Dmytro Nykyforov organise depuis 2023 des visites guidées dans les zones dévastées par la guerre en Ukraine, entre Kiev et les villes martyrs de Bucha, Irpin ou Borodianka. Son agence War Tours Ukraine propose des circuits de quatre à huit heures, au tarif de 150 à 250 euros par personne, selon Le Figaro.
Ce qu'il faut retenir
- L’agence War Tours Ukraine, fondée par Dmytro Nykyforov, organise des visites dans les zones de guerre ukrainiennes depuis 2023.
- Les circuits durent entre quatre et huit heures, avec des tarifs variant de 150 à 250 euros selon l’itinéraire.
- Le « dark tourism » ou « tourisme noir » séduit des voyageurs en quête d’expériences extrêmes, malgré les risques et les critiques éthiques.
- Des agences proposent également des visites dans d’autres zones de conflit, comme le kibboutz Beeri en Israël ou Sarajevo pendant le siège de 1992-1996.
- Dmytro Nykyforov, lui-même déplacé interne, met en garde contre toute forme de « spectacle » autour de la souffrance humaine.
Un marché du tourisme controversé
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il prend de l’ampleur dans un contexte où les conflits armés s’étendent et se médiatisent davantage. Le « dark tourism » consiste à visiter des lieux marqués par la mort, la destruction ou des événements tragiques, comme les sites de catastrophes naturelles, les prisons historiques ou les champs de bataille. En Ukraine, ces visites s’organisent dans des villes encore en partie détruites, où les stigmates de la guerre sont visibles sur les façades et dans les paysages.
Selon Dmytro Nykyforov, fondateur de War Tours Ukraine, l’objectif n’est pas de transformer ces lieux en attractions macabres, mais d’offrir une expérience éducative et mémorielle. « Nous évitons tout format susceptible de transformer une tragédie humaine en spectacle », a-t-il déclaré au Figaro. Ancien déplacé interne, il a vu sa maison familiale de Kherson détruite, ce qui ajoute une dimension personnelle à son engagement.
D’autres destinations de « tourisme noir » dans le monde
L’Ukraine n’est pas le seul pays concerné par ce phénomène. En Israël, des agences proposent désormais des visites des kibboutzim touchés par les attaques du 7 octobre 2023, comme le kibboutz Beeri. Ces circuits permettent aux visiteurs de constater les dégâts causés par les combats, tout en soutenant la reconstruction locale. En Bosnie-Herzégovine, Sarajevo attire également des touristes avec des visites guidées des lieux emblématiques du siège de 1992-1996, une période marquée par des milliers de morts et une résistance héroïque.
En Italie, une enquête a été ouverte en 2025 sur l’organisation de « safaris humains » pour des touristes souhaitant observer des tireurs d’élite pendant le siège de Sarajevo. Cette pratique, qui frôle l’exploitation de la souffrance, soulève des questions éthiques. Les autorités italiennes tentent de réguler ce marché en pleine expansion, tandis que les défenseurs des droits humains dénoncent une banalisation de la violence.
Un tourisme sous le feu des critiques
Si le « dark tourism » attire une clientèle en quête d’authenticité ou d’aventure, il suscite aussi de vives critiques. Les associations humanitaires et certains historiens estiment que ces visites risquent de minimiser la gravité des événements. Pour Dmytro Nykyforov, la clé réside dans le respect des victimes et la pédagogie. Son agence insiste sur le fait que les guides sont des locaux, souvent directement concernés par les conflits, ce qui garantit une narration plus authentique et moins sensationnaliste.
D’autres acteurs du secteur, comme les organisateurs de visites à Gaza ou dans les zones frontalières ukrainiennes, adoptent des approches similaires. Ils limitent les durées de visite, évitent les zones trop dangereuses et privilégient les échanges avec les habitants. Pourtant, le risque de voyeurisme ou de récupération commerciale reste présent, comme le rappellent régulièrement les observateurs.
La question reste entière : jusqu’où peut-on aller dans la visite des lieux de souffrance sans tomber dans l’exploitation ou le voyeurisme ? Pour l’instant, aucune réponse consensuelle n’a émergé, mais les débats s’annoncent vifs dans les années à venir.
Les risques varient selon les pays. En Italie, une enquête a été ouverte en 2025 sur l’organisation de visites controversées à Sarajevo. En Ukraine, les autorités pourraient renforcer la réglementation pour éviter les dérives, notamment en imposant des autorisations spécifiques ou en limitant l’accès aux zones les plus sensibles.