Selon Euronews FR, le secteur du transport aérien mondial traverse une année 2026 contrastée. Malgré un trafic passagers en hausse et des recettes records, les compagnies aériennes voient leurs bénéfices fondre sous l’effet de la flambée des prix du kérosène, directement liée aux tensions au Moyen-Orient.
Ce qu'il faut retenir
- Baisse de 44 % des bénéfices nets : 23 milliards de dollars en 2026, contre 41 milliards initialement prévus, et moitié moins que les 45 milliards de 2025.
- 5,1 milliards de passagers transportés en 2026, un record en progression de 2,4 % sur un an.
- Facture carburant en hausse de 40 % : 350 milliards de dollars, soit près d’un tiers des coûts d’exploitation du secteur.
- Marges nettes en chute : 2 % en 2026, contre 4,2 % en 2025, le bénéfice par passager tombant à 4,50 dollars.
- Régions inégalement touchées : le Golfe devrait plonger dans le rouge, tandis que l’Europe subit des coûts structurels élevés.
Les dernières prévisions de l’Association internationale du transport aérien (IATA) — qui représente 370 compagnies aériennes, soit 85 % du trafic mondial — dessinent un paysage économique paradoxal. D’un côté, la demande reste soutenue, avec 5,1 milliards de passagers attendus en 2026, un chiffre inédit en progression de 2,4 % par rapport à 2025. Les recettes sectorielles, elles, devraient atteindre 1 165 milliards de dollars, en hausse de 9,4 % sur un an.
Mais de l’autre, l’envolée des coûts du carburéacteur — directement liée aux conflits au Moyen-Orient — érode lourdement la rentabilité des transporteurs. Willie Walsh, directeur général de l’IATA, résume la situation : « Les perturbations liées aux conflits au Moyen-Orient et la hausse du coût du carburant ont assombri les perspectives du secteur aérien ».
Un carburant à 350 milliards de dollars, soit un tiers des coûts
La facture du kérosène devrait bondir de près de 40 % en 2026, passant de 252 milliards de dollars en 2025 à 350 milliards de dollars cette année. Autant dire que ce poste représente désormais près d’un tiers des charges d’exploitation du secteur, qui s’élèvent à 1 120 milliards de dollars, en hausse de 13 % sur un an.
Conséquence directe : malgré une légère hausse des tarifs aériens, les compagnies doivent absorber une partie de cette augmentation dans leurs résultats. Les marges nettes, déjà en baisse, devraient chuter de 4,2 % en 2025 à seulement 2 % en 2026. Le bénéfice net par passager, lui, devrait tomber à 4,50 dollars, soit la moitié de son niveau de l’an dernier. « Une somme qui ne vous paiera même pas un hot-dog dans la plupart des stades de la Coupe du monde de la FIFA », a souligné Willie Walsh pour illustrer l’ampleur du phénomène.
L’IATA met également en garde : si d’autres coûts ou taxes venaient à augmenter, les marges de manœuvre des compagnies deviendraient quasi inexistantes. Parmi les pressions supplémentaires, la hausse des coûts de location et de maintenance des appareils, les dépenses liées aux carburants plus propres et aux dispositifs de compensation carbone, ainsi que le ralentissement de la croissance mondiale et la montée de l’inflation, pèsent sur le secteur.
Le Golfe et l’Europe, deux régions sous haute tension
La situation varie cependant selon les zones géographiques. Au cœur des tensions, les compagnies du Golfe figurent parmi les plus affectées. Selon l’IATA, elles devraient retomber dans le rouge en 2026, en raison d’une demande affaiblie et de perturbations opérationnelles persistantes. Toutes les autres régions, à l’exception de cette zone, devraient conserver un bénéfice net, mais à des niveaux bien inférieurs à ceux de 2025.
L’Europe, elle, subit une pression particulière en raison de sa dépendance aux importations de carburéacteur en provenance du Golfe. « Une partie de cet impact est atténuée grâce à un ratio de couverture pré-crise portant sur 70 % des besoins en carburant », a précisé l’IATA. Cependant, la hausse des coûts se répercuterait progressivement au fur et à mesure de l’expiration de ces couvertures.
Les transporteurs européens ont toutefois profité d’un report partiel de la clientèle vers des liaisons directes entre l’Europe et l’Asie, contournant les hubs du Golfe. Mais d’autres défis pèsent sur le secteur : les restrictions d’espace aérien au-dessus de la Russie, le ralentissement de la croissance économique, la hausse des prix de l’énergie, ainsi que l’augmentation des coûts liés aux réglementations environnementales, aux redevances aéroportuaires et aux frais de navigation aérienne. Ces pressions pourraient placer les compagnies européennes en situation de désavantage concurrentiel à moyen terme, même une fois les conditions de marché stabilisées.
Des marges de manœuvre limitées face à l’inflation et aux nouvelles taxes
Willie Walsh a rappelé que, malgré la hausse des tarifs, les compagnies continuent d’absorber une partie de cette augmentation dans leurs résultats pour ne pas pénaliser davantage les passagers. « Si les tarifs aériens augmentent, les compagnies continuent d’absorber une partie de cette hausse dans leurs résultats », a-t-il indiqué. Cependant, avec des marges déjà sous pression, toute nouvelle augmentation des coûts — qu’il s’agisse de taxes environnementales ou de frais logistiques — réduirait encore davantage leur capacité à investir ou à distribuer des dividendes.
Le secteur doit également faire face à des dépenses supplémentaires liées à la transition écologique. Les carburants plus propres et les dispositifs de compensation carbone, bien que nécessaires, alourdissent la structure de coûts. L’IATA souligne que le tassement du commerce international et la montée de l’inflation dans plusieurs grandes économies aggravent encore la situation.
En conclusion, si le transport aérien conserve une dynamique de croissance, la rentabilité du secteur est aujourd’hui mise à mal par des facteurs externes sur lesquels les compagnies n’ont que peu de prise. La capacité à absorber ces chocs, tout en maintenant des tarifs accessibles pour les passagers, constituera le principal défi pour les années à venir.
La flambée des prix du carburéacteur est directement liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment la guerre en Iran, qui perturbe les approvisionnements et fait monter les cours mondiaux. Les compagnies aériennes, très dépendantes du kérosène, subissent de plein fouet cette hausse.
Les compagnies aériennes du Golfe devraient retomber dans le rouge en 2026, en raison d’une demande affaiblie et de perturbations opérationnelles. L’Europe, bien que toujours bénéficiaire, subit des coûts structurels élevés et pourrait être en désavantage concurrentiel à moyen terme.