Washington, l’UE n’a jamais franchi le pas de son activation. « À ce stade, l’Union européenne n’a encore jamais utilisé cet instrument », confirme Euronews FR.

L’ACI, adopté en 2023, est conçu pour protéger les intérêts européens face à des pratiques coercitives étrangères. Il s’ajoute à d’autres outils comme le règlement anti-subventions ou le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Son activation serait un signal fort, mais risquerait aussi d’aggraver les tensions avec les États-Unis, déjà en proie à des divergences sur les subventions vertes et la fiscalité des géants du numérique.

Bruxelles et Washington à couteaux tirés sur la ratification de l’accord

La Commission européenne, représentée par sa présidente Ursula von der Leyen, a réaffirmé son engagement à faire respecter l’accord commercial, tout en insistant sur la nécessité d’une « coopération et d’une fiabilité » mutuelles. « Un accord est un accord, et nous avons un accord », a-t-elle déclaré, ajoutant que l’UE était « prête à tous les scénarios ». Selon Euronews FR, von der Leyen a rappelé que Bruxelles et Washington mettaient déjà en œuvre l’accord « tout en respectant les procédures démocratiques de part et d’autre ».

Pourtant, les négociations restent bloquées. Le Parlement européen avait donné son feu vert conditionnel au pacte commercial en avril 2026, mais une version finale doit encore être négociée avec les États membres. De son côté, le représentant commercial américain Jamieson Greer a critiqué le « processus d’approbation très lent » de l’UE ainsi que les amendements apportés au texte, qu’il juge « limitatifs ». Un entretien est prévu ce 5 mai à Paris entre Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission en charge des relations interinstitutionnelles, et Greer pour tenter de débloquer la situation.

Macron en mission diplomatique : tensions au Proche-Orient et dialogue avec l’Iran

Lors de son déplacement en Arménie, Emmanuel Macron a également abordé la crise régionale au Moyen-Orient. Le président français a condamné les frappes « injustifiées et inacceptables » lancées par l’Iran contre des infrastructures civiles et énergétiques émiraties, qualifiant ces actes de « menace pour la stabilité » de la région. « Une solution durable au conflit en cours ne passera que par une réouverture du détroit d’Ormuz à la libre circulation », a-t-il insisté, appelant à la signature d’un « accord robuste » pour répondre aux « menaces posées par l’Iran sur les plans nucléaire, balistique et ses activités déstabilisatrices ».

Macron a annoncé qu’il s’entretiendrait dans la journée avec le président iranien Massoud Pezeshkian, alors que les tensions entre Téhéran et Washington s’intensifient dans le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique pour le transport pétrolier. La France, qui entretient des relations complexes avec l’Iran, cherche à jouer un rôle de médiateur dans la région, tout en réaffirmant son soutien à ses alliés du Golfe.

L’Arménie, nouveau terrain d’influence européenne

Le déplacement du président français s’inscrivait dans le cadre du huitième sommet de la Communauté politique européenne (CPE), organisé à Erevan les 4 et 5 mai 2026. Cet événement, qui a réuni quelque 50 dirigeants mondiaux dont les 27 chefs d’État et de gouvernement de l’UE, avait pour objectif de renforcer le dialogue stratégique entre l’Europe et ses partenaires, notamment dans les domaines de la sécurité, de la compétitivité économique et de la démocratie.

Emmanuel Macron a saisi l’occasion pour réaffirmer la vocation « européenne » de l’Arménie, qualifiant l’UE de « partenaire naturel » de ce pays du Caucase, marqué par des décennies de tensions avec l’Azerbaïdjan voisin. Cette visite s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Union européenne pour élargir son influence dans le voisinage oriental, alors que Moscou cherche à maintenir son emprise sur la région.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des résultats des négociations en cours. Si Washington maintient ses menaces de droits de douane, l’UE pourrait être amenée à activer l’ACI d’ici la fin du mois de mai, une décision qui risquerait d’escalader les tensions transatlantiques. À plus court terme, la rencontre entre Šefčovič et Greer ce 5 mai à Paris sera déterminante pour débloquer le processus de ratification de l’accord commercial. Côté diplomatique, les échanges entre Macron et Pezeshkian pourraient également influencer l’évolution de la crise dans le Golfe, même si les divergences entre l’Iran et les pays arabes restent profondes.

Les observateurs s’interrogent désormais sur la capacité de l’UE à présenter un front uni face aux pressions américaines. Alors que plusieurs États membres, comme l’Allemagne et les Pays-Bas, restent prudents face à une escalade commerciale, la France, soutenue par certains pays d’Europe de l’Est, semble déterminée à faire valoir la fermeté de Bruxelles. Une chose est sûre : l’épisode actuel illustre une fois de plus les défis posés par la gouvernance économique mondiale, dans un contexte marqué par le retour du protectionnisme et la montée des rivalités géopolitiques.

L’ACI est un outil adopté par l’Union européenne en 2023 pour contrer les pratiques coercitives étrangères. Il permet à Bruxelles d’imposer des droits de douane supplémentaires, de restreindre les exportations de biens stratégiques (comme les semi-conducteurs ou les terres rares), ou encore d’exclure des entreprises étrangères des marchés publics européens. Si Donald Trump appliquait ses menaces de droits de douane à 25 % sur les voitures européennes, l’UE pourrait riposter en ciblant des secteurs clés de l’économie américaine, comme l’agroalimentaire ou l’aéronautique.

Le Parlement européen avait donné son accord conditionnel au pacte en avril 2026, mais les négociations traînent en raison de désaccords persistants entre États membres et avec Washington. Le représentant commercial américain Jamieson Greer critique notamment le « processus d’approbation très lent » de l’UE et les amendements apportés au texte, qu’il juge « limitatifs ». Un entretien est prévu ce 5 mai à Paris pour tenter de débloquer la situation.