Alors que le groupe britannique The Cure clôture le festival Rock en Seine ce dimanche 30 août au domaine national de Saint-Cloud, une nouvelle génération de fans, parfois âgée d’à peine 20 ans, revendique avec passion son admiration pour Robert Smith et sa formation. Selon Franceinfo - Culture, cette ferveur juvénile tranche avec l’image traditionnelle d’un public rock vieillissant, confirmant ainsi la portée intemporelle du groupe.
Ce qu'il faut retenir
- Un phénomène transgénérationnel : The Cure, actif depuis près de 50 ans, attire désormais autant les moins de 25 ans que ses fans historiques.
- Une présence remarquée : lors de leur passage à Glastonbury en juin 2025, Olivia Rodrigo, icône de la Génération Z, a invité Robert Smith sur scène pour un duo.
- Un succès viral : des scènes du film L’Amour Ouf (2026) mettant en scène le titre A Forest ont généré une vague de vidéos TikTok, boostant l’audience du groupe.
- Des concerts affiches complets : les 40 000 places pour leur date à Rock en Seine ont été vendues en 36 heures dès l’automne 2025.
- Un attachement émotionnel fort : plusieurs jeunes fans ont partagé des témoignages de leur première expérience concert, souvent liée à un héritage familial.
Un groupe qui résonne avec les défis de la jeunesse
Pour Louise, 23 ans, étudiante et représentante de la Génération Z, The Cure incarne bien plus qu’un simple groupe de musique. « À n’importe quel moment de la vie, à n’importe quelle épreuve, je trouve qu’il y a un album qui décrit parfaitement un sentiment concret », explique-t-elle. « Il y a des chansons où tout va bien, où on vient juste de rencontrer l’amour, tout est beau. Des chansons sur les ruptures. Des chansons sur des doutes. » Selon elle, cette musique offre des réponses au mal-être adolescent, dans un contexte social, politique et environnemental particulièrement anxiogène pour les jeunes générations.
Ce sentiment est partagé par Louise Lucas, qui a mené une enquête sur le sujet pour le magazine Les Inrocks cet été. « The Cure représente une modernité. Robert Smith n’est jamais devenu ringard. Ils ont ce côté intemporel qui me touche beaucoup. Ils parlent à la jeunesse, ce côté fluidité des genres, porter du maquillage, ne pas rentrer dans une espèce de cliché de rockstar viriliste. Ça nous touche beaucoup. »
L’héritage musical et l’effet nostalgie
Marie, 19 ans, étudiante au Cours Florent, voit dans l’engouement récent pour The Cure une manifestation de la nostalgie ambiante pour les années 1980-1990. « Depuis quelques années, les gens sont très nostalgiques de cette époque. Du coup, il y a beaucoup d’anciennes musiques qui reviennent au goût du jour », souligne-t-elle. Elle-même a découvert le groupe grâce à son père, avant de s’y plonger pleinement. « Mon père était là lors du concert à Nîmes cet été. Il a emmené mon petit frère, qui a dix ans, et ma petite sœur, 16 ans. »
Cette transmission familiale est un trait marquant de la relation entre les jeunes et The Cure. Raphaël, 25 ans, raconte avoir grandi en écoutant les albums du groupe dans la voiture avec son père. « J’ai poursuivi. C’est pas mal de découvrir un groupe qui a déjà beaucoup d’albums, parce qu’au moins on a de la matière à écouter. Puis, comme il tourne toujours, c’est trop facile de s’y connecter. Il suffit d’aller à un concert. On discute avec les anciens fans. Dès qu’ils voient qu’on a écouté Seventeen Seconds, Pornography, on est accueilli. »
Une expérience concert qui marque à vie
Pour Raphaël, sa première expérience sur scène fut un moment d’émotion partagée. « C’était en 2019 à Madrid. Le concert commence, raconte-t-il. Je me retourne vers mon père, il était en larmes et je fonds en larmes aussi, parce qu’en fait, on était tous les deux hyper émus de partager ça. » Cette intensité a marqué le jeune homme au point qu’il s’est fait tatouer les paroles du morceau Plainsong, le premier joué lors de ce concert. « C’est le tout premier morceau qu’ils ont joué quand je les ai vus pour la première fois. »
Matthieu Ducos, directeur du festival Rock en Seine, confirme cette affluence jeune. « On a senti que l’attention des jeunes générations était sûrement plus forte qu’il y a sept ans, quand on a accueilli le groupe en 2019. Néanmoins, en 2019, j’avais été très surpris par le caractère très intergénérationnel du public. »
La voix intacte de Robert Smith, un atout majeur
Marie, qui a assisté au concert de Nîmes, insiste sur la qualité vocale du leader du groupe. « Robert Smith, malgré ses 67 ans, a toujours une voix exceptionnelle, qui se rapproche vraiment de celle qu’il avait à l’époque où le groupe était à son âge d’or. » Cette longévité artistique, couplée à une présence scénique toujours aussi intense, contribue à maintenir l’attrait du groupe auprès des nouvelles générations.
Les jeunes fans soulignent également l’absence de posture « rockstar » chez Robert Smith. Son style androgyne, son usage du maquillage et son refus des codes traditionnels de la virilité ont séduit une jeunesse en quête d’authenticité et de liberté d’expression.
La question reste entière : ce phénomène de transmission intergénérationnelle va-t-il s’amplifier avec l’émergence de nouvelles plateformes de découverte musicale, ou s’agit-il d’un engouement temporaire lié à la nostalgie ambiante ? Une chose est sûre, The Cure continue de prouver que la musique, lorsqu’elle touche l’universel, traverse les époques sans perdre de sa puissance.
D’après les témoignages recueillis par Franceinfo - Culture, les titres comme A Forest, Plainsong, Seventeen Seconds et Pornography figurent parmi les préférés des jeunes fans. Le morceau A Forest a notamment bénéficié d’un regain de popularité grâce à une scène du film L’Amour Ouf et à des vidéos TikTok.