Depuis plusieurs années, les vols de fromages en Europe connaissent une progression alarmante. Autrefois considérés comme des faits divers anodins, ces cambriolages ciblant des produits laitiers — parfois plusieurs dizaines de tonnes — se multiplient à un rythme inquiétant. Selon Ouest France, ces vols dépassent désormais ceux de biens plus traditionnellement convoités, comme le caviar, faisant du fromage le produit alimentaire le plus cambriolé du continent.

Ce qu'il faut retenir

  • Le fromage est désormais le produit alimentaire le plus volé en Europe, dépassant même le caviar.
  • Les quantités dérobées atteignent parfois plusieurs dizaines de tonnes par affaire.
  • Ce phénomène s’étend de la France à l’ensemble de l’Europe, touchant tous les maillons de la filière.
  • Les professionnels du secteur alertent sur l’impact économique et sécuritaire de ces vols.
  • Les méthodes employées par les réseaux criminels évoluent, avec des opérations de plus en plus organisées.

Un marché criminel en pleine expansion

Les chiffres sont sans équivoque : les vols de fromages se sont intensifiés ces cinq dernières années, au point de devenir une activité lucrative pour les réseaux criminels. D’après Ouest France, des cargaisons entières disparaissent du jour au lendemain, notamment dans les entrepôts frigorifiques ou lors des transports. Les variétés les plus prisées — comme le comté, le parmesan ou le pecorino — sont particulièrement ciblées, en raison de leur valeur marchande élevée.

Autrefois cantonnés à des braquages isolés, ces vols s’inscrivent désormais dans une logique de grande envergure. Les enquêteurs évoquent des opérations planifiées sur plusieurs mois, impliquant parfois des complices infiltrés dans les entreprises agroalimentaires. « Ce n’est plus un simple fait divers, mais une économie parallèle qui se structure », a indiqué un responsable des douanes françaises, sous couvert d’anonymat.

Des conséquences économiques et logistiques majeures

L’impact de ces vols dépasse le cadre financier immédiat. Pour les producteurs, la perte de marchandises représente des millions d’euros chaque année, sans compter les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement. Selon les professionnels du secteur, certains fromagers doivent désormais sécuriser leurs stocks avec des systèmes de surveillance high-tech, une mesure coûteuse qui pèse sur leurs marges déjà fragilisées.

En France, où la filière fromagère pèse plus de 10 milliards d’euros par an, les acteurs du marché tirent la sonnette d’alarme. « Quand une cargaison de 20 tonnes de comté disparaît, ce n’est pas seulement un manque à gagner, c’est toute une filière qui trinque », a expliqué la Fédération nationale des producteurs de lait, dans un communiqué diffusé en juin 2026. Les fraudes à l’assurance et les reventes illicites sur des marchés parallèles compliquent encore la lutte contre ce phénomène.

Des méthodes criminelles de plus en plus sophistiquées

Les réseaux impliqués dans ces trafics ne se contentent plus de simples vols opportunistes. D’après les enquêtes menées par la police judiciaire française, certains groupes utilisent des faux documents, des fausses identités, voire des camions modifiés pour contourner les contrôles. Les entrepôts sont ciblés de nuit, avec des équipes spécialisées dans le forçage de portes et la neutralisation des systèmes d’alarme.

À l’échelle européenne, la coopération entre les services de police s’intensifie, mais les résultats restent limités. En 2025, une opération conjointe entre la France, l’Italie et l’Espagne avait permis de démanteler un réseau ayant dérobé plus de 50 tonnes de fromage en deux ans. Pourtant, les arrestations n’ont pas suffi à enrayer la tendance. « Ces groupes sont mobiles, adaptables, et exploitent les failles entre les législations nationales », a souligné un officier de l’Office central pour la répression des fraudes.

Et maintenant ?

Face à l’ampleur du phénomène, les autorités pourraient renforcer les contrôles aux frontières et instaurer un système de traçabilité renforcé pour les produits laitiers à haute valeur. Une proposition de règlement européen, actuellement en discussion, vise à harmoniser les sanctions et à améliorer la coopération judiciaire entre États membres. Pour les professionnels, l’enjeu est double : sécuriser les stocks tout en maintenant la compétitivité d’une filière déjà sous pression.

Reste à savoir si ces mesures suffiront à dissuader les réseaux criminels, qui continuent de voir dans le fromage une manne financière trop alléchante pour y renoncer. Une chose est sûre : dans l’ombre des caves d’affinage, le marché noir du fromage continue de prospérer.

D’après les données disponibles, les fromages à pâte dure et à longue conservation, comme le comté, le parmesan, le grana padano ou le pecorino, figurent parmi les plus convoités. Leur valeur marchande élevée et leur capacité à se conserver longtemps en font des cibles privilégiées pour les réseaux criminels.