Selon Euronews FR, six régions réparties dans autant de pays européens misent sur le tourisme industriel pour attirer des visiteurs vers des sites moins saturés que les grandes métropoles touristiques comme Prague, Venise ou Barcelone. Ce projet, baptisé IndusTour et financé en partie par l’Union européenne, vise à valoriser le patrimoine industriel local tout en offrant une expérience touristique originale.

Ce qu'il faut retenir

  • Six régions européennes participent au projet IndusTour, un dispositif Interreg cofinancé à 80 % par la politique de cohésion de l’UE, pour un budget total de 1,4 million d’euros.
  • La région de Moravie-Silésie, en République tchèque, abrite l’usine Hyundai de Nošovice, qui propose des visites guidées gratuites accueillant jusqu’à 9 000 visiteurs par an.
  • L’ancienne aciérie de Dolní Víktovice, à Ostrava, a enregistré plus de 1,7 million de visiteurs en 2025, grâce à sa transformation en pôle culturel et touristique.
  • Parmi les autres sites concernés figurent un moulin du XVIIe siècle en République tchèque, ainsi que des initiatives en France, Pologne, Danemark, Serbie et à Chypre.

Un tourisme alternatif pour répondre à la saturation des destinations phares

Fin avril 2026, une trentaine de représentants du projet IndusTour se sont retrouvés en Tchéquie pour échanger sur les perspectives de ce tourisme industriel, encore émergent mais porteur d’opportunités. Lucie Ševčíková, du département du tourisme de la région de Moravie-Silésie, y a souligné l’intérêt de cette approche : « Je pense qu’il peut s’agir d’une nouvelle tendance dans le domaine du tourisme, car les gens sont fatigués des endroits surpeuplés et recherchent quelque chose de spécial. C’est donc peut-être une bonne occasion pour notre région d’attirer les touristes. » Selon elle, cette formule pourrait contribuer à rediriger une partie des flux touristiques vers des zones moins exposées à la surfréquentation.

Hyundai Nošovice, vitrine du tourisme industriel tchèque

La Moravie-Silésie, cœur industriel historique de la République tchèque, incarne cette dynamique avec des sites comme l’usine Hyundai de Nošovice. Ce complexe, l’un des quatorze sites de production du constructeur sud-coréen dans le monde, emploie 2 900 personnes et intègre plus de 500 robots. Chaque jour, 1 500 véhicules y sont produits, dans un espace de plus de 200 hectares. Barbora Hermanová, responsable des relations publiques chez Hyundai Motor Manufacturing en République tchèque, précise : « L’année dernière, près de 9 000 personnes ont visité nos locaux lors de ces visites publiques. Nous voulons montrer à quel point nous sommes fiers de nos voitures. »

Les visites, gratuites et disponibles trois jours par semaine, sont proposées en cinq langues (anglais, allemand, français, polonais et espagnol). Les groupes, d’une trentaine de personnes, sont transportés en petit train électrique à travers l’usine. Bien que le site ne vende pas directement de véhicules, l’expérience génère parfois des ventes ultérieures : « Il arrive parfois que les gens achètent une voiture après coup. »

Dolní Víktovice, de l’aciérie à la destination touristique

À Ostrava, l’ancienne aciérie Dolní Víktovice, fermée en 1998, s’est métamorphosée en un lieu hybride mêlant patrimoine industriel et modernité. Ce site, aujourd’hui transformé, accueille chaque année plus de 1,7 million de visiteurs, selon Lucia Foltínková, responsable de l’expérience touristique. Le complexe propose désormais un musée, des festivals de musique, des événements sportifs, un centre technologique et la Bolt Tower, une tour de 80 mètres offrant des plateformes d’observation et un bar avec vue sur Ostrava et les montagnes environnantes. « L’année dernière a été la meilleure année, car nous avons franchi la barre des 1,7 million de visiteurs par an », a-t-elle déclaré.

Un patrimoine vivant : du moulin historique aux savoir-faire traditionnels

Le tourisme industriel ne se limite pas aux grandes infrastructures. À 30 minutes d’Ostrava, le moulin de Bartošovice, construit en 1678, est l’un des rares en République tchèque à fonctionner encore avec son équipement d’origine. Ce site historique, unique dans la région, illustre la diversité des attractions proposées. Les visiteurs découvrent les mécanismes en bois actionnés par des poulies, tandis que le guide partage des anecdotes sur les céréales traditionnelles comme l’orge, l’avoine, le seigle ou le blé. « On nous a montré les différents types de céréales. C’est la première fois que je visite ce moulin. Mon mari et moi venons d’emménager dans cette ville et nous voulions explorer les environs », témoigne une visiteuse.

Un projet européen aux ambitions transnationales

Le programme IndusTour ne se cantonne pas à la République tchèque. Outre la Moravie-Silésie, cinq autres régions européennes y participent : la région française d’Auvergne-Rhône-Alpes, la Voïvodie de Łódź en Pologne, la commune de Tønder au Danemark, la Voïvodine en Serbie et Chypre. L’objectif commun est de mutualiser les bonnes pratiques et de créer des circuits touristiques intégrant des sites industriels, qu’ils soient historiques, modernes ou artisanaux. Ce projet s’inscrit dans le cadre des programmes Interreg, financés par la politique de cohésion de l’UE, avec un budget total de 1,4 million d’euros, dont 80 % proviennent de fonds européens.

Et maintenant ?

Les organisateurs d’IndusTour prévoient d’élargir le réseau de partenaires et d’enrichir l’offre de visites en 2027, notamment en intégrant de nouveaux sites et en améliorant l’accessibilité des lieux existants. La prochaine réunion du projet est prévue pour le troisième trimestre 2026 à Lyon, en Auvergne-Rhône-Alpes, pour évaluer les résultats intermédiaires et ajuster la stratégie. Reste à voir si ce tourisme alternatif parviendra à s’imposer face à la concurrence des destinations traditionnelles.

Alors que les grandes villes européennes peinent à absorber l’afflux massif de touristes, des initiatives comme IndusTour pourraient offrir une issue durable. En misant sur des expériences authentiques et ancrées dans le territoire, ces projets pourraient bien redéfinir les contours du voyage en Europe.

Les sites doivent répondre à plusieurs critères : avoir une dimension patrimoniale ou historique, proposer une expérience touristique structurée (visites guidées, expositions), s’inscrire dans une logique de développement local et être situés dans l’une des six régions partenaires du projet. Une attention particulière est portée à l’accessibilité et à la capacité à accueillir des visiteurs dans des conditions sécurisées.